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I. Bulletin Polonais, n° 109, p

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inspiré d'un peuple héroïque et malheureux. Mais il est permis de constater que, sous l'impulsion de cette piété nationale, cherchant pour lui et pour ses compatriotes le réconfort dans les hauts faits d'un brillant passé, il n'a pu observer l'équilibre indispensable commandé par le sens esthétique, par la sereine vision de la réalité, si vifs chez lui par ailleurs.

J'aime à ce double titre ses écrits sur la Pologne actuelle : Sans dogme et La Famille Polaniecki, parus en 1890 et 1894.

Le héros du premier roman n'est pas seulement Polonais, mais Slave, mais homme. De génération récente, il discourt et se meut sur la scène de l'intellectualité européenne. Ploszowski est le fruit sec d'un siècle finissant, peut-être de toute une civilisation lassée, en tout cas d'une époque de transition. Sans volonté, sans

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principes, « sans dogme », riche et inutile, plus incohérent que Werther ou Manfred, Octave ou Onéguine, il n'est qu'un anémique coupeur de cheveux en quatre, sans les vagues aspirations vers un idéal qui tourmentait ses prototypes. Païen moderne, il n'a ni la croyance naïve, ni le scepticisme détaché et élégant des antiques; et il finit par se suicider dès que son mol égoïsme, sa veule passion, se butent contre la ferme conviction d'une femme de devoir : calebasse vide qui se brise au premier choc.

Sans dogme est une création parfaite d'ordonnance, hautement pensée, saisissante d'enseignement.

Mais où trouver la solution? Que reste-t-il, dans une société en décadence, d'éléments sains, et comment pourrait-on la vivifier, la rénover ? Sienkiewicz avait

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indiqué le remède^ plutôt le palliatif, dès ses débuts littéraires : la vie active et l'effort méthodique.

Il développe ce thème, avec une variante qui porte plus loin, dans La Famille Polaniecki. C'est un couple de braves gens. Le mari, d'intelligence moyenne, mais caractère vaillant et énergique, ne se livre point à des dissertations interminables sur les causes finales ; il s'aperçoit néanmoins que la pensée rationaliste est impuissante à résoudre, à elle seule, le problèm^e de Ja vie; et il a perdu de même la foi robuste de ses pères.

Certes, Polaniecki avait le droit d'opposer son existence de labeur à l'oisiveté opulente et verbeuse de son parent Ploszowski, le héros de Sans dogme. « Je saurai gagner mon pain, — dit-il ; — Ploszowski n'a su que faire des boulettes

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avec le pain qui lui était assuré. J'ai pu être bon à quelque chose, tandis que lui aurait pu, tout au plus, occuper une place dans la vitrine sociale à bibelots. »

.Mais le travail, si fécond soit-il, ne saurait — selon Sienkiewicz — remplir entièrement la vie ; cette tendance purement pratique amène souvent, comme chez Polaniecki avant son mariage, l'indifférence ou la dureté à l'égard de ses semblables, moins habiles ou moins heureux. La douce influence de sa femme Marynia le rend peu à peu plus compatissant, plus chrétien, sinon plus croyant.

C'est Marynia qui incarne la véritable vertu chrétienne, vertu qui nous donne la certitude du bonheur complet. Nature honnête et candide, elle a la foi simple et les sentiments élevés qui lui permettent d'accomplir, avec la droiture d'une

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croyante, ses devoirs au foyer et envers la société.

L'auteur n'exagère aucunement les qualités natives de son modèle. Tous les écrivains polonais, comme tous les écrivains russes, gratifient la femme slave, de préférence à l'homme, de dons généreux.

Et la réalité ne les dément pas.

Donc, logique jusqu'au bout, Sienkiewicz arrête la transformation morale de son héros avant le moment où sa conversion revêtirait un caractère banal.

Avec sa clairvoyance de profond observateur et d'artiste, il n'en fait pas un mélodramatique pécheur repenti, mais simplement un homme bon, tolérant et respectueux de la foi sincère qui adoucit les âmes.

