L'ASSASSINAT DU ROI
pousser un grand cri. 11 distingue ces paroles de madame de Sully au milieu des sanglots : «[ Mon Dieu, tout est perdu ! La France est détruite ! » 11 sort précipitamment de sa chambre; on lui crie : « Ah! monsieur! le roi est extrêmement blessé d'un coup de couteau! — Dieu! dit-il alors, ayez pitié de lui, de nous et de TÉtat, car tout est perdu, s'il est mort! La France va tomber en d'étranges mains ! » Il commande qu'on selle les chevaux et qu'on appelle tous ses gentilshommes. Suivi par une escorte qui va grossissant en route, il se dirige vers le Louvre. Un morne silence, interrompu seulement par les pleurs et les cris, règne dans les rues; cette foule de gens qui lèvent les yeux au ciel, joignent les mains et se battent la poitrine, regarde passer le meilleur serviteur de Henri IV : a Monsieur, lui dit-on de toutes parts, nous sommes tous perdus, si notre bon roi est mort! » Un homme à cheval passe près de lui, lui remet un billet où sont écrits ces mots : « Monsieur, où allez-vous? C'en est fait. Je l'ai vu mort! Si vous rentrez au Louvre, vous n'en échapperez pas plus que lui ! » Sully espérait encore que le roi n'était que blessé : de grosses larmes lui coulent des yeux. Il poursuit sa route, bien qu'il reçoive encore deux avis de rebrousser chemin. Arrivé près du Louvre, il rencontre M. de Vitry, qui vient l'embrasser, pleurant et criant : « Ah ! monsieur, on nous a tué notre bon maître ! C'en est fait de la France ! 11 faut mourir! > 11 adjure Sully de ne point aller au Louvre, où il y a du danger. Sully revient sur ses pas, et après avoir envoyé vers la reine un gentilnomtne pour lui demander ses ordres, il va passer le reste de la journée et la nuit dans son château de la Bastille, à Tabri de ses canons.