‹ SullyChapitre 22 sur 34 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

l'armée

Les autres services rendus par Sully à son roi. — Gomment Henri IV réorganisa l'armée. — Gomment il consulta Sully sur tous ses projets. — Grande querelle de Sully avec les gens de robe et d*écritoire.

. Il s'en faut bien qu'on ail tout dit sur Sully quand on a raconté commeiit il a géré ses charges de surintendant des finances, de grand voyer, de surintendant des bâtiments et fortifications, de grand maître de l'artillerie. Il a rendu, hors de ses charges, une foule de services. Au temps où il vivait, il n'y avait pas comme aujourd'hui de ministères spéciaux comme ceux de la guerre, de la marine, de l'agriculture, etc. Sully, qui était conseiller du roi en tous ses conseils, avait son avis à dire en toutes choses ; d'ailleurs, comment le surintendant des fortifications, grand maître de l'artillerie, n'eût-il point pris part aux réformes introduites dans l'armée et la marine? Comment le grand voyer n'aurait-il point pour sa part contribué aux bienfaits dont fut comblée l'agriculture? Comment le surintendant des finances n'aurait-il pas été mêlé à toutes les affaires de l'administration ?

La réorganisation de J'àrmée fut l'œuvre propre du roi. Henri IV était un grand général ; il l'a prouvé dans les batailles et dans les sièges, même lorsqu'il

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a été obligée de cSoeï dEvant des forces supérieures, comme:à:PidVW-à iRojuèht II l'eût montré sur un plus grand Chéàtr"e, is'il tf avait été frappé par un assassin au moment d'entrer en guerre contre la maison d'Autriche. Sa vive intelligence avait profité de toutes les leçons de l'expérience. Depuis que les armes à feu, mousquets et canons, décidaient du sort des batailles, la cavalerie pouvait encore rendre de grands services, soit en éclairant l'armée, soit en chargeant l'ennemi; mais l'infanterie et l'artillerie étaient plus importantes qu'elle. Henri IV fortifia l'infanterie, comme on vient de voir qu'il avait fortifié l'artillerie. Les fantassins étaient recrutés un peu au hasard ; beaucoup étaient des étrangers : tous étaient indisciplinés, plus terribles au paysan par leurs brigandages qu'à l'ennemi par leur courage. Afin de pouvoir leur interdire les vois et les plier à la discipline, le roi résolut de les payer mieux : comme dit Sully, il ne pensait pas que des capitaines mal payés, des soldats recrutés à coups de bâton, retenus au camp par la crainte de la prison ou de la potence, fussent capables de combattre avec cœur et de supporter gaiement les peines, périls et fatigues de la guerre. Sully fournit les fonds nécessaires pour l'augmentation de la solde. Tous les ans il faisait sur les économies une réserve destinée à mieux payer le soldat, à l'assister lorsqu'il était malade ou blessé*

La cavalerie était composée en partie de nobles qui servaient le roi volontairement, sans solde, et qui étaient très braves, mais aussi très indisciplinés. Le roi garda ces volontaires; il voulut que les princes, seigneurs et gentilshommes pussent tous venir en sa compagnie affronter le péril de la guerre; mais la

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plus grande partie de sa cavalerie fut composée de nobles soldés et tenus par cela même à observer la discipline et Vobéigsance,

Henri fut. obligé de garder dans les rangs, suivant la coutume alor§ usitée dans tous les pays, un asge? grand nombre d'étrangers , Certains pays avaient la réputation de fournir de bons soldats, et,

comme l'état militaire était un métier, on faisait venir des lansquenets de Suisse pu d'Allemagne, tout comme on va chercher aujourd'hui des ouvriers tailleurs en Angleterre ou des ouvriers fumistes en

ItaliQ, Mais le roi et son ministre voulurent tjue le fonds de l'armée française fût composé de soldat? français, et ils y réussirent.

Henri créa dçs établissements d'instruction pour les jeunes gens qui se destinaient à l'armée , et une acadéuîîe où la jeune noblesse était élevée dans les lettres, les arts d'agrément et la danse, Jl savait que le soldat est surtout sensible à l'honneur et qu'il aime à porter des marques qui attestent ses bons services et son courage. Il y avait alors plusieurs ordres de chevalerie, mais où n'entraient que les grands seigneurs et les officiers supérieurs de l'armée. Le roi avait l'intention de créer un ordre nouveau, où il appellerait tous ceux qui auraient bien mérité de la patrie, Sully fut consulté sur ces institutions et çeg projets. Le roi lui ordonna, en 4609, d'examiner et de classer toutes les propositions faites pour la création d'un ordre de chevalerie

d'honneur, d'une académie et d'un collège public. Sully trouva que tout cela était très avantageux, et se réjouit de penser qu'il en sortirait une pépinière de gens de guerre vivant en ordre et discipline. Point de doute qu'il approuva la fondation de la Maison de

charité chrétienne, où trouvèrent asile les capitaines et les soldats vieillis.

Sully n'aida pas seulement Henri IV à organiser son armée pour la guerre, à la pourvoir d'argent, d'armes et de munitions. Henri réfléchissait depuis longtemps aux moyens de bien conduire la grande guerre qu'il méditait. Un an avant sa mort, il demande à Sully de rechercher toutes les ordonnances, règlements et ordres qui ont été faits en divers temps et divers lieux pour la police et discipline de l'armée, pour la façon de guerroyer, l'exercice dés soldats, la formation des escadrons et bataillons, l'ordre de bataille, les marches, campements, poursuites après la victoire, retraites après la défaite.

On peut bien dire que, de toutes les besognes de Sully, celle-là lui plaisait le plus. Ni la nature ni l'éducation ne l'avaient fait pour vivre dans un cabinet, à lire et relire de vieux papiers. Ce qui le soutenait et l'animait dans sa besogne de surintendant des finances, c'est la pensée qu'il rendait service au roi et à son armée. Au fond il n'estimait que les gens de guerre. Un jour qu'il s'agissait de nommer un ambassadeur à Rome, les ministres se querellèrent, ayant chacun leur candidat. Sully désirait la place pour son propre frère. Il s'emporta contre ses collègues, rappelant, comme il faisait souvent, tous ses services, et disant qu'il avait plus répandu de sang en sa vie qu'ils n'avaient mis d'encre dans leurs encriers. Il se mit alors à faire une comparaison entre les services des gentilshommes et gens de guerre et ceux des gens de robe longue etd'écritoire : « Ceux-ci, dit-il, ne courent jamais risque de mécontenter leurs maîtres, car toute leur affaire est de caqueter, de faire la mine, d'écrire, de sceller; pour cela il suffît

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de vouloir ; au lieu que ceux qui font le métier de la guerre et s'emploient aux finances sont obligés de produire des choses qui ne dépendent pas toujours de leur volonté ; car on ne peut fortifier une place ni gagner une bataille avec des mains de papier, des coups de canif, des traits de plume, des sceaux, de la cire, des mines et des simagrées. > Henri IV eut de la peine à calmer ce soldat si dédaigneux pour les hommes de plume. '

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