‹ Sully, économisteChapitre 8 sur 18 · VOIES DE TERRE · texte numérisé non relu

VOIES DE TERRE

Le commerce n'attendait pas moins de satisfaction du côté des routes que des canaux. Les voies de communication sont plus fréquentes, plus nécessaires sur terre. Le service des transports ne s'effectue favorablement qu'avec une viabilité facile. Si l'habitant de la campagne peut voiturer ses produits à la ville la plus voisine, il n'en est plus ainsi quant à la généralité du pays. Les exportations intérieures difficiles, autrefois, entre provinces limitrophes l'étaient bien plus encore lorsqu'il s'agissait de provinces éloignées. Les routes et les ponts abrègent les transports et diminuent les frais de la consommation. La paix produit un excédant de production qui ne saurait s'écouler sans des routes praticables. Réciproquement, l'abondance se perd faute de fournir aux autres provinces ce que leur sol se refuse à donner. Ce mal était notoire après les guerres de rehgion. Telle province attendait du sel

et sous la direction de Sully, subsistèrent après eux, heureusement pour l'utilité publique, et concoururent pour les cinq sixièmes à l'établissement définitif du canal. C'est ce que prouvent les lettres patentes de 1638 et un fait postérieur très important et très significatif. — Poirson, t. III, I. VII, c. 6. §4.

en échange de ses céréales, telle autre du fer pour le vin qu'elle n'exportait plus.

La dégradation était le caractère de la viabilité en

Un édit de mai 1599 créa un office de grandvoyer de France auquel appartenait la surintendance générale des travaux. Il lui était prescrit de conserver aux routes leur largeur et leur longueur, de respecter Talignement public et de Fimposer aux communautés religieuses comme aux particuliers (1). Sully entra le premier en charge ; aussitôt les trésoriers généraux des finances dressèrent un état des péages perçus sur les routes et des deniers imposés aux paroisses pour Tentretien des routes, ponts, chemins et pavés (2).

En 1601, Tinfatigable ministre présentait « un projet d'estat général de la grande voyrie, ponts, pavés, chemins, chaussées et réparations de France tant royales que provinciales (3). » Les routes étaient divisées en trois classes : royales, provinciales et communales.

En 1604, le ministre constate que :

« Les armes ne bruyant plus et le calme parois-

(1) Anciennes lois françaises, t. XV, p. 222.

(2) Le 22 septembre 1600, il fut rendu une ordornance par le prévôt de Paris, relative à la police et au règlement de la voirie.

(3) Economies royales, t. l, c. 100, p. 359 A.

)) sant de toutes parts , Tune de ses principales » occupations estoit de travailler aux argines, turcies » et levées, ponts, pavez, chemins et chaussées, et » faire en sorte que les deniers octroyez aux villes et » communautez pour tels ouvrages y feussent bien 1) employez (1). »

Quant aux dépenses, les états de la Cour des comptes mentionnent, en 1604, la part du pont de Rouen aux 215,000 livres des travaux publics. En 1605, le chiffre s'élève à plus de 400,000 livres pour les ponts et canaux de Loire, Clin et Velle. En 1606, les ponts de toutes les généralités et les canaux coûtent 422,000 livres. Pour 1609, les répartitions atteignent 1,024,151 livres. Les relevés de Sully sont conformes. A partir de 1606, il ne détaille plus : « Le reste, dit-il, pareil à l'année précédente et sous les mêmes causes. » En 1609, il ne restait plus rien à faire pour les routes.

Les ponts principaux auxquels Sully prêta le concours de TElat furent le pont de Rouen qui reliait la Normandie à la capitale et aux provinces du nord-ouest, le pont d'Avignon d'un usage commun au Languedoc, à la Provence et au Dauphiné, route stratégique du Comtat, enfin les ponts sur la Loire : » En Tannée 1607, dit-il, trente mille livres de plus » qu'en 1606, à cause de quelques ponts que les

(1) Economies royales, t. I, c. 102, p. 362 B.

» grandes eaux avoient emportez sur la rivière de » Loire. » (1)

Le service des postes, créé sous Louis XI, fut réorganisé. En mars 1597, parut un édit relatif aux relais de chevaux sur les grands chemins, traverses et le long des rivières, pour le transport des voyageurs et des malles. La facilité des transports ayant été interrompue par la guerre, il n'en fallait pas moins voyager et vaquer aux affaires du négoce. Le règlement reconnaissait Fimpossibilité d'établir partout des coches dont on usait, du reste, fort peu. Il autorisait des chevaux de relais à la journée, et des chevaux de courbe pour le tirage des voitures par eau. Ils étaient marqués au chiffre du roi, et les voleurs encouraient la peine de mort (2).

Sully avait montré la supériorité de ses connaissances géographiques en reprenant le projet de Crapponne modifié et augmenté. Il ne s'en tint pas là. Il fit planter de grands ormes sur les hauteurs.

(1) Pour les dépenses des Ponts, conférer les Economies royales, t. H, c. 163, p. 166 relativement aux ponts de Rouen, Mante, Saint-Cloud. —T. Il, c. 187, p. 272. — ï. I, c. 100 et 102 et t. Il, c. 187.

(2) Un édit de mars 1594 avait créé un commissaire général et surintendant des coches et carrosses publics. Ce fut le premier règlement imposé aux voitures publiques. L'cdit d'août 1602 révoqua la création do relais de poste et les réunit aux postes royales. — Voir Isambert, Anciennes lois, p. 88, 131,267.

pour aider à reconnaître le pays. Le peuple les appelle encore des rosnis. Ce sont les restes de ces plantations qui aidèrent Cassini à dresser, un siècle plus tard, les cartes de la France.

Ainsi, Sully a tout vu, moins Tintroduction de la soie, en ce qui concerne la production des richesses ; son génie a tout embrassé, tout compris. Mais c'est dans Tétude de la science financière que nous le verrons lui-même. Son génie y règne en maître, et quel maître !

Page 1