LA GUERRE ET LA PESTE
Encore la guerre civile. — Sully à la batalile de Goutras. — Comment il travaille à réconcilier les rois de France et de Navarre.
— Où Sully montra qu'il n*avait pas peur de la peste, et les bonnes journées qu'il passa auprès de sa femme au château de Rosny.
— Gomment il fut sur le point d'être obligé de prendre son château d'assaut pour assister aux derniers moments de sa femme — Sully devant Paris. — Où il se souvient une fois encore de la prophétie de la Brosse. — Henri de Navarre devient roi de France (1589).
La guerre avait recommencé; le roi el la Ligue étaient cette fois unis contre les protestants. Le pape avait excommunié Henri de Navarre , pour l'exclure à jamais du trône de France, et ce prince était menacé par une grande armée royale dans Bergerac. C'est là que Sully le rejoignit, portant avec lui quarante mille livres, c'est-à-dire plus d'argent que n'en avait la cour entière du Béarnais. Après avoir échappé à mille dangers, Henri se rendit à la Rochelle, ville protestante, très forte, d'où il pouvait au besoin se réfugier en Angleterre. Là il refit son armée, puis il se mit en route pour aller au-devant d'une troupe d'auxiliaires qu'il attendait d'Allemagne. L'armée royale, commandée par M. de Joyeuse, voulut lui barrer la route.
Ce jour-là, en octobre 1587, Henri et Sully se trouvèrent pour la première fois à une grande batnille.
2i SULLY.
Henri la commanda en grand capitaine; Sully s'y montra artilleur consommé. « Mon ami, lui avait dit le roi, c'est à ce coup qu'il faut faire paraître votre esprit et votre diligence. De l'artillerie bien logée, bien munie, bien exploitée dépendra en grande partie le gain de la bataille. » Sully, en compagnie de deux autres gentilshommes, manœuvra si bien ses pièces, que chaque volée de canons faisait des rues dans les escadrons et les bataillons ennemis. Quand la déroute eut commencé, il sauta sur un cheval et courut pour chercher des nouvelles de ses frères ; car ceux-ci étaient catholiques, et il pensait qu'ils se trouvaient dans l'armée royale. Tel était le malheur de ces temps que les familles étaient divisées comme le pays et qu'un frère rencontrait son frère sur le champ de bataille. Sully aperçut le roi de Navarre poursuivant l'ennemi, l'épée sanglante à la main; il le rejoignit. € Eh bien, mon ami, lui cria Henri, on ne dira plus que les huguenots ne gagnent point de bataille; car cette fois la victoire est entière • A Dieu seul appartient la gloire, car l'ennemi était deux fois aussi fort que nous, et si quelque chose en revient aux hommes, croyez que vous devez y avoir bonne part ; car vos pièces ont fait merveilles ; aussi vous promets-je que je n'oublierai jamais le service que vous m'avez rendu. »
Ainsi croissaient les obligations du Béarnais envers son serviteur, et Sully montrait de plus en plus les ressources qui étaient en lui* Certes il était des plus vaillants parmi ces vaillants compagnons qui suivaient le panache blanc de Henri de Navarre, la cuirasse sur le dos, le casque en tête, le pistolet au poing, l'épée en main. Il se plaisait dans les mêlées, et souvent, pour l'en arracher, il fal-