‹ Sujets et paysagesChapitre 30 sur 37 · VILLIERS · texte numérisé non relu

VILLIERS

voir par quel détour l'illustre et antique maison des Villiers de l'Isle-Adam, dont les généalogistes placent l'extinction à la fin du seizième siècle, se trouvait représentée encore au milieu du dix-neuvième en la personne inattendue de l'auteur des Contes cruels. Peut-être quelque rameau obscur du vieux tronc féodal et guerrier avait-il persévéré jusqu'à nous ? Quoi qu'il en fût de cette descendance, Villiers y croyait fermement. D'ailleurs, cette parenté héroïque lui convenait à merveille. Il avait l'âme noble, hautaine et ambitieuse. Il y avait en lui du chevalier des anciens âges, et ce fut en conquérant qu'il quitta sa Bretagne natale pour venir à Paris revendiquer la seule place qui lui parût naturellement la sienne, celle d'un prince de l'esprit. Ce fut donc en prétendant à la gloire qu'il se présenta dès l'abord, et il apportait avec lui, comme preuve de la légitimité de son droit, l'argument suprême et sans réplique : le génie.

Car, il faut le dire, Villiers de l'Isle-Adam donna à ceux qui le connurent, au temps déjà lointain de sa jeunesse, l'idée même du génie. Les témoignages, à cet égard, sont unanimes et nul doute qu'il apparut alors comme un personnage extraordinaire. Je me suis demandé souvent à quoi tenait cette impression presque magique que ressentirent tous ceux qui l'approchèrent à cette époque et qui dura par la suite, si bien que je l'éprouvai à mon tour, quand je le rencon-

ai8 SUJETS i:r l'AtsAtét.»

Irai, vingt-cinq ans plus lard, vieilli et lasstS ( sans celte première flamme qui avait tant ébloui naguère. La raison de ce prestige qu'il exerça autour de lui est dans ce que Villiers de l'Isle-Adarn fut, toute sa vie, un causeur surprenant. La paroi n'est-elle pas, par excellence, l'instrument de magie et d'illusion? Ce fut donc dans ses conversations que les amis de Villiers prirent de lui l'idée souv' raine qu'ils en gardèrent. Sans doute, il y réalisait momentanément les projets de ses rêves. Quelle'^ œuvres ébaucha-t-il ainsi en de féeriques improN : sations? Je l'ignore; mais il est certain que, pour ceux qui l'écoutaient, il paraissait promis à une gloire inévitable et prochaine de par la cerlitud** évidente de son génie, et cependant le temps posait, les années fuyaient et on continuait à rencontrer, errant,pauvre et inspiré, le magicien nocturne, celui qui devait ajouter à l'illustration de sa race une couronne suprême et immortelle, dont son geste familier semblait désigner par avance la place à son front.

Les paroles s'envolent, les écrits restent. Villiers de risle-Adam a laissé une œuvre, et c'est en elle qu'il nous faut chercher désormais cette impression du génie que donnait sa parole vivante. Qu'en reste-t-il en son verbe écrit ? La flamme y couve-

t-elle sous la cendre ? Les livres ne mentent pas. Interrog-eons-Ies.

Il suffît d'avoir lu les Contes cruels, Axel omV Eve future pour se sentir en présence d'un esprit hautain et original, d'un imaginatif puissant et d'un railleur aigu, car Villiers futdouble.il fut un inventeur de fictions grandioses ou bouffonnes et, dans les unes comme dans les autres, un philosophe et un poète. Fut-il véritablement un homme de génie ? Je ne sais, mais il y avait en lui, à tout le moins, de quoi attirer l'attention du siècle, d'autant mieux qu'à ces dons de pensée s'ajoutait un indéniable et prestigieux pouvoir de style. Villiers a du grand écrivain. Il en a la sonorité, l'ampleur, la force et l'harmonie. Ces qualités, après tout, ne sont pas si fréquentes chez ceux qui écrivent pour ne point mériter quelque considération à qui les possède comme les eut Villiers de l'Isle- Adam, magnifiquement et au plus haut point.

Ainsi donc, dans l'impression qu'il produisait et dans la conscience qu'il avait de sa propre valeur, tout n'était pas illusion. Villiers ne pouvait-il donc pas, aux heures où chacun à soi-même calcule en secret son avenir, s'en préjuger un favorable et glorieux, surtout lorsque, au temps de sa jeunesse, il en voyait déjà comme la certitude dans l'admiration passionnée de ses compagnons d'alors? et même, par la suite, quand il eut pu constater l'indifférence du public pour les beaux livres qu'il si-

gnait de son nom obscur et retentissant, ne pouvaitil pas espérer encore un de ces revirements pai où la fortune se plaît à compenser on nrif fois ses retards et ses négligences ?

li n'en fut rien. Une singulière malchance s'acharna sur lui jusqu'au dernier jour, comme pour le façonner à servir d'exemple fameux et complet des caprices de la gloire. Elle ne lui laissa pas môme l'âpre jouissance d'être totalement ignore ou de n'être connu que de quelques-uns. Il fut presque célèbre, d'une célébrité douteuse et vague. La mort même qui, souvent, rectifie le jugement contemporain, laissa subsister l'erreur établie, et Villiers de l'IsIe-Adam continue à promener parmi nous son ombre voilée, brumeuse et sourdement étincelante.

Il était déjà presque cette ombre quand je l'ai vu, il y a une douzaine d'années, vers la fin de sa vie, et c'est tel qu'il m'est apparu que je le revois en souvenir, avec sa face cendreuse aux yeux bleu clair, terminée par une pointe de barbe et surmontée d'une lourde chevelure grisonnante, l'air las, avec parfois un sursaut et un éclair dans le regard. C'était donc là ce qu'avait fait la fatigue de penser et de vivre du triomphant jeune seigneur d'autreiuis, qui, du fond des landes bretonnes, était venu

conquérir Paris et imposer à tous l'admiration de ses rêves et de son génie ! Si, de ce génie, il avait donné mille preuves parlées, n'en avait-il pas, après tout, laissé le témoignage écrit? N'est-il point frémissant aux pages d'Aœé'l ou de l'Eve future ? Pourquoi l'époque avait-elle feint de ne se point apercevoir que ce passant était un visiteur de marque? Il ne demandait qu'à être écouté parce qu'il avait de quoi convaincre. Son temps se boucha pour ainsi dire les oreilles à cette voix qu'il ne voulait pas entendre.

Tout fut vain. Quelles nobles forces de corps et d'esprit s'usèrent ainsi ! Et l'on souffrait à cette injustice en voyant passer, vieilli et courbé d'un labeur ingrat, cet homme qui, doué de dons magnifiques, n'avait pu fléchir les antipathies de la destinée. Quoi, cette bouche éloquente, où abondaient des paroles merveilleuses et profondes, avait, plus d'une fois, manqué de pain ! Cette main, habile aux phrases délicates et harmonieuses, avait par nécessité ganté le gant fourré pour donner des leçons de boxe à des oisifs! La vie n'avait pas seulement été pour lui pénible et difficile, elle avait été tragique. Tel livre, qu'on nommait, tout vibrant de lyrisme et d'ironie, avait été écrit, dit-on, couché à plat ventre sur le plancher nu d'une chambre démeublée ! C'est ainsi qu'il allait par la ville, à la fois vénérable et douloureux à voir, beau d'obstination et de foi à son rêve, avertissement redou-

«;|I,IFT<; RT PAVAAnitS

table et hauUiin ;i cnix (jin ir n'iicoiilriiicut au moment où, jeunes et inconnus, ils parlaient eux aussi à la recherche de la gloire 1 Aussi est-ce pour ceux-là que j'ai voulu évoquer ici cette figure fatidique. On est trop porté à ne voir dans l'art qu'un divertissement glorieux et facile, une sorte de métier agréable et ingénieux. Ce n'était pas sans doute l'avis de Villiers de risle-Adam,car il estla preuve qu'un homme non sans génie et qui sait écrire peut très bien, tout de même, manquer mourir de faim.

