‹ Sully et son temps d'après les mémoirs et documents du XVIe siècleChapitre 14 sur 30 · UOSNY DANS SES TERRES · texte numérisé non relu

UOSNY DANS SES