Généralisant cette conception de l'influence de la doctrine chrétienne, l'auteur

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fait dire à l'un des personnages du roman : « Le christianisme n'a franchi que la première moitié de la route ; il a passé dans la conscience individuelle; il lui reste à pénétrer dans la conscience sociale ». Il faut que l'enseignernent du Christ régisse désormais tous nos rapports.

A mesure que le grand talent artistique de l'auteur de La Famille Polaniechi croît avec une progression constante, sa conception morale s'élargit à l'unisson, et il touche au génie dans son œuvre symbolique Quo vadis.

Plus libre sur le terrain neutre de l'histoire ancienne, il sait mieux se défendre contre ses sympathies et ses antipathies nationales ou individuelles. Ses compatriotes, il est vrai, veulent quand même

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voir dans cette œuvre encore des allusions allégoriques à la Pologne : telle cette noble vierge lygienne attachée sur la tête d'un monstrueux aurochs de Germanie et sauvée miraculeusement d'un supplice affreux par un doux colosse lygien, — ou slave, — également*.

Il est possible, il est certain même, que le romancier polonais, à l'exemple de Krasinski dans Ylridion et de Kraszewski dans Capri et Roma, y soit douloureusement inspiré par le sort de sa patrie; il n'en est pas moins vrai que Quo vadis peut être revendiqué par toutes les nations chrétiennes.

Lygie et Vinicius sont d'une autre envergure que les époux Polaniecki ; les

I. Les Lygiens, établis au premier siècle après J.-C. sur l'Oder et la Yistule supérieure, de race suève, sont les ancêtres présumés des Polonais.

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us de l'époque néronienne paraissent, à travers la brume des siècles, autrement sinistres que la cruauté hypocrite de nos temps ; le martyre volontaire des enthousiastes d'alors paraît d'une initiation autrement grandiose.

Il faut dire aussi que ce tournant de la pensée morale marque dans notre évolution religieuse une crise décisive : Jéhovah justicier et vengeur, Jupiter tonnant, Zeus inaccessible, croulent de toute la hauteur de leur piédestal altier à l'approche pacifique du Christ, Dieu de pardon, de miséricorde et d'humilité. La conscience humaine s'élève d'un bond à des sommets où vingt siècles de marche n'ont pu jusqu'ici faire monter le char de notre progrès matériel.

Après les écrits dont nous avons successivement dégagé l'idée, Sienkiewicz

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se devait et nous devait, en raison de son origine et de son passé littéraire, d'évoquer en un harmonieux tableau panoramique, où l'art consommé s'allie à la reconstitution scientifique, cette époque de suprême crise morale. Il a pu, cette fois, avec l'outrance réfléchie commandée par ces temps d'exagérations et d'extrêmes, aller jusqu'à la conclusion fatale de l'évolution spirituelle de cette fruste nature qu'était Vinicius et incarner en l'âme ingénue de Lygie l'ange sauveur, en face d'un démon stupidement féroce, Tigelin, inspirateur et exécuteur des folies de Néron. Cette amplification poétique frappe avec une intensité cherchée notre esprit et nos sens, rend plus nette, plus pondérable, la portée pratique de la révélation divine qui venait d'être annoncée au monde.

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La 'foi soulève des ■ montagnes. Oui..

Mais elle est autant un appui et un guide pour la tâche quotidienne. Elle embrasse à' la.fois l'idéal et la réalité ; l'un est lié à. •l'autre, et il semble bien que les figures épiq;ues àt Quo vadis incarnent cette pen; sée simple, mais encore irréalisée.

En effet, je ne crois pas que l'auteur ait voulu montrer l'esprit chrétien comme .ayant déjà modifié nos mœurs et nos rapports sociaux. Ses commentateurs catholiques affirment cependant que telle est l'idée finale de Qiw vadis, et ils citent à l'appui : « Ainsi passa Néron, comme passent la rafale, la tempête, le feu, la guerre ou la peste.... Et, désormais, des hauteurs du Vatican, règne sur la Ville et .le monde la Basilique de Pierre. »

On confond le culte extérieur avec l'enseignement, à la fois spirituel et rationnel.