Le mardi 22 mars î842, à sept heures du soir, au coin du boulevard et de la rue Neuve-des-Capucines, en face du ministère des Affaires Etrangères, un passant s'affaissa lourdement sur le trottoir. C'était un gros homme, d'une soixantaine d'années, bien vêtu, le ruban rouge à la boutonnière, le torse solide, les épaules fortes, l'encolure courte, le visage large, avec des favoris et un toupet teints, du ventre et la main belle. On le releva et on le porta d'abord dans une boutique voisine, puis rue Neuvedes-Petits-Champs, où il logeait et où il expira, le lendemain, à deux heures du matin, sans souffrir et sans avoir prononcé un seul mot. Après un service funèbre célébré à l'église de l'Assomption, le corps fut conduit au cimetière Montparnasse. Trois personnes seulement accompagnèrent le cercueil. L'une des trois était Prosper Mérimée.

Celui qu'un si mince cortège menait en terre n'était pourtant point un personnage ordinaire, quoique les journaux annonçassent sa mort comme celle d'un certain M. Baijle, plus connu dans le monde

littéraire sous le pseudonyme de Frédéric StijndalL Le défunt n'était rien moins qu'Henry Bcyle, dit Stendhal, l'un des écrivains les plus siny^uliers de son temps et un homme dont la vie et l'œuvr»passionnent encore Beylistes et Slendhaliens oi intéressent ceux qui admirent, sans une familiarit '• aussi particulière, ce délicieux et libre esprit.

Nous leur devons beaucoup, du reste, à ces Slendhaliens et à ces Beylistes. Sans eux nous n'aurioii ni le véritable Beyle, ni Stendhal tout entier. A A/ Chartreuse de Parme et aux Mémoires d'un Touriste, à ce que publia, de son vivant, l'auteur de l'Amour, ils ont ajouté de nombreux ouvrages inédits et que ni le fidèle Colomb, ni le né;jliîjent Mérimée, n'avaient cru bon de mettre au jour. C«' deux premiers Stendhaliens firent le nécessaire et s'en tinrent là. Ils recueillirent quelques pages dispersées, formèrent un premier recueil de lettres, puis déposèrent l'amas des manuscrits à la Biblio" thèque de Grenoble. C'est là que vinrent les chercher dans la poussière des cartons M. Casimir Stryenski et M. Jean de Mitty. Rien ne rebuta leur patience, et il faut les admirer de celle qu'il mirent à débrouiller ce désordre. Ni les difficultés de l'écriture, ni l'énigme des abréviations ne les arrêtèrent. Ils ont tout déchiffré. Nous devons beaucoup à ce travail ; M. Stiyenski nous a donné Lamiel, M. Jean de Mitty Lucien Leumen, œuvres inachevées, mais esquisses précieuses. Ce n'est pa

tout. Nous avons eu successivement le Journal, les Souvenirs d'Egotisme^ la Vie d'Henri Brulard, livres charmants qui sont du Stendhal et qui sont du Beyle, qui ont une valeur double, littéraire et biographique, qui nous renseig"nent sur cette vie si diverse, si abondante, si mystérieuse, si passionnante et si passionnée, pleine de travail, de voyages, de plaisirs, d'ennuis, vie d'homme d'action et d'observateur, de soldat et de diplomate, de fonctionnaire et de dandv, vie d'écrivain surtout, car Beyle vécut la plume à la main. Les papiers de Grenoble l'attestent. Nul homme ne s'est plus noté que lui, comme s'il eût senti en lui-même je ne sais quoi d'insaisissable et de fuyant qu'il s'acharnait à fixer et dont je ne veux pour preuve que son attention à se regarder vivre.

C'est ce soin qui nous a valu des livres comme le Journal ou V Henry Brulard. Certes le style en est cursif et négligé, mais incorrections pour incorrections, je les aime autant impromptues que laborieuses. Stendhal, quand il s'applique, n'arrive souvent qu'à mal écrire. Qu'importe d'ailleurs; ce qui le sauve, c'est son souci d'être clair, d'être vrai. Il l'est dans le Journal^ au jour le jour, et presque heure par heure; il l'est dans V Henry Brulard, autrement et à distance, si l'on peut dire. Ici comme là, il est à l'aise. Pas de public, pas même ces « happy few » à qui il destine et à qui il adresse sa Chartreuse de Parme. Dans le Journal, il écrit

22h SfJETS tT PAVSAliKS

pour se souvenir, daus Brnlardy il écrit ce dont il se souvient.

Là, il se prend de loin, du plus loin de lui-môme, au temps de son enfance et de sa première jeunesse, et il n'est plus jeune quand il tente ce retour mélancolique vers le passé, mais la mélancolie de Beyle est assez {particulière; elle ne s'attendrit pas. Il n'est pas dupe du charme que les jours d'autrefois ont dans la mémoire. Il ne se prête puère à cette sorte d illusion par laquelle ils nous abusent d'ordinaire. Il les revit sans complaisance. Les fig-ures qui ont entouré son enfance lui apparaissent avec leurs défauts et leurs i^rimaces. Il se souvient des rides du visasre paternel. Il n'a pas g^ardé de tout cela que des imaj^es, il retrouve les sentiments qu'il éprouvait alors; je crois même qu'il les complète et y ajoute, mais ccIh n<' lourlic point à leur vérité.

On a dit qu'il ne fallait pas le croire entièrement, qu'il exagérait certaines choses et qu'il en rapportait certaines autres inexactement, que telle date est erronée, que tel fait est douteux. Je le veuxbien, mais ce qui reste acquis et ce qui rend un pareil livre infiniment précieux, c'est qu'il nous donne l'enfance et la jeunesse de J3eyle, et qu'il fournit tout de même un solide point d'appui bioc^raphique.

Pendant longtemps, elle est demeurée assez incertaine cette biographie de Beyle. On avait déjà

BÉYLE ET BAnBEY 227

jugé son œuvre et dit sur elle ce qu'il fallait, que sa vie demeurait mal conmie en plus d'un point. Il fallait s'en rapporter à la Notice de Colomb et à l'H. B de Mérimée. Ce n'est que depuis les publications stendhaliennes qu'on a en mains les documents indispensables. Grâce à eux, M. Arthur Ghuquet a pu mener à bien le travail de nous donner une biographie complète de l'auteur de la Chartreuse c/eParme. Il l'a fait en un gros volume qui rassemble et coordonne tout ce qu'on sait de Stendhal en profitant des travaux préliminaires de M. Cordier, de M. Stryenski et de M. Fargues. L'ouvrage de M. Arthur Chuquet est donc utile et intéressant, très abondant et très exact. J'en aime mieux la partie biographique que la partie critique. On peut juger les œuvres de Stendhal autrement que M. Chuquet, mais on peut se fier à lui pour le reste. Il renseigne avec sûreté, car il s'est renseigné luimême avec précision.

