PROPOS D'ETE
Si l'on nous annonce que nous pouvons admirer au musée du Louvre les beaux résultats des fouilles asiatiques de M. de Morgan ou de M. Amelineau, si nous apprenons que M. Gayet expose ici où là quelques-unes des curieuses trouvailles funéraires qu'il a faites dans la nécropole d'Antinoë ou que les travaux entrepris dans l'île de Délos, sous la direction de l'Ecole française d'Athènes, ont amené d'intéressantes découvertes, ce genre de nouvelles, sans passionner prodigieusement le public, ne le laisse pas non plus tout à fait indifférent. On en peut conclure que l'activité archéologique est une forme assez en faveur de l'activité contemporaine. En effet, comme l'exploration géographique, l'exploration souterraine a ses héros et toutes deux attirent, diversement, mais réellement, l'attention actuelle .
Quoique nécessitant une préparation différente, il faut à l'une comme à l'autre de l'intelligence, de la hardiesse et de la patience. Elles ont toutes les deux le même attrait mystérieux, celui de l'inconnu,
et elles exercent un peu sur riniagination la niôino sorte de prestige.
Pour satisfaire celte curiosité du passé qui aiguillonne Tarchéologue, il lui importe, tout d'abord, de trouver le point où il fixera sa recherche. Première difficulté, déjà ! Les lieux principaux qui furent des centres de civilisation antique ont presque tous leurs occupants. Ce sont des fiefs contre lesquels il est malaisé d'entreprendre. Ajoutez qu'il y a, en matière de fouilles, un équilibre européen. Chaque grande nation prétend, dans les pays d'archéologie, à des enclaves réservées où elle est représentée par un de ses savants notoires qu'elle soutient et qu'elle protège. Les rivalités et les conciirrences internationales se montrent là comme ailleurs.
J'ai vu, en Crète, à Cnossos, où M. Evans a exhumé l'authentique palais du roi Minos, et d'où il a tiré d'étonnantes peintures et des figurines singulières, le pavillon anglais qui flottait fièremeni sur l'acropole du monarque fabuleux, et je suis certain que, dans la partie de l'île concédée aux travaux des savants italiens, leur drapeau devait également déployer, dans l'azur crétois, ses couleurs protectrices.
Partout ailleurs, il en est de même. Fouiller la terre est un privilège, et c'est ainsi que notre Ecole française d'Athènes délient celui de creuser le riche sol de Délos, l'ApoUonienne, comme elle a déjà exploré les ruines de Delphes, où la pioche de nos
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ouvriers a fait merveille dans le terrain sacré du plus glorieux sanctuaire de l'Hellade.
C'est à l'un de ses points les moins illustres qu'il m'est arrivé, l'an dernier, au cours d'une croisière en Méditerranée, de toucher, pour la première fois, la terre de Grèce, car c'est vraiment un lieu assez misérable et assez insignifiant que ce petit port de Katakolon, dont je revois nettement, dans mon souvenir, le môle de pierre jaune, le triste quai, les maisons basses le long de l'unique rue où se promenaient, pour seul pittoresque, quelques vieillards en fustanelles. L'unique charme de l'endroit était l'extrême pureté de l'air et de la lumière et la pensée que les montagnes bleuâtres qui se dessinaient à l'horizon étaient les montagnes de l'Arcadie, où se trouvaient Olympie, ses ruines célèbres et son vallon fameux.
Un petit chemin de fer y conduit en quelques heures. 11 traverse un pays agréable et bien cultivé. Les oliviers y poussent leurs troncs noueux et leur feuillage argenté. La vigne y croît. Son raisin séché est le principal produit de la contrée. La campagne matinale se déroule. Les champs sont fleuris de grands pavois rouges, et c'est à travers ce paysage gracieux et sobre que l'on atteint Pyrgos pour, de là, gagner Olympie.