M. Hearyk Sicnkiewicz dans son cabinet de travail.

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du Christ. Certes, c'est un beau et grand spectacle que celui de la foule prosternée devant la croix, emblème d'abnégation et d'amour, mais il y a dans cette adoration encore trop d'idolâtrie païenne, trop d'espoirs exclusivement mystiques, pour qu'elle puisse sciemment pratiquer envers soi et envers autrui les commandements précis de l'Évangile.

Un autre génie slave, Tolstoï, nous a déjà fait mesurer l'abîme qui sépare notre profession théorique de nos actes et de tout notre état social antichrétien. Le nombre des hommes qui aperçoivent cette contradiction flagrante augmente chaque jour, mais, minorité infime, ces esprits lucides et généreux doivent se borner à proclamer l'incompréhension du sens véritable de la toujours nouvelle doctrine.

C'est à cette fin que Ouo vadis a

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été écrit par un de ces vrais chrétiens. J'estime que, dans sa pensée, l'apôtre Pierre lui-même, « la pierre sur laquelle est édifiée l'Eglise de Dieu », le saint le plus vénéré du nouveau culte, n'est point l'archevêque mitre, officiant dans la splendeur d'un temple, au milieu d'une magnificence toute rituelle, comme la dévotion naïve se l'est imaginé, mais le simple pasteur amenant les ouailles à la doctrine d'amour, répandant la bonne nouvelle à ciel ouvert, dans la rue, au fond des carrières, dans la masure du pauvre, prêchant par l'exemple de ses propres vertus. Sublime, surhumain, quand il embrase les cœurs du feu sacré, ou marche à la mort en triomphateur, dans le rayonnement d'une félicité céleste; au surplus, vieux Juif à la tête chauve et branlante, à l'échiné courbée, un ancien d'expérience

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rassie, plein de sagesse pratique et de bonhomie bienveillante :

« Il sembla à Vinicius que cette figure de vieillard qu'il avait devant lui était à la fois assez vulgaire et pourtant merveilleuse, et ce qu'il y avait en elle de merveilleux provenait de sa simplicité même. »

Puis, nullement ennemi de la « joie raisonnable ».

Le païen Vinicius croyait, comme le croient encore les païens civilisés d'aujourd'hui, que le ciel était pour les fidèles la seule récompense de la vie vertueuse. Et il put s'apercevoir avec bonheur qu'elle est aussi sur la terre :

« Pierre rompit et bénit le pain; sur tous les visages se peignait la quiétude ; un bonheur immense emplissait la chambre.

« — Vois, dit enfin l'apôtre Paul en se

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tournant vers Vinicius, si nous sommes les ennemis de la vie et de la joie.

Vinicius répondit : -

« — Je m'en aperçois bien : jamais je n'ai été aussi heureux que parmi vous. »

Je regretterais de me méprendre sur le sens véritable de l'idée maîtresse de Qiio vadis. Cependant, c'est la main de Sienkiewicz qui conduit le style dans la main de Vinicius quand celui-ci écrit :

« O Pétrone, tu as vu combien cette doctrine donnait d'endurance et de courage dans la souffrance, combien elle consolait dans le malheur. Viens chez nous, et tu discerneras la source de bonheur dont elle est dans la vie quotidienne. Les hommes, vois-tu, n'avaient pas connu jusqu'ici un Dieu qu'ils pussent aimer, et c'est pourquoi ils ne s'aimaient pas entre eux. De là venait tout leur malheur^ car

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de même que le soleil engendre la lumière, l'amour nous donne le bonheur. Ni les législateurs, ni les philosophes n'ont enseigné cette vérité. Elle n'existait ni en Grèce, ni à Rome, et quand je dis à Rome, cela signifie dans l'univers. La doctrine sèche et froide des stoïciens, que suivent les gens vertueux, trempe les coeurs ainsi que des glaives; mais elle les glace, au lieu de les rendre meilleurs.

