VILLAS A VENDRE
Je ne connais rien de plus mélancolique que les villas à vendre. Il y en a beaucoup le long de la petite plage où je me promène chaque jour, et je ne les regarde jamais sans penser aux humbles déceptions qui, peu à peu, ont amené les propriétaires de ces bicoques d'été à leur infliger le désaveudel'écriteau. La bâtisse est un piège où se laisse prendre facilement le bourgeois français. On est tenté par l'agrément du lieu, le prix modeste du terrain, le plan ingénieux de l'architecte, et l'on se trouve ainsi possesseur d'un cottage anglais, d'un chalet normand ou d'un castel gothique que leurs inconvénients insoupçonnés et l'obligation d'y revenir chaque année vous rendent odieux et pour lesquels on cherche désespérément un amateur de villégiature chez soi. C'est ainsi que de nombreux « Mon Désir » et d'innombrables « Mon Repos » forment le troupeau lamentable des villas à vendre, si tristes et si pénibles à voir, car elles représen-' tent le déboire d'une illusion et la fin d'une fantaisie.
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Il n'y a pas, du reste, que les villas des pinces qui subissent la destinée de l'encan, et j'en sais une, plus noble et plus illustre, dont parfois on remet le sort en question. C'est la villa Médicis. Le maintien ou la suppression de l'Ecole de f\ome, qu'elle abrite, partage périodi(|uemcnt l'opinion. Ceux-ci en affirment, ceux-là en nient l'utililé, et les arguments semblent tour à tour valables, car une pareille institution a ses mérites et ses défauts; aussi est-ce le total, et non Ténumération des uns et des autres qui doit importer et l'emporter, et je ne me prétends pas assez bon arithméticien pour tenter d'établir la balance. Cependant il me semble entrevoir un point de vue très simple et très général qui pourrait paraître justifier l'existence de la fondation médicéenne.
Il ne saurait être, en effet, inutile ou nuisible à des jeunes gens qui se destinent à l'exercice des arts de passer quelques années de leur jeunesse à l'écart des agitations du temps, à l'abri du besoin immédiat, dans des conditions propices à la réflexion et au travail et dans un lieu admirable, car c'en est un que cette villa Médicis, au flanc de sa colline romaine, parmi ses jardins d'où la Cité éternelle apparaît à la vue en sa grandeur morose et superbe.
• Qu'ils y viennent donc, ces jeunes gens, et qu'on les y laisse vivre à leur gré! Qu'on n'exige pas d'eux les « envois » traditionnels ! Qu'ils n'aient