LETTRE HUITIÈME
la marquise de Saint-^koumont au comte d*Hauteval.
On prétend, mon frère, que vous allez donner votre fille & un petit bourgeois sans fortune et sans nom.
Oubliant celui que vous portez, si Tons no rougissez pas pour vous-même d'une pareille. mésalliance, songez è votre famille et surtout à votre fils dont vous allez briser l'avenir. Quelle héritière noble voudra être la sœur de M. Vargny ?
Si votre fille aimait œt . homme, si vous aviez cédé k ses larmes, on dirait qoo vous êtes un boù père» esclave de vos enfants, et Ton vons excuserait peut^tre. Mais lorsqu* Adèle, non seulement n*aime pas ce Vargny qu'on dit au fait fort peu aimable, mais qu'eHe en aime un autre, lorsque cet autre est porteur d'un des .beaux noms de France, il faut en vérité avoir de bien grands motife pour sacrifier ainsi votre enfant.
Quels qu'ils puissent être, l'opinion, que je vous manifeste ici, mon. frère, n'est pas . seulement la mienne;, mais celle de tous les vôtres; je dirai- plus, de t«us. les bonnêtes gens. J'espère donc que vous y déférerez ; comme * votre atnée j'ai droite quoique femme, de vous donner un conseil. I. ».
im ESSAIS DRAAIATIQUES.
LETTRE ITEUViÈME.
Berthe de Mortney à la marquise de SairUXhaumont.
Otfe pauvre Adèle est m sonfii-ante qu*el!e ne peut vous ^ire, c*est donc moi, madame, qui la remplace près de vous.
n Vient d*aWiVer une aventare fort bizarre à votre nevea Adolphe : c'est de Ivf que j*en tiens le récit. Il avait donné reddez-vons è M. Vargny. Charles, mon frère, raccompagnait : lai aussi avait défié cet homme que la faiblesse de votre fràre avait rendn leur égal, mais le sort avait désigné votre neveu pour la première affaire. Charles n'était donc que témoin. Arrivés au lieu indiqué, ils y trouvèrent un monsieur suivi d'un e^ièce de laquais qui lui servait de second. Adolphe demanda au premier s'il connaissait le motif qui les mettait en présence, et celui-ci ayant répondu affirmativement, les conditions du combat furent bientôt réglées. Adolphe, après quelques minutes, Tayant légèrement blessé au bt'as. Toi fit tomber son épée; il aurait pu le tuer, mais il se bori^a à l'inviter è renoncer à ses prétentions. Celui-ci lui Répondit qu'il n*en avait aucune pour son compte, qu'il n'était pas le futur, mais seulement l'un de ses eouMùs du même nom.
A ces mots, la colère de mon frère foi terrible. Il voulait sans plus de façon achever le cousin. Il se mit à accabler le Vargfny absent, de toutes les épithètes que la rage peut suggérer.
Le blessé prit mal la chose ; il dit que c'était a lui que la lelti^ avait été remise et qu'il n'en avait pu souffnr les expressions, qu'il qualifia d'impertinentes. A cette insulte, la colère de trotre neveu redoubla et !l se serait potté à quelque dtcèd si Adolphe ne Favait pas entraîné. Ils partirent ùffùt laissant le blessé avec son confident.
Cet individu était sans contrefait un homme envoyé par Vargny. On peut juger par 1^ de la lâcheté du pérson*
nage. Peut-être même Toulait-il attirer Charles dans un ^et-à-pens, et s*il n'avait pas été bien accompagné il était assassiné. Vous voyez, madame la marquise, quel est rhomme dont Totre frère voulait faire son gendre. Une d'Hauteval épouser un lâche, un assassin, ah ! c'est impossible. Il est à croire que cette conduite du prétendu fera faire de sérieuses réflexions au père de ma malheureuse amie et qèié les choses en resteront là.
LETTRE DIXIÈME; Berthe de Morewsy à madame de Satm-Chaumont,
J*avatà hier quelqu'es'pérance, aujourd'hui il n*en est plus :
beauté, grâce, fortune, tout est sacrifié h un misérable.
Les bans sont publiés. L'homme arrive dans deui jours,
et le lendemain la cérémonie sera faite. Tout le monde est
indigné contre votr« frère» et bien plus encore contre le
futur. Ce pauvre Charles est dans un état affreui. Adolphe
jette feu et flamme; il dit que cet introuvable Varguy va
se montrer enfin, et qu'il en fera justice. Il esta craindre
que les suites de la colère d'Adolphe n'amènent quelque
grand malheur ; s'il se bat avec Yargny, son père ne le loi
pardonnera pas. Dans quel abtme l'entêtement de M. d'Hau-
teval plonge toute cette famifle. La pauvre Adèle en mourra.
Adieu, madame.