« Mais je n'ai pas à te dire cela, à toi qui as étudié et compris mieux que moi. Toi aussi, tu as connu Paul de Tarse et tu as eu maintes fois de longs entretiens avec lui. Tu sais donc parfaitement que toutes les doctrines de vos philosophes et de vos rhéteurs, comparées à la vérité qu'il prêchait, ne sont que bulles de savon et paroles vides de sens. Te souviens-tu de sa question : « Et si César était chré-

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« ti'en? Ne vous sentiriez-vous pas plus « en sûreté;, plus certains de posséder ce « qui est à vous et sans crainte du lende- « main? » Tu me disais que notre foi était ennemie de la vie; je te répondrai aujourd'hui que si, depuis le commencement de ma lettre, je ne répétais que ces mots : « Je suis heureux ! » cela ne serait pas assez pour t'exprimer mon bonheur.

Tu me diras que mon bonheur c'est Lygie! Oui, cher! C'est parce que j'aime en elle l'âme immortelle et parce que tous deux nous nous aimons en Jésus; et un pareil amour ne redoute ni séparation, ni trahison, ni vieillesse, ni mort. Quand ne seront plus passion et beauté, que nos corps seront fanés et que viendra la mort, l'amour survivra, car nos âmes survivront

« Le Christ est la source du bonheur et

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du calme. Compare vos orgies remplies d'angoisse^ semblables à des festins funéraires, avec la vie des chrétiens, et tu pourras toi-même tirer la conclusion. »

Qu'on rapproche les paroles que j'ai citées tout à l'heure du roman : La Famille Polaniecki, affirmant que le christianisme n'a pas encore pénétré dans la conscience sociale, et l'on sera fixé sur la réelle conception religieuse, ou morale — c'est tout un — de Sienkiewicz.

Jan Styka est né à Lwow (Lemberg en allemand, Léopol en français), capitale de la Galicie, en i858. A six ans il perdit sa mère et à dix-huit ans son père. Sans fortune, il eut donc à lutter de bonne heure pour assurer son existence et pouvoir cultiver l'art qui l'attirait depuis sa prime enfance.

En 1877, il entre à l'Académie de pein-

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ture de Vienne et obtient, à vingt ans, le prix de Rome. Puis il travaille à Cracovie, dans l'atelier du grand peintre polonais Matejko, dont il devient l'élève préféré.

Le voici à Rome, où, dès le début de sa carrière artistique, s'affirment sa prédilection pour les motifs religieux, et en même temps son talent spontané, dans deux toiles : la Multiplication des pains et une Madeleine, qui ira orner par la suite la cathédrale de Cracovie.

Après Rome, pèlerinage à Paris.. Il y a recours, quelque temps, en 1886, aux lumières de Carolus-Duran. Pendant trois ans Jan Styka travaille à Paris, dans son Atelier de l'avenue de.Villiers, et expose successivement au Salon Ulda la pruphéfessèj la Commiinion de la Sainte Vierge, et la Rencontre sur la Via Appia. La chaleur de l'inspiration, la connaissance déjà prc-

•fïi

Jan Styka.

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fonde de la couleur et de la composition le font vite apprécier par ses camarades français, tandis que Une Rencontre sur la Via Appia est popularisée par la photographie et la gravure.

De retour, en 1890, à Léopol, il y inaugure la série de ses remarquables toiles, dont le sujet est emprunté à l'histoire polonaise. Aussi ardent pairiote que fervent catholique, l'amour pour le divin crucifié et pour la patrie démembrée — j'allais dire crucifiée — l'inspireront désormais d'un même souffle, qu'il peigne soit La Vierge bénissant les Polonais, le tableau allégorique Polonia, ou le panorama de la Bataille de Raclawice, soit les scènes religieuses du Golgotha ou duM^7tyre des chrétiens au Cirque de Néron.

