LE SAULE ET LE LAURIER
plus de valeur et de vérité. Les vers d'Alfred de Musset, souvent sublimes ou charmants, sont parfois presque détestables. Le grand poète, il faut l'avouer, n'est pas toujours un versificateur impeccable. Il a dans la forme une néglig-ence, un laisser-aller qui va loin. Chez les Parnassiens, le souci de la métrique fut constant. La question tech nique du vers joua un grand rôle dans leurs préoccupations autistiques, et ce rigorisme formel, qui eut sa raison d'être et son utilité, les rendit sévères aux faiblesses de rime et d'expression du chantre de Rolla.
J'ai entendu plus d'une fois Leconte de Lisle, qui représentait l'esprit du Parnasse dans sa plus haute intransigeance, constater ces faiblesses du métier chez Alfred de Musset. Si le grand poète que fut lui aussi Leconte de Lisle parlait noblement et admirablement de poésie, il parlait aussi très volontiers de versification. Il trouvait au « mauvais vers » un comique qui l'enchantait et il avait la mémoire armée des citations les plus cocasses et les plus irrésistibles. Ces exemples, il en prenait partout, mais c'était de préférence aux auteurs de tragédies de la fin du dix-huitième siècle et de l'Empire qu'il les empruntait.
Ces auteurs médiocres et pompeux lui fournissaient des merveilles d'inexactitude et d'impropriété Mais il ne se contentait pas de cette gerbe et de ce bouquet, il y joignait des fleurs plus fraîches et
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plus récentes, comme celle fleur d'églanlier qui, dans une des 7V«î75 d'Alfred de Musset, « sent ses bourgeons éclore)),ct il respirait avec délice l'odeur de ce phénomène botanique, dû peut-ôtre d'ailleurs moins à une inadvertance de l'écrivain qu'à une coquille du proie, qui aurait changé en «bourgeons » le rnotw boulons », qui était, certes, sinon sur le manuscrit, mais sûrement dans l'esprit du poète.
J'ai rapporté ce petit fait pour montrer le genre de chicane que les Parnassiens cherchèrent à Alfred de Musset et qui n'était que la conséquence d'une divergence esthétique plus sérieuse et plus profond < La môme divergence fondamentale exista entre Musset et les écrivains de l'Ecole symboliste. Ceuxci, souciedx de donner à la poésie du mystère et de la musique, une sorte de lointain, de vague et d'indécis où l'idée n'apparût que voilée des artifices de l'allusion ou de l'allégorie, fréquentèrent peu chez le poète des Nuits. La voix puissante, farouche, magnifique, et pour ainsi dire universelle, de Hugo les attira davantage que la complainte amoureuse du jeune héros romantique. Le chant sévère et pur d'Alfred de Vigny, les mystérieux et énigmatiques murmures de Gérard de Nerval les retinrent plus encore et, si l'influeuce indi-