Ce qu'il faut dire pourtant^ après l'avoir lu, c'est que le principal biographe de Stendhal reste encore Stendhal lui-même, non seulement dans les livres que nous avons cités, mais dans la plupart de ses ouvrages, d'une façon plus ou moins ouverte ou détournée, car Stendhal a constamment mêlé sa vie à son œuvre.

M. Chuquet est donc aile chercher Stendhal partout où il était. Le voici maintenant devant nous, nous le savons à peu près tout entier. Le connais-

sons-nous beaucoup mieux? ISous avons appris comment, quand et qui il a aimé, le diMail de son existence intime, littéraire, mondaine, militaire, ses relations et ses goûts, ses idées, ses désirs. Nous avons tous les chiffres de sa personnalité, et la somme, il faut l'avouer, en demeure incertaine. Qui élait-il au fond ?

Il ne Ta peut-être pas su exactement. J'ai dit qu'il y a en luiquelque chose d'insaisissable. C'est vrai. C'est pourquoi sans doute il chercha si patiemment à se définir à lui-môme et que, par une sorte d» défi ironique, il laissa [ce soin à d'autres en leur livrant les innombrables pages griffonnées d'hiéroglyphes qu'on a retrouvées dans les papiers de Grenoble et malgré lesquelles il demeure toujours énigmatique et mystérieux.

On est ^vec lui dans rincerlilude où l'on est parfois dans la vie avec les personnes que l'on connaît le mieux. Son personnage n'a pas la rigidité posthume que donne la mort. Rien mieux qu'elle ne familiarise et ne renseigne. Elle met en perspective; le raccourci s'y redresse et la statue s'y fixe. Avec Stendhal on a beau prendre l'empreinte di ce qu'il fut, ce n'est point un masque que modèle le moulage, mais un visage vivant.

Le livre de M. Chuquet n'en est pas moins utile et instructif. Il faut multiplier le plus possible ces larges études biographiques. C'est ce qu'a fait

BEYLE ET B.VRBEY 229

M.Eugène Grêlé en choisissant, comme sujet d'une thèse de doctorat, Barbey d'Aurevilly. Je crois bien, qu'il nous a donné le premier travail biographique sérieux que nous ayons sur l'auteur des Diaboliques, car je mets de côté la lourde compilation de Charles Buet, pleine de lacunes et d'erreurs. Du reste, M. Grêlé a eu communication du seul document qui rendît possible une telle entreprise, je veux dire la correspondance de Barbey d'Aurevilly avec Trébulien. M. Grêlé y a puisé discrètement, mais sûrement. Même quand il ne la cite pas, on sent qu'elle le soutient, le dirige et le 'guide. Elle éclaire la vie de Barbey d'Aurevilly de i83o à i85o, période obscure et d'autant plus intéressante que ce fut celle de la formation de ce singulier génie, car c'en fut un que le romancier de l'Ensorcelée et du Chevalier des Touches, et il faillit, pour qu'il écrivît ces étranges et beaux livres, certaines circonstances sur lesquelles M. Eugène Grêlé nous renseigne enfin avec précision et certitude.

Si Barbey d'Aurevilly avait suivi les traditions de sa famille, il n'aurait jamais quitté sa province. Ils étaient fortement implantés dans la leur, ces Barbey, et tenaient au sol par de soUdes racines. Ils vécurent de père en fils au pays du Gotentin,et c'est à Saint-Sauveur-le- Vicomte que naquit, en 1808, Jules Barbey d'Aurevilly, de Théophile-Marie-André Barbey et d'Ernestine Ango, des Ango de Dieppe, de vieille souche normande ceux-là aussi,

mais d'un bois où l'on iilplus tie inMs de navires que de manches de charnu's. Celui qui fut le içrandpère du romancier n'était point un homme ordi- Miiirc. Il ('tait, nous dit son pctit-fiIs, d'une intolérable fierté. Elle lui venait sans doute de sa naissance. Il avait été tenu sur les fonts baptismaux pai le Comte de Maurepas et par la Duchesse d. Châteauroux, il avait eu Louig XV pour parrain et pour mieux que cela, car il aurait été l'enfant d'une des nombreuses maîtresses du roi, mariée à un Ang^o qui accepta de servir de père au rejeton royal. Il y eut un temps où ces sortes de choses enors^ueillissaient fort. Louis- Victor Ansfo fut un personnage taciturne et sourcilleux. « Il dédait,'na les livres et les plumes ; il a passé dix ans de sa vie à se promener de long en large dans son appartement en enfilade, les mains derrière le dos et sans dire un seul mot, pendant que sa femme, qui l'adorait comme Dieu, tricotait dans une embrasure de fenêtre et ne se serait pas permis môme de respirer un peu haut, m

Les Barbey ne le cédaient en rien aux Ango, sinon que leur noblesse était plus récente et ne datait guère que du milieu duxvni" siècle, mais depuis longtemps la famille vivait noblement sur ses terres dont elle ajoutait les noms au sien. Il y eut des Barbey du Motel, des Barbey de Taillcpied, des Barbey de Tesnel, des Barbey'd'Aurevilly, comme ce Jean-François qui était « un Hercule campé sur

des jambes d'Apollon », et qui mourut en 1829. Bouvier hardi et cavalier intrépide, il montait des chevaux intraitables dont l'un le traita si mal qu'il en mourut, mais pas avant, tout piétiné et meurtri qu'il était par les sabots de la bête furieuse, d'avoir reparu une dernière fois, la tête bandée de linges, à la table de whist où il s'asseyait chaque soir, et d'y avoir joué sa suprême partie, après quoi, il attesta « la puissance hémorrag-ique de sa nature » par le sang- qui, de sa maison au cimetière, coula des jointures du cercueil.

Le père de Barbey, pour avoir été toute sa vie Barbey tout court, n'en fut pas moins non plus un personnage de haute mine, sombre et d'humeur difficile, inconsolable de s'être trouvé trop jeune pour « chouanner », comme son frère Onésime et comme la plupart des g-entilshommes du pays. Son royalisme farouche en garda une plaie se'crète. Il ne cessa jamais de se plaire au récit de ces aventures militaires auxquelles il n'avaitpas pu prendre part, mais dont il connaissait les acteurs et la chronique.

C'est au milieu de ces récits que grandit Jules Barbey d'Aurevilly, dans la petite ville de Valogncs, aux vieux hôtels tristes, et c'est là qu'il était destiné à vivre, parmi les souvenirs du passé. S'il en avait été ainsi, il est à penser qu'ils n'eussent jq.mais eu pour lui le prestige dont les para plus tard son imagination. Il eût continué à entendre ces vieilles histoires et il les aurait lui-même répétées à

son tour aux conversations quotidiennes. II fallut pour qu'elles lui apparussent en leur heaulé \uiu>i que et siuq^ulière qu'il les emporlAl avec lui en sa mémoire. Elles y prirent la couleur romanesque et légendaire où elles ont achevé de s'embellir.