Il devient populaire dans les trois parties de la Pologne, — pour les mêmes

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raisons que Sienkiewicz, — et célèbre à l'étranger pour sa maîtrise d'art et l'ampleur de ses conceptions.

Polonia est, comme le dit excellemment M. Boyer d'Agen, « le poème national où la Pologne abattue, relevant tout à coup la tête, oserait lire, en face du soleil et de ses maîtres, la promesse de résurrection qu'un maître d'un autre genre lui a apportée dans le beau royaume des arts » (Revue illustrée, i""'' juillet 1900).

Tous les glorieux enfants de la Pologne, poètes, artistes, hommes d'Etat, prêtres, soldats, y sont rassemblés dans des attitudes caractéristiques et significatives.

Ce tableau a été acheté par souscription publique et placé à l'hôtel de ville de Léopol.

L'épopée de Kosciuszko est le thème de la Bataille de Raclaïuice. Ce panorama

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n'est pas seulement grandiose par son étendue (120 mètres de long sur i5 de haut), il l'est aussi par l'exécution merveilleuse de son ensemble et de ses détails, par la fidélité historique et par l'envolée de la pensée dignes de l'artiste et de son légendaire héros.

C'est définitivement le peintre national que fête la foule et ce sont . des maîtres comme Matejko, Mackart, Munkacsy, qui lui rendent hommage.

« Après le cycle polonais, où il avait assemblé pour sa mère deshéritée les plus glorieuses reliques, le cycle chrétien l'attirait par cette influence mystérieuse et sainte que la religion a toujours conservée sur les peuples malheureux, » insiste avec raison M. Boyer d'Agen.

Jan Styka part donc pour la Palestine, visite la Galilée, Bethléem, Jérusalem,

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Nazareth, passe la Semaine Sainte au Sépulcre du Sauveur. Comme à Rome, comme en Pologne, il recherche — à l'exemple de Sienkiewicz encore — le document exact, compulse les anciens et les auteurs modernes, précise les dates et les événements, étudie les sites et observe les mœurs (qui n'ont presque pas changé depuis deux mille ans), vit de l'existence de ses modèles présents, reconstitue dans son imagination la matérialité et l'esprit de ses modèles passés et rentre dans sa ville natale pour y créer son fameux Golgotha.

Même après Raphaël, Corrège, Titien, Fra Bartolomeo, Rubens, Van Dyck, Holbein, Durer et Cranach, cette évocation moderne de la Passion révèle une manière d'art toute personnelle et une érudition certes plus étendue parce qu'ar-

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mée de toutes les découvertes de la science de nos jours.

La montée douloureuse du Calvaire, la foule ignare et fanatique, les rabbins satisfaits et les disciples éplorés, l'instant ultime où le Rédempteur, en une infinie tristesse et une commisération sans bornes pour la souffrance humaine, est tout prière, est tout pardon, ces moments les plus pathétiques et les plus significatifs de la vie de Jésus, sont rendus dans leur cadre de poignante réalité et avec l'entendement de la haute portée de ce grave événement.

L'acheminement de son idée religieuse devait amener l'artiste de la Terre Sainte sur le sol fertile où la semence de la bonne nouvelle allait s'épanouir en abondante floraison.

Il explique lui-même, en un langage

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imagé, la raison qui l'a ramené à Rome.

« Du côté droit de mon tableau du Golgotha, — a-t-il dit à un rédacteur du Gaulois \ — se trouve une terrasse sur laquelle un Romain à cheveux blancs, en compagnie d'un jeune homme et d'une jeune fille couronnés de roses, regardent attentivement passer Jésus de Nazareth, qui gravit devant eux le Calvaire, marchant au supplice. L'expression de leur visage indique que la foi en la doctrine du divin Crucifié vient de naître dans leur cœur, et qu'ils seront désormais ses disciples, voués aux persécutions des premières années de notre ère. Cette vision hantait mon esprit.

(( Comme Pygmalion voyant sa statue s'animer, il me sembla que ces premiers chrétiens que je venais de dessiner au

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