‹ Suites Proches et Lointaines de l'Opération Césarienne Conservatrice ClassiqueChapitre 7 sur 27 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Les premières opérations césariennes furent pratiquées dès la plus haute antiquité. Cette idée de retirer un enfant vivant du ventre d’une femme morte s'était imposée aux peuplades les plus incultes, et durant longtemps ce n’est que sur la femme morte ou mourante que cette opération sera faite.

La mythologie elle-même s’en est emparée, puisque Bacchus fut, paraît-il, extrait par Mercure du ventre de Sémélé sur l’ordre de Jupiter. Esculape est retiré par les soins d’Apollon du sein de Coronis. Lysus, un des héros de Virgile, nait également dans des circonstances analogues.

La lex regia de Numa Pompilius ordonnait d'ouvrir le ventre de toutes les femmes mourantes enceintes et de tâcher d’en retirer de nouveaux citoyens. La légende veut que César, bénéficiant de cette loi, ait été extrait du ventre de sa mère par hystérotomie. Pour en fixer le souvenir, on donna son nom à l'opération qui l’avait fait naître.

Guillemeau (1) rapporte que les jurisconsultes condamnaient à mort « celui qui aura ensevely la femme grosse devant que

(4) Gurzemeau, L'Heureux accouchement, 1649.

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de luy tirer son enfant, pour lui avoir osté, avec la mère, l’espérance de vivre. »

Au moyen âge, les règles de l'Eglise catholique sont formelles à cel égard : « Si mater prægnans mortua sit, fructus quam primum caute extrahatur. »

Le procédé opératoire n’était pas encore réglementé et chacun tâchait d'arriver sur l'enfant par la voie la plus simple et la plus rapide.

Il est possible que la première césarienne accomplie sur une femme vivante soit antérieure à l’année 1500. Mais la première observation authentique est celle de Jacques Nufer, de Siegershausen en Thurgovie. Il la pratiqua sur sa propre femme qui, selon l'avis des accoucheurs de l’époque, avait une constitution qui rendait impossible l'accouchement naturel. Le succès fut complet pour la mère et pour l'enfant. Mais la viciation pelvienne ne devait pas être considérable, car, l’année suivante, la même femme accouchait spontanément de deux jumeaux.

L'opération césarienne connut alors une période de succès et Scipio Mercuri, chirurgien de Rome, en 1604, disait: « qu’elle était d’un usage aussi fréquent en France que la saignée en Italie. »

A cette époque, les premières tentatives de suture utérine n'avaient pas encore élé faites.

Cet abus de césariennes devait produire avant peu des résultats inverses. Guillemeau, Viart, Brunet, Charbonnet, « chirurgiens fort experts », n’obtinrent que des désastres.

Mauriceau, dans son Traité des maladies des femmes grosses (1681), condamne l'opération césarienne, il pense qu’un chirurgien expert peut toujours extraire un fœtus « sans qu'il soit nécessaire que par un trop grand excès d'inhumanité, de cruauté, de barbarie, il en vienne à la section césarienne pendant que la mère est vivante, comme quelques auteurs par trop téméraires ont ordonné et quelquefois eux-mêmes pratiqué; ce que plusieurs ignorants font encore tous les jours à la campagne par un pernicieux abus que tous les magistrats devraient empéêcher... S'il est vrai qu'il y ait jamais eu quelques femmes qui

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en soient réchappées, j'ose bien dire que ç'a été miraculeusement et par la volonté expresse de Dieu, qui peut quand il le veut ressusciter les morts, comme il a fait de Lazare, et changer l'ordre de la nature quand il lui plait, plutôt que par aucun effet de la prudence humaine. »

C'est alors que le forceps fait son apparition et que Chamberlen se flatte de terminer, avec son instrument, tous les accouchements mème les plus dystociques. L'attention générale est absorbée et la césarienne tombe momentanément dans l'oubli.

Smellie en 1754, Levret en 1770 refont avec quelques succès la section césarienne. En 1777, Sigault de la Fond lui oppose la symphyséotomie, mais ses résultats sont peu encourageants.

En 1829, l'invention du céphalotribe de Baudelocque, l’accouchement prématuré artiliciel, l'avortement provoqué prennent place en obstétrique et refont tomber en disgrâce l'opération césarienne qui, jusqu'au dernier tiers du xx° siècle, ne fait pour ainsi dire aucun progrès.

La mortalité maternelle est considérable, c’est, selon Pajot : « une inspiration de sauvage qui coupe l'arbre pour avoir le fruit. »

Baudelocque sur 111 césariennes et Kayser sur 341 avaient tous deux une mortalité maternelle de 60 */,. Michaelis, un peu plus heureux, sur 258 cas n'avait qu'une mortalité de 54 0/0.

La lutte contre l'infeclion puerpérale préoccupe alors tous les esprits et les travaux de Semmelweiss et de Simpson orientent les recherches vers la prophylaxie et l’antisepsie.

Puis apparaissent les découvertes de Pasteur et la méthode de Lister. Avec eux, la chirurgie prend un essor tout nouveau. Lucas-Championnière, cet esprit clairvoyant dont la chirurgie et l’obstétrique ont le droit de s’enorgueillir, pouvait dire : « Avec l’antisepsie, on y verra guérir même l'opération césa- rienne. »

En 1882, Saenger (de Leipzig) préconise la suture utérine et, grâce à sa méthode et aux perfectionnements de la technique

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