‹ SullyChapitre 30 sur 34 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

l'assassinat du roi

Le sacre de la reine. — L'assassinat du roi. — Sully se dirige vers

le Louvre et rebrousse chemin.

Hélas ! le roi et la reine ne vécurent pas toujours de même, et les journées comme celle que l'on vient de raconter furent bien rares! La mésintelligence allait croissant dans le ménage royal. L'entourage de la reine, en particulier un intrigant italien, Goncini, et sa femme Léonore, déplaisaient au roi. Henri savait que la reine, conseillée par ces gens de bas étage, intriguait à l'étranger pour y chercher des alliances contraires à celles qu'il était en train de conclure: Marie de Médicis tenait pour l'Espagne, que Henri IV s'apprêtait à combattre avec toutes ses forces. Elle voulait marier ses enfants tout autrement que ne le voulait le roi. Celui-ci savait même qu'on faisait courir le bruit de sa mort prochaine, sur la foi d'une prophétie, et qu'on pressait la reine de se faire sacrer; car elle ne l'avait pas été, et il fallait qu'elle le fût pour devenir, sans contestation, à la mort de son mari, régente du royaume.

Cette idée du sacre était insupportable au roi, parce qu'elle le faisait penser à sa mort. Et cependant la reine y tenait de plus en plus, parce qu'on lui avait dit aussi que le roi voulait obtenir un second divorce pour épouser une autre femme. Ses sollicitations devinrent plus pressantes, et lorsque

approcha le moment où le roi devait se mettre à la tête de son armée pour la grande guerre depuis si longtemps projetée, Henri IV fut obligé de céder. Les tristes pressentiments qu'il avait eus dès la première demande devinrent plus forts que jamais. « Hé, mon ami, dit-il un jour dans une visite à l'Arsenal, que ce sacre me déplaît ! Le cœur me dit qu'il m'arrivera quelque malheur! Je mourrai en cette ville et n'en sortirai jamais ; ils me tueront, car je vois bien, ajoutait-il en pensant à ses ennemis d'Espagne et d'Autriche, qu'ils n'ont pas d'autre remède en leurs dangers que ma mort! Ah! maudit sacre ! Tu seras cause de ma mort ! » Sully se moqua de cette crainte, mais le roi y revenait sans cesse. Alors Sully le pressa de partir dès le lendemain et de décommander la cérémonie, k Que dira ma femme? répondit le roi. Elle a ce sacre en tête. » Et il ne partit pas.

Les cérémonies du sacre durèrent plusieurs jours. Elles devaient être terminées le dimanche 16 mai, el le roi avait décidé qu'il partirait le lendemain. 11 voulait auparavant voir Sully, retenu à l'Arsenal, parce qu'il avait été repris des douleurs que lui causait de temps à autre la blessure reçue au siège de Chartres. Le vendredi 14 mai, le roi l'envoya chercher par un messager qui, le trouvant au bain, le pria de ne point sortir, lui promettant de dire au roi l'état où il l'avait trouvé. Une demi-heure après, le messager revint : le roi faisait défendre â Sully de sortir et lui annonçait sa Visite pour le lendemain matin à cinq heures ; il lui ordonnait de l'attendre en robe de nuit et en pantoufles. G^était dans la matiùée du 14 que s'étaient passées ces deux entrevues.

Or l'après-midi, vers quatre heures, Sully entend

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