Ce fut la vie qui se chari^ea de les mcttn; au point. Celle que le jeune iJarboy menait à Vaioi^nes n'était point faite pour satisfaire un jeune homme impétueux et passionné. Le livre de M. Grêlé non apprend avec détail les circonstances de la crisi morale qui y mit fin, comment le fils de Tliéodoi ^ Barbey échappa peu à peu à la rude main paternelle et aux idées familiales. Il faut lire une série de chapitres intéressants qui nous montrent Uarbey d'Aurevilly au Collège Stanislas, à Paris, lié d'à mitié avec Maurice de Guérin, ensuite étudiant en droit à Caen, où il rencontra Trébutien et où il fonda avec lui la Revue de Caen^ qui n'eut que quelques numéros, mais qui fut le début de pluni de celui qui devint un infatigable écrivain et qui pendant quarante ans, ne cessa plus d'écrire ; mu: le plus curieux de ces révélations est que Barbe . d'Aurevilly, que nous retrouverons plus tard catholique militant et monarchiste convaincu, ait été aux heures troubles de sa jeunesse républicain et démocrate. Pourtant il en fut ainsi, et le jeune homme qui débarqua à Paris en i833 ne ressemblait plus guère à l'adolescent qui,, aux longues soirées d'hiver, écoutait au coin du feu les exploits

BEYLE ET CARBEY

de d'Aché ou les prouesses de des Touches. En même temps qu'avec les idées de son milieu, il a rompu avec la tradition de sa race. Le descendant des vieux Normands terriens et sédentaires s'est dépaysé, déraciné.

Henri Beyle passa l'année 1799 dans un travail acharné, tellement qu.'il porta les cheveux longs et n'alla plus chez le perruquier de peur de perdre une demi-heure. II étudiait les mathématiques passionnément, car il avait découvert qu'elles seraient pour lui un moyen de quitter Grenoble qu'il détestait, et de conquérir son indépendance. On l'enverrait à Paris pour l'examen de l'Ecole Polytechnique. Ce fut en elïet ainsi que Beyle commença sa vie aventureuse. Jamais la province ne le reprit. Il fut, lui, le vrai déraciné. Ce qu'il fuyait ce n'était pas seulement son père avec qui son caractère s'accordait mal, c'était une manière de vivre et de penser pour laquelle il ne se sentait pas fait. Il n'en voulait d'autre que sa fantaisie. Beyle n'est point quelqu'un à se satisfaire d'idées courantes ; il prétend que les siennes lui soient propres. Il veut se faire à lui-même son opinion sur toutes choses, les plus frivoles comme les plus graves. Pour cela il se débarrasse volontairement de tous préjugés. Il veut vivre. Il est curieux de tout. Il se compose du monde une connaissance pratique. Il est attentif au détail de l'existence, aux

234 RIjrTS ET PATSAQtS

petits « faits vrais ». il ne veut pas être dupe. Il observe, pèse, analyse, compare. L'homme l'inléresse et il est l'homme; aussi cherche-t-il à se bien connaître pour mieux connaître les autres, et c'est ainsi qu'il va î\ travers la vie, avide, méfiant, fin. voluptueux, fout à lui-m(>me et à la jouissance dse sentir vivre fortement ou délicatement.

Partout il est le même, dans les bureaux de Daru comme dans son triste consulat de Civita-Vecchin , sous l'uniforme de lieutenant de dra'^ons commi sous l'habit d'adjoint aux Commissaires des guerres, à Paris comme à Moscou, à l'armée victorieusr de 1809 comme à l'armée vaincue de 1812, sou le clair soleil d'Italie comme sous le ciel neigeu . de Russie, à Naples comme à Londres,, partout où les hasards l'ont conduit, dans un salon de Paricomme dans une loge de théâtre à Milan, il rest' constant en son goût de l'indépendance. Il vieillim pourtant et, môme à cet âge où le passé nous attin à lui, il regardera le sien avec clairvoyance et iro nie et lorsqu'à cinquante ans il rédigera les note hardies de la Vie cl' Henri/ Brulard^ ce sera pour dissiper cette illusion du souvenir qui nous ramène à notre enfance comme à un temps dont le regret est plus fait de l'oubli des peines que nous y subîmes que de la mémoire du bonheur que nous y avons éprouvé.

Il se peut que si un Barbey d'Aurevilly eût vécu une existence aussi mobile que celle d'un Henry

Beyle, il lui serait arrivé de se dépayser complètement. Il y avait dans le jeune Normand qui vint à Paris en i833 tenter la fortune quelque chose de hardi et d'aventureux. Il en portait la marque au visag-e et dans les yeux. Il avait l'audace, la bravoure qui ne demande qu'à s'employer. L'emploi manqua. L'existence que mena à Paris Barbey d'Aurevilly fut la plus ordinaire du monde. Pauvre, il lui fallut gagner son pain; ambitieux, il lui fallut demeurer inconnu; hautain, il lui fallut subir les difficultés médiocres de la vie littéraire. Ce furent des années obscures et tristes pour ce jeune homme tourmenté de passion et de mélancolie. C'est l'époque où il écrivit la Bague d'Annibal, l'Amour impossible et cette Germaine qui ne fut publiée, sous le titre de Ce qui ne meurt pas, qu'en 1881, où il collabora au Globe et au Moniteur de la Mode. Le petit livre sur le Dandysme et Georg'es Brummel fut remarqué. Barbey d'Aurevilly avait des succès de salons. La réputation du causeur précédait la renommée de l'écrivain. Plus tard elles se confondirent. Ce fut à ce moment qu'il ajouta à son nom celui de d'Aurevilly. C'était comme s'il eût remis le pied sur la terre normande. L'heure était proche, en effet, où la Normandie Fallait reprendre tout entier. 11 esquissait le plan de la Vieille Maîtresse. Il composait le Dessous de cartes d'une partie de Whist, qui est devenue plus tard l'une des Diaboliques. En 1849, Barbey d'Aurevilly a

trouvé sa voie. Il sera le Walter Scoll de Valos^nes.

Le réveil du Normand se compléta en lui pm celui du catholique. 11 aimait toujours, mal^i tout, cette terre pluvieuse et verte que rabsen( avait embellie à ses yeux et transformée en soi, souvenir. Les récits dont sa jeunesse avait été nourrie lui revinrent au cœur avec une amplification mag^nifique, tournés à l'épique. Les des Touches et les La Croix-Jugan lui réapparurent et, avec eux, les héros du Romancero royaliste de la Chouannerie dont il allait être le poète puissant et profond. Tout cela le ressaisit à jamais. Valoçnes lui rouvrit les portes de ses vieux hôtels aristocratiques cl déserts. Il n'en sortit plus jamais et ce ne fut plus que son ombre que nous vîmes errer parmi nous superbe et démodée, avec sa redingote ajustée, ses manchettes de dentelles, son jabot et la limousine de grosse toile à raies, doublée de satin, dont il enveloppait sa dignité hautaine de vieux gentilhomme de province et d'oncle à histoires.

