‹ Sujets et paysagesChapitre 12 sur 37 · L HIVER MARIN · texte numérisé non relu

L HIVER MARIN

comme le suprême écho d'une ancienne tradition du roman. Non que les romanciers d'à présent ne peignent, comme autrefois, la nature, mais ils en préfèrent les aspects plus simples et plus ordinaires. Quel écrivain songerait à mêler ses personnages à un tremblement de terre ou à une éruption volcanique ?

Le cataclysme, démodé en art, appartient maintenant aux journaux et est devenu l'affaire des reporters. Ce sont eux qui nous renseignent sur les accidents de la nature. C'est à eux que l'on confie volontiers ce genre de tragique avec le soin de nous en rendre compte. De nos jours, Voltaire ne chanterait pas la secousse de Lisbonne; Daniel de Foc ne décrirait plus la peste de Londres. Le récit des gazettes suffirait à l'un et à l'autre. Les gens d'aujourd'hui ne veulent pas admettre que de pareils faits puissent leur devenir personnels. Ils les tiennent, en pensée, soigneusement au dehors de leur existence. Cela fait partie de ce qu'on lit, et non de ce qui arrive. Dans un journal, passe encore, quoique cela contrarie leur optimisme utilitaire; mais dans un roman, fait à leur ressemblance, ils ne pardonneraient pas à l'auteur d'aventurer leur image en des circonstances si improbables et si hasardeuses. N'est-ce point assez des malheurs et des risques ordinaires à l'homme sans lui rappeler qu'il en existe d'autres encore et que la nature a, pour détruire ce qu'elle

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a produit, des ressources imperceptibles, gigantesques et imprévues ?

La vérité est, jusqu'à un certain point, qu'on ne naufrage plus. J'entends par là que les chances du péril marin sont singulièrement diminuées. Certes, pour le pêcheur, pour le marinier, pour le petit peuple de la mer, le danj^er est demeuré à peu près le même qu'aux siècles passés. L*écueil,le courant, la bourrasque demeurent toujours redoutables. Gharjbde et Scylla sont éternels. Par contre, les grands paquebots, les villes flottantes sont relativement sûres. La vapeur est leur sauvegarde. Ils partent et ils arrivent au jour dit. Leur route même est tracée d'avance. Je médisais cela, l'an dernier, au moment de traverser l'Atlantique, et une foi enfermé dans les énormes flancs du bateau qui m'emmenait. On y vivait d'une vie confortable, méthodique et mouvante à cause d'une houle peu agréable qui secouait fort. Malgré tout, on conservait une grande impression de paix et de sécurité.

L'hélice grondait et faisait vibrer les parois de= cabines. Les vagues avaient beau s'amonceler ; l'horizon, aucun doute ne venait de leur impuissance. Qu'importait donc la mauvaise humeur des flots ! Ce fut ainsi qu'après sept jours et septnuils d'une navigation laborieuse, on arriva, un après-

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