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LETTRE PREMIÈRE

Adèle d'HaïUeval, au chevalier de Morency,

Un mois absent! Ah! mon Dieu, croyez-vous que je puisse vivre si longtemps sans vous voir? Yous êtes parti depuis deux jours à peine, il me semble qu'il y a un siècle.

Quand je pense *que pendant quatre longues semaines je ne vous verrai pas, il me prend des accès de désespoir. Charles, pensez à moi tous les jours, 4 moi qui vous aime depuis que mon cceur a pu aimer. Aussi je ne déguise pas mon amour, j'en suis fière, au contraire. Quel plus noble choix pourrais-je (aire! Mon chevalier n'csl-il pas le plus beau et le plus noble des hommes ? Ne doit-il pas être mon époux? Pourquoi nos parents s'opposeraientils à cette union? Ils ne peuvent ignorer nos sentiments; nos familles sont amies et alliées, nos fortunes égales. 0 que je serai orgueilleuse de porter votre nom! Que je vous aimerai! Quand donc serons-nous unis! Je tressaille de joie en y pensant.

Je sais qu'il n'est pas bien de vous écrire ainsi, mais vous me le pardonnez, n'est-ce pas. N*ètes-vous pas mon ami; mon frère: je puis donc tout vous dire.

Àh! tAdiez de revenir bientôt, il me prend par moment des accès de tristesse, mille pensées affligeantes s*offirent à mon esprit... Si TOtre père allait ajourner notre mariage, s'il vous trouvait trop jeune, si un parti plus riche se présentait. Si le mien de son côté apercevait des obstacles, s'il avait destiné ma liiaia h nn autre. Hélas I il parle souvent d'engagements anciens, il dte à tout propos on M. Vargny, il répète ce nom avec affection, et moi je ne puis l'entendre prononcer sans frémir. Que celui qui le porte doit être afflux! Ah! si estait à lui que,... Mais pourquoi ces tristes suppositions... Non, je suis à mon chevalier, jamais un autre ne pressera la main d'Adèle.

Etre à ^ vous ou mourir, tel est mon vœu, mon unique vœu. Vous aussi vous m'aimez, mais vous ne m'aimez pas comme je vous aime. Ah ! si vous saviez ce que je souffre quand je suis loin de vous! Toute cette journée je n'ai fait que pleurer. Ce n'est pas que je désire que vous soyez ainsi, non, diacun son caractère et son rôle; vous êtes homme et ne devez pas aimer comme moi. Je connais le but de votre voyage; vous avez de grands devoirs à remplir, et comment le pourriez>vous si toute votre ame était à votre amour.

Quant à moi, rien ne m'en distrait; je ne pense qu'à vous, je ne veux penser «qu'à vous. C'est avec impatience que j'attends le soir pour quitter le salon et me retirer dans ma chambre. Quand je suis seule je puis m*occuper de vous plus librement, et alors je vous vois, je vous entends, et par moment je deviens toute tremblante comme si vous étiez réellement devant moi. Puis bientôt il me semble que vous vous éloignez, j'étends les bras pour vous arrêter et je rougis ensuite toute honteuse de mes folies.,

Tout ce qui n'est pas vous me déplaît. Oui, les autres hommes me paraissent laids et maussades. Que je les liais quand ils veulent me (aire ta cour! Ohl ne soyez pomt

tm ESSAIS DBAMiiTIQUES.

jaloux, mon ami, car je. ne puis aimçr que yocb.- Adiev,. adien.

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