Elles sont admirables ces histoires chouannes de Barbey d'Aurevilly et il est dommage, vraiment, qu'au lieu de passer une partie de son temps à fain le coup de fusil contre les idées contemporaines et à manier, avec talent du reste, la cravache du pani phlet et la trique de l'éreintement, le grand conteur n'ai pas ajouté à son Ensorcelée et à son Clie-

BEYLE ET BAUBEY Z'i']

valier des Touches, ce Gentilhomme de grand chemin et cette Tragédie à Vaubadon qu'il projeta, mais qu'il n'écrivit point. Ces deux romans auraient eu pour héros ce d'Aché, qui fut un Chouan de marque et dont M. G. Lenôtre nous a raconté, dans son Toiirnehut, les aventures romanesques et la fin tragique. Malgré cela l'œuvre normande de Barbey d'Aurevilly est coasidérable. Il est le peintre né de ces rudes partisans. Il partage leur foi et leurs passions. Il est de cœur avec eux. Il revit par eux la vie qu'il aurait voulu vivre, et ils revivent en lui avec une vérité et une force sing-ulières. Il a leur sang dans les veines. Il admire leur héroïsme et leur habileté, le mélange de courage et de ruse qui les caractérise, en Normands qu'ils sont. Certes, ils accomplissent des actions hardies et dangereuses, mais ils y apportent en même temps la prudence et le calcul propres à la race. Ils n'ont point de doute sur la bonté de leur cause, mais ils la servent en gens avisés qui veulent durer et être utiles le plus longtemps possible ; ce sont des casseurs de tête, mais ce ne sont pas des casse-cous. Cela ne les empêche pas d'être héroïques et de sacrifier leurvie,quandil le faut, mais s'ils la défendent bien, ils ne la hasardent pas plus mal.

C'est pourquoi, les figures qu'évoque si superbement le Cervantes de la Manche que fut Barbey d'Aurevilly demeurent, dans l'exagération poétique, vraies et vivantes. Ces Don OuiciioUe de la

238 SUJETS BT PAYSAGES

Chouannerie ne sont point seulement des personnages de roman, ils sont des gens de riiistoin Comme dans le roman espag-nol, il y a un mouliit dans fa chronique normande : c'est celui où des Touches et ses compagnons attachent le meuni» qui les a trahis aux ailes tournoyantes qui emportent son corps, (.'<"•'"'■'• ''«II.: iiM" n>'>f! v<Mii..'lfv;sC

et vertigineuse.

Si CCS liisluiicMic ù .viucviiij .iwiiL Ijcllcs, ardcutes et farouches, son talent de conteur est admirable. Il a le tour et le style, l'art des suspens et des eiïets brusques, je ne sais quoi de hautain et de robuste dans le langage qui a une saveur de terroir et un air de bonne compagnie. C'est un écrivain de grande allure. La phrase est longue, coupée d'incidentes qui sont des parenthèses de conteur, relevée de pointes et de traits, cravachée d'épithètes cinglantes, défendue de parades brèves, bien en garde et qui va droit au corps. C'est un style d'outretombe, un style de Chateaubriand du Cotentin. Ce n'est pas lui qui lira chaque matin une page du Code civil pour s'apprendre à écrire net et court et, cependant, il me semble voir entre Beyle et lui plus d'un rapport.

Certes, ce sont pourtant des personnages bien différents que le gentilhomme catholique et le bourgeois athée que furent M. d'Aurevilly et M. de Stendhal, et cependant ils ont un goût commun,

celui de l'héroïsme. On a trop vu dans Stendhal l'observateur ironique et le sceptique avisé. Il ne fut pas que cela. Au fond, il aime lésâmes violentes et passionnées, capables d'exaltation et de folie, que le désir mène aux actions les plus insensées et conduiljusqu'au crime.

C'est celte sorte d'héroïsme qui lui fit chérir l'Italie. Il trouva dans le caractère italien cette hardiesse exaltée qui lui plaisait tant et qu'il a donnée si volontiers aux héros de ses livres. N'est-ce point ce que nous voyons, à des degrés divers, dans une Mathilde de la Môle et dans une Lamiel? De même que Barbey d'Aurevilly, Stendhal fait coexister dans ses personnages cette violence de passion avec de curieuses prudences. Il en résulte des âmes profondes et forcenées, cauteleuses, qui portent dans l'action une fougue furieuse et s'y conduisent avec une hypocrisie magistrale, tour à tour cyniques et sournoises. Pour Stendhal comme pour d'Aurevilly, il y a héroïsme dans l'excès^ quel qu'il soit^ bon ou mauvais, vertueux ou criminel, dans la pudeur d'une M"^ de ToufTedelys, comme dans la monstrueuse volonté d'une Hauteclaire Stassin, dans l'intrigue compliquée et assassine d'un Julien Sorel aussi bien que dans l'aventure amoureusementitalienne d'un Fabrice del Dongo. Et ce Fabrice, la duchesse Sanseverina ne le délivre-t-elle pas du cachot de Parme, comme les compagnons de des Touches délivrent le chevalier de la prison de Cou-

tances? L'AIberlinc du iiideau cramoisi ne va-l-ell< pas trouver dans sa chambre d'ofticier le beau vicomte de Brassanl, comme Malhilde de la M(Mf reçoit dans sa chambre de jeune fille le sombre Julien Sorel ?

Les ressemblances s'arrc'tent là. Kioa de plus ditïérenl d'un roman de Stendhal qu'un roman de d'Aurevilly. Cependant, on peut dire qu'ils furent tous les deux des romantiques par ce goiU de l;i passion et de l'excès, mais, ce que ne faisaient pn^ les romantiques, ils cherchèrent à donner à leur personnages de la vie et de la vérité, l'un par l'exactitude du détail, l'autre par la force de l'évocation. Tous deux, ils furent à leur façon des réalistes du romanesque et des romantiques du vrai.

Si Barbey d'Aurevilly a pu lire Stendhal, Stendhal ne put rien lire de d'Aurevilly. En 1842, ce dernier n'avait écrit ni la Vieille Maîtresse ni les Diaboliques, il n'était qu'un jeune homme mélancolique, tourmenté et incertain de lui-même. Peutêtre qu'en ce soir de mars, où l'apoplexie abattait en pleine rue le grand romancier de la Chartrensr de Parme, il passait sur le trottoir opposé, ce Barbey d'Aurevilly, sans un regard pour ce gros homm» qu'on emportait,et continua-t-il son chemin sans se détourner, les yeux tout à ses rêves, à ces ombres normandes qui dessinaient déjà leurs silhouettes héroïques sur le rideau cramoisi de son imagination?

J'habite en ce moment une de nos petites villes de France qui a conservé assez bien son air d'autrefois : vieilles maisons, rues mal pavées, mail planté de grands arbres, clocher où une antique horloge annonce les quarts et la demie et frappe l'heure aux coups brusques de son marteau. La vie y est celle de nos provinces. Les mœurs y sont plutôt d'hier que d'aujourd'hui. Le souvenir du passé y demeure. Aussi y entends-je parfois rapporter de curieux traits de l'existence de jadis, dont l'un m'a semblé valoir d'être retenu.

