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LE SAULE ET LE LAURIER

recle du Romantisme se fit sentir en eux, ce fut surtout par l'écho que leur en apporta Baudelaire en ses poèmes prestigieux et Théodore de Banville en ses improvisations harmonieuses.

Cependant, si l'œuvre en vers d'Alfred de Musset subissait successivement le discrédit de la double réaction parnassienne et symboliste, son œuvre en prose connaissait un s.ort assez différent. Ce poète en effet, souvent inégal, incorrect et négligé, est un prosateur délicieux. Là, ses défauts s'atténuent et ses qualités se parfont. C'est un conteur, non pas tant lorsqu'il poursuit un récit que lorsqu'il le divise et le présente en scèneset en tableaux. Alors, d'une fable ingénieuse, tragique, délicate ou forte, naissent des personnages vivants et éternels. Ce qu'ils disent est on ne sait quoi de profond, de subtil, de tendre, d'ironique et de cruel, qui charme et émeut à la fois l'esprit et le cœur et contente en nous cette fibre secrète qu'y font tressailHr Beaumarchais, Marivaux ou Shakespeare.

Alfred de Musset réalise en son théâtre une de ces combinaisons comme les réussitparfois le génie français. D'éléments divers, il compose une essence mystérieuse et parfaite dont la formule est insaisissable et dont le parfum ne s'évapore plus. Les personnages d'Alfred de Musset sont embaumés de la précieuse odeur, la même que les femmes de Walteau caressent de l'aile de leurs éventails, sous les ombrages de ces beaux parcs où les Camille, les

Jacqueline, les Marianne, les EIsbelh de Mussn pourraient venir accouder derrit'ie elles leurs cjiprices, leurs fantaisies et leurs badinâmes, au socI<de marbre où se dresse, un doigt sur les lèvres, 1 statue pensive de l'Amour.

Depuis quelques années, un mouvement tri"^ marqué porte la critique actuelle à l'étude sérieus' et documentée du Romantisme, et d'excellents travaux ont été publiés sur les œuvres et les hommes de cette belle et si sérieuse époque de notre littérature. On en a étudié avec soin les origines, le caractère et les résultats.

Citerai-je lesdeux volumes magistraux deM. Ferdinand Bruneliôre sur Victor Jlugo, et le scrupuleux examen que MM. Glachantont fait du théâtre hugolien? M. Léon Séché, après avoir fixé plus d'un point delà biographie d'Alfred de Vigny, n'a" t-il pas entrepris de nous faire mieux connaître l'énigmatique Sainte-Beuve? M. René Doumic ne professa- t-il pas un cours fort suivi sur Lamartine, et n'attendons nous pas toujours, sur Honoré de Balzac, le livre promis de M. Paul Bourget?

Chacun des grands romantiques a ses servants. Si Alfred de Musset ne méritait peut-être pas les lourdes sévérités de M. Charles Maurras, il n'a, par

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contre, qu'à se louer de M. Clouart et de M. La forcade. M'"*^ Arvède Barine a écrit sur lui des pages charmantes et justes. Musset a ainsi largement participé à la faveur nouvelle où sont tenus ses compagnons de gloire.! La sienne n'a plus guère de contradicteurs, et c'est un sentiment d'admiration unanime qui saluera l'hommage de marbre rendu à sa mémoire. .

Les poètes, certes, seront les premiers à y applaudir. Il semble, en effet, que ce retour au Romantisme, dont je parlais tout à l'heure, ne se soit pas seulement manifesté par l'intérêt renouvelé du public et par l'attention laborieuse des critiques. Les poètes, eux aussi, paraissent avoir repris le chemin que foulèrent les pas de la Muse romantique... Parmi les plus récents d'entre eux se marque très nettement un mouvement dans ce sens. Certes, le formisme parnassien et l'idéalisme symboliste survivent encore très vigoureusement et très puissamment, mais, chez beaucoup, la poésie tend à redevenir une poésie d'expression directe, une poésie sentimentale et personnelle. Avec elle, l'éloquence, le pathétique, le lyrisme subjectif réapparaissent. Un romantisme juvénile semble renaître à leurs accents.

Qu'ils nous rendent un Hugo ou un Musset, nous ne nous en plaindrons pas, et leur couronne n'en sera pas moins belle s'il se môle à son laurier quelques feuilles du chêne robuste et quelques feuilles

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du saule frissonnant qu'a conservées jusqu'à nous le riche sol roinanliquc où ils plantent aussi à leur tour l'arbuste de leur gloire future!

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