Il paraît que cette petite ville, maintenant engourdie dans la monotonie de ses occupations quotidiennes, fut, vers le début du dernier siècle, atteinte d'un goût du jeu incroyable et qui allait jusqu'à la frénésie et à la fureur. Il y avait là beaucoup de petite noblesse et de grosse bourgeoisie. Les parties y commençaient dès le matin, se continuaient l'après-midi et reprenaient dans la soirée. Les femmes surtout se montraient si enragées qu'elles en abandonnaient les soins du ménage et

qu'elles en passaient la charj^e à leurs maris. On voyait ces messieurs trier le linge et commande aux cuisines, tandis que ces dames agitaient 1 cornet à dés ou abattaient les atouts au tapis vert. Certes, l'ancienne France fut joueuse. Les nom de ses anciens jeux nous sont restés aux oreilles. Lu liste en est longue, du roversis à l'hoiubre, du pharaon au cavagnol. Nos pères y prenaient un plaisir qui était une des occupations réglées de la vi d'autrefois. Cependant l'habitude de jouer, trans formée en une épidémie de jeu, est l'indice d'un état d'esprit particulier. Sa pratique est significative et en voici, je crois, le sens.

Le jeu n'est, en somme, qu'un dérivé de l'espri' de risque et d'aventure puisqu'il est l'imprévu >■ l'incertain, et quoiqu'il se compose d'un mélange <i calcul et de hasard. Tout joueur ne serait donc, au fond, qu'un aventurier en miniature. Par l'inconnu des cartes et l'inattendu des dés, il cherche à se créer des émotions vives et brusques. Le jeu, c'est la catastrophe à domicile et la péripétie au coin du feu. 11 implique un désir de surprise. Les petits renversements de fortune d'une partie sont une image réduite des chances et des alternatives de la Destinée. Le jeu est un simulacre par lequel nous trompons notre appétit de l'aventure. Celle des cartes supplée à d'autres et les imite en raccourcis. Je ne veux tout de même pas prétendre par là que les joueurs et les joueuses de ma petite ville

UNE JOUEUSE 24i

aient été des héros manques et des héroïnes sans occasions, mais ils étaient d'un temps fécond en événements excessifs et soudains. Ils avaient vu la Révolution et l'Empire et avaient sans doute g-ardé dans l'esprit je ne sais quoi de hasardeux. C'est cette habitude de la transe et du risque qu'ils cherchaient peut-être à retrouverdans ce divertissement des cartes où ils apportaient un acharnement d'âmes oisives et de gens qui ont connu des conjonctures plus passionnantes et plus réelles.

Ce fut ainsi qu'on jouait en ces Valognes et ces Coutances d'après l'émigration, que nous a si bien décrites Barbey d'Aurevilly dans son Chevalier des Touches et dans quelques-unes de ses Diaboliques. C'était ainsi que jouait, dans le Lys dans la valléeàe, Balzac, M. de Mortsauf. N'est-il pas digne, celui-là, d'être le partenaire de cette étonnante marquise de Combray, dont M. G. Lenôtre nous conte la vie authentique et romanesque et qui, en son château de Tournebut, tout en marquant les points du jeu où elle distrayait son loisir, en combinait et en dirigeait un autre dont le gain ne devait être rien moins que de changer la face du monde et de rendre un royaume à ses rois ?

Si le château de Tournebut était un lieu singulier, M'"® de Combray n'était pas non plus une personne

ordinaire. Cette vieille femme hautaine, despotiqii« et hardie faisait figure accommodée à sa demeure. Royaliste ardente et inébranlable, M"'" de Combray, après avoir passétant bien que mal à Rouen les plus mauvais jours de la Terreur, était revenu» en 1796 en son manoir de Tournebut, près di Gaiilon. Les pires événements n'avaient point éit de force à ébranler la foi inounrrhique de M"** d<' Combray, ni à intimider le bourbonien ;

aussi, de retour à son Tournebut, continua- t-elic î\ faire ce qu'ellcavait fait à Rouen, où elle loijcait dans sa maison, en pleine tourmente, toute uni sainte clientèle de prêtres insermentés et de religieuses fugitives.

Son château devint le refuge naturel des chouan > traqués et des, brigands, comme on disait. Tournebut fut un centre actif de conspiration. Du rest*' le lieu se prêtait admirablement aux desseins d' M™« de Combray. Sa solitude, son isolement de routes fréquentées, ses issues diverses, son vas! logement, le rendaient propre à sa destination, d'autant mieux que M"* de Combray y ajouta ce qu'il fallait pour tenir en sûreté ses hôtes secrets. Des cachettes pratiquées dans l'épaisseur des murs ou le vide des combles pouvaient contenir quatrevingts personnes à l'abri de toute recherche. Ce fut là que M'"^ de Combray hébergea son monde de suspects, d'émissaires, d'agents. La chouannerie normande qui, durant le Consulat et presque sous

l'Empire, remua sourdement les provinces de l'Ouest, eut son couvert mis et son lit fait à Tournebut.

i\jme (jg Combray travaillait pour le Roi avec une audace admirable. Elle reçut chez elle, tour à tour? les enfants perdus et les chefs du parti, Margadel ou Hingant de Saint-Maur. Le vicomte d'Aché, après l'arrestation de Cadoudal, y demeura plus d'un an sous le nom de Deslorières, non point caché sous une trappe, mais allant et venant, entendant la messe que le curé du villag-e venait dire le dimanche, dans la chapelle du château, et faisant avec la marquise ces interminables parties de cartes qu'elle aimait.

Il s'en fallut de peu queM'^'^ de Combray demeurât à jamais inconnue en son rôle de logeuse de la chouannerie ; mais M™e de Combray avait une fille, etce fut d'elle que vint l'événementqui mit aujour les menéesde la vieille marquise. Cettejeunefemrae, mariée, et mal mariée, à un certain Acquêt de Férolles, joignait au goût d'intrigue de sa mère celui de l'action. Des circonstances qui la poussèrent à agir, il serait trop long de parler ici.

Ce qu'il y a à dire, c'est que,^ le 7 juin 1807, Mn^e Acquêt se trouva dans le petit bois du Ouesnay, où la voiture qui portait, d'AIençon à Caen, les receltes du département de l'Orne fut arrêtée et pillée par une troupe de brigands qui, le coup fait, s'éclipsèrent en emportant l'argent. Ces sortes de

2/lG

guets-apens étaient assez fréquents en ce tempslà pour que, coinnv* iw....,,^.,.,., -r,Mt.-..< ^..l,,;.!", demeurât impuni.

Par malheur, l'enquête fut menée par un policier de Rouen, nommé Licquet, homme sul)til et acharné, qui fit si bien que, non seulement les acteurs de l'embuscade, y compris M""" Acquêt, qui en avait été l'instiçatrice, furent arrêtés et écroués à la Conciergerie de Rouen, mais que M'"<' de Combray, sans avoir pris une part directe à l'affaire, y fut impliquée comme complice. Du reste, les débats du procès révélèrent le rôle occulte de M"'** de Combray. Les cachettes du château de Tourncbut furent découvertes. M"'® Acquêt paya de sa tète l'audace de son entreprise. M"*' de Combray fut condamnée à vinçt ans de réclusion et à être exposée au pilori. Elle y parut; mais le tréteaudejustice se changea pourelle en piédestal. Les femmes des meilleures familles de Rouen vinrent rendre hommage à celleqni souffrait pour une cause que beaucoup d'entre elles avaient servie. Durant tout le temps où M™« de Combray resta montrée aux yeux d'un public plus curieux qu'hostile, elles ne quittèrent pas le pied de l'échafaud, et quelques-unes y déposèrent des couronnes et des bouquets de fleurs.

M'^e de Combray fut renfermée à Bicêtre pour y

subir sa peine. Elle se fit assez bien au régime de la prison, qui eut pour elle quelque adoucissement. M. Lenôtre nous rapporte qu'on avait permis à la prisonnière sa table de trictrac, ses cornets à dés et ses traités de jeux. Le temps passa jusqu'à ce que l'événement qu'elle attendait toujours avec une foi indestructible se produisît enfin. La Destinée, cette joueuse, abattit une carte inattendue. L'Histoire, si l'on peut dire, tourna leRoi. M"' de Gombray put donc voir la restauration d'une monarchie à qui elle avait été si hardiment lidèle. Les portes de la prison s'ouvrirent devant la vieille chouanne. Louis XVIII la reçut en audience. Le jug-ement du procès fut annulé. Elle rentra triomphalement dans son Tournebut, et ce fut là qu'elle mourut, quelques années après, toujours ardente et solitaire, retirée dans les souvenirs d'une vie trag'ique.

Tel est à peu près cet épisode de la chouannerie normande que nous a conté M. Lenôtre. Son livre est instructif. Il nous montre que les ag-ents royalistes de i8o4, tout en g-ardant de sing-ulières illusions sur la réussite de leurs projets, ne se trompaient pas entièrement, sinon en fait, du moins en principe; ils s'étaient rendu compte des faiblesses secrètes du rég-ime consulaire et impérial et nes'en laissaient pas imposer par la façade de sa solidité. Ils avaient compris que ce gouvernement, né des circonstances, était demeuré, jusqu'à un certain

point, à leur merci. Ils savaient que sa masse victorieuse s'ébranlerait au moindre échec, parce qu'elle était plus fortement bûtie que durablement assise et strictement cimentée. La suite prouva qu leurs prévisions n'étaient pas toutes fausses. Ce qui leur fit défaut, ce furent les moyens d'action. Les leurs étaient insuffisants, mais ces gens ne manquaient ni de juste vue, ni d'énergie individuelle. Aussi, M. Lenôlrc nous failli faire connaissance avec un monde de personnages de lôte cl de main dont les portraits et les caractères sont une galerie bien curieuse, et Tdont les entreprise sont un roman où rien n'est imaginé.

M. Lenôtre, en effet, est un historien. Seule lui plaît la vérité la plus minutieuse, il ne hasarde et n'avance rien dont il ne soit assuré et qu'il i tienne d'un document certain. Son scrupule sur epoint est constant. Nous raconte-t-il Texécution, à Grenelle, du chouan Le Chevalier, et nous veutil dire le temps qu'il faisait ce jour-là, il consul i le bulletin de l'Observatoire de Paris du 9 janvier 1808 et y apprend que l'air était brumeux et froid. M. Lenôtre aime l'exactitude elle pittoresque mais il veut que le sien soit vrai, et cependant, dans son Touriiebut, tout semble être inventé à plaisir.

Ce romanesque de l'aventure de M'"« de Combray avait, du reste, été senti jadis par Balzyr qui avait fait d'elle sa M^^^ de La Chanterie de VEnvers de l'Histoire contemporaine, comme il

UNE .lOtJEUSK v/jÇ)

avait fait de l'enlèvement du sénateur Clément de Ris, transformé en Malin de Gondreville, le sujet d'Une ténébreuse Affable. Grâce au livre de M. Lenôtre, qui nous fait connaître d'une façon définitive la véritable M"'® de Gombray, nous voyons mieux comment Balzac se servait de la réalité et ce qu'en tirait la puissante logique de son génie. M™« de La Chanterie est une M™" de Gombray sublimée, et les Frères de la Miséricorde, que la noble héroïne réunissait autour d'elle dans la maison de la rue Ghanoinesse, ne ressemblent guère tout de même aux hôtes que la marquise hébergeait dans les « caches » de son château de Tournebut, tout en versant de sa main de joueuse les dés de son cornet sur la table verte de son tric-trac.

STEVnnVT ET TA P.TT.RRE

II y a quelque temps, durant ces heures de malaise où battit plus vite le cœur de la France, et l'un des soirs les plus anxieux do ces inqui«Hantes journées, j'avais pris au hasard un livre dans ma bibliothèque pour y chercher un divertissemenl à de tristes et obsédantes pensées. Le volume que j'ouvris était la Chartreuse de Parme, de Stendhal. C'était justement ce qu'il fallait : de l'ironie, du sentiment, des personnages malicieux et passionnés, des caractères, des aventures, tout ce qui en fait à chaque lecture un livre toujours nouveau et dont on ne se lasse point !

Distraitement, je feuilletais le précieux volume, quand je tombai sur les chapitres où le jeune Fabrice del Dong-o quitte le château de Grianta, sur le beau lac deCôme,pour aller rejoindre les armées de Napoléon.

C'est un des épisodes les plus curieux de l'ouvrage que ce départ du jeune patriote italien, et les circonstances actuelles lui donnaient quelque ciiose

de particulièrement émouvant et de singulièrement approprié. Quelle belle ardeur l'emporte, l'entreprenant g-arçon, vers le sifflement des balles et le grondement du canon ! Quel glorieux espoir le mène ! L'idée de la guerre éveille en son esprit une sorte de joie belliqueuse. Il part pour un jeu héroïque dont le danger l'exalte et l'enivre. Il est pris d'une sorte d'extase juvénile et martiale à penser qu'il verra bientôt une bataille. Quel entrain ! Quel élan ! Rien ne le décourage des difficultés de la route, car il y a loin des campagnes lombardes aux plaines de Flandres, mais c'est là qu'il trouvera le ;rand Empereur, celui qui incarne le génie même des combats et qui est, aux yeux de l'adolescent milanais, comme le Dieu terrestre de la victoire î Certes, la désillusion viendra au jeune Fabrice del Dongo, et Stendhal nous la conte minutieusement et ironiquement; mais au dragon improvisé de Waterloo il restera néanmoins, de son équipée militaire, un beau souvenir, le souvenir d'avoir éprouvé une fois un des sentiments humains les plus puissants et les plus forts, celui que suscite dansles âmes ardentes le désir de la gloire guerrière, et qui vaut bien d'être payé, comme il arriva à notre Fabrice, d'un bon coup de pointe à la cuisse, de quelques semaines de lit sur un grabat de paysans et de quelques autres petites déconvenues qui ne l'empêchèrent pas, par la suite, grâce aux soins de la duchesse Sanseverinaet du comte Mosca, de devenir

archevêque Ue I^arine, sous le règne inimitable du bon Ranuce-Ernesl V.

Je ne pense pas que ce soit en ce transport d'allégresse et de curiosité que nos jeunes gens d'aujourd'hui aillent à la frontière, s'ils sont appelés à la défendre demain par les armes. Le mot de guerre n'excite pas en eux la fièvre avide et joyeuse dont brûlait le charmant volontaire slendhalien. On est plus calme et plus sérieux.

La guerre n'est plus, de nos jours, un passetemps héroïque. Elle apparaît comme une dure et sévère nécessité. D'avance, on en accepte les fatigues et les dangers. Nos soldats marcheront dans la boue et la poussière, souffriront la soif et la faim ; ils donneront leur sang et leur vie, mais' ce sera par raisonnement et par devoir.

J'ajoute tout de suite que je ne vois aucune infériorité morale à cet état d'esprit. Si l'enthousiasme fait des héros, la réflexion en fait aussi. Les deux motifs se valent à être braves. D'ailleurs, cette attitude en face de la guerre n'est pas nouvelle, et elle a des précédents. Les soldats de la troisième république seront des défenseurs du sol, comme l'ont été ceux de la première.

Nos recrues de 1906, comme celles de 1792, auraient la forte conscience de la patrie en danger.

Ce serait leur point d'appui, comme ce fut celui de leurs devanciers de l'autre siècle, et ils y trouveraient la môme vertu de résistance. Pour bien se battre, il n'est pas nécessaire de savoir qu'on a dans sa giberne, selon le mot historique, le bâton de maréchal de France ; il suffit de sentir qu'on y porte la clé de sa maison !

Nos Fabrice ne ressemblent plus à celui que nous montre Stendhal. Le sien est de l'époque impériale. 11 a, comme on l'avait fréquemment en ce temps, le sentiment que la guerre est un jeu magnifique et terrible, qui se joue avec l'Europe entière pour champ. Son Del Dongo est proprement le volontaire nnpoléonien.Ce qui l'attire sous les drapeaux, c'est son goût de l'aventure, sa curiosité ardente du péril, le prestige de la gloire. Il ne défend pas son foyer. Il obéit à un instinct de conquête, à un élan de jeunesse belliqueuse. En cela, il est peint excellemment. Et si Stendhal exprime si bien la fascination qu'exerçaient sur les jeunes âmes d'alors les magies du danger et de la victoire, c'est qu'il les avait, lui aussi, ressenties.

L'enthousiasme martial du héros italien de la Chartreuse de Parme n'est en vérité qu'une transposition romanesque de ce qu'éprouva le Grenoblois Henri Beyle, lorsque, sous le Consulat, il partit pour l'Ilalic rejoindre le régiment de dragons dont il allait endosser l'uniforme.

Nous avons, sur ce point, les confidences du sol-

•2'\!\ StJtTS tl I 1

dal écrivain. II y est revenu à maintes reprises eti ces ouvrajfcs autobiographiques et en ces notes où Je subtil psycliologue exerçait sur bii-ménie sa subtilité et sa clairvoyance. Ce fut là un des souvenirs les plus intenses de sa vie, si pleine de souvenirs, etil semble qu'il ait voulu fixer avec un soin particulier ce montent capital de son existence.

Il avait vingt ans. II quittait l'élude des malhcmatiques, Paris. II était anxieux, incertain de sa destinée. II avait tous les désirs violents et indécis de la jeunesse et ce fut à Milan qu'il commença A vivre et à se sentir vivre, délicieusement, librement, fortement. Aussi garda-l-il de cet événemeni une impression ineffaçable. Imaginez tout ce qui se réunissait pour faire de cette heure une heure unique : il était jeune dans un pays nouveau, au mœurs ardentes et passionnées. Il y découvrait, en un instant, tout ce qui fait le charme de la vie ; la lumière, l'amour, l'art, la musique, et tout cela se doublait, s'embellissait de la présence proche du péril. Le costume qu'il portait rehaussait à sesyeux sa propre personne. Le sabre qu'il traînait derrière lui sur les dalles sonores des rues mêlait à ses pensées un bruit de bataille. Quoi de pareil pour donner du prix aux sensations ! Quelle préparation au plaisir et au bonheur! Quel mélange d'orgueil, de mélancolie 1 Quelle saveur eut l'existence pour ce sensuel et cet aventureux qui savait raisonner sa sensualité I

H en demeura ému à jamais. Les lieux où il avait éprouvé ce premier épanouissement de son être lui devinrent pour ainsi dire sacrés. C'est de là que date l'italianisme de Henri Beyle. C'est en mémoire de cette impression de jeunesse^ qui secontinua par la suite en un amour persistant pour cette terre où il était né à lui-même, qu'il voulut qu'on gravât sur sa tombe, en épitaphe, ces mots de reconnaissance filiale : Arrigo Beyle, Milanese.

Si le vœu de l'auteur des Promenades dans Rome a été écouté et si son tombeau porte l'inscription qu'il y voulut, il est un autre souhait, formé par ses admirateurs et qui va bientôt être accompli. Un comité s'est constitué pour ériger à Paris un monument à la mémoire de Stendhal. Il aura son buste sur une de nos places.

Ce sera la réparation d'une trop longue injustice, quoique l'on puisse prétendre que le vrai métal dont on doive honorer un écrivain soit celui qui sert à fondre les caractères avec quoi on l'imprime et que le véritable hommage qu'il conviendrait de lui rendre serait un hommage typographique. Néanmoins, à défaut d'une édition convenable de l'œuvre complète de Stendhal, il faut applaudir à l'heureuse initiative des stendhaliens.

Stendhal mérite certes l'honneur posthume qu'on

M'jr.IS KT PATSAOKS

vent lui faire et qu'il a attendu trop longtemps. C'était du reste un homme patient et clairvoyant, qui savait que sa renommtfc, pour risquer d'<ître tardive, n'en était pas moins assurée. L'événement a vérifié sa prévision. Sa valeur de critique, de psychologue, de romancier est reconnue hautement Avec Balzac et George Sand. il est tenu pour un de^ trois grands romanciers de la première moitié du dernier siècle.

Certes, de l'un ni de l'autre il n'a eu Ténormo production romanesque, mais il a créé, lui aussi, quelques-uns de ces êtres de fiction, si vrais, si vivants, si réels qu'ils font partie de cette humanii imaginaire où nous avons des afTections, des amitiés et des amours et qui rendent émouvants et pathétiques jusqu'aux lieux où ils ont imaginairement vécu.

J'ai môm(i une curieuse preuve de la force do réalité que non seulement acquièrent, mais encore communiquent certains personnages romanesques. C'est un tableau qu'un de mes amis a rapporté d'Italie. La peinture en est assez médiocre et date du commencement du xix« siècle. Elle représente un gros homme, au visage ordinaire, vêtu d'un habit bleu à larges boutons de métal, le cou serré d'une ample cravate de mousseline. Le bonhomme est assis et caresse le museau d'un chien noir et blanr. Je suis sûr qu'aucun stendhalien ne regarderait sans intérêt cette effigie qui est celle d'un certain

signor Sacco, car ce Sacco fut gouverneur de la Chartreuse de Parme, un peu avant l'époque où y fat enfermé, à la garde 'de son successeur Fabio Gonti, le jeune Fabrice del Dongo. Et n'est-ce pas la présence dans sa geôle d'un héros de roman célèbre qui vaut aujourd'hui au brave fonctionnaire parmesan d'avoir quitté la boutique du brocanteur et d'être mystérieusement un peu plus qu'une vaine image de quelqu'un qui ne fut et qui n'est rien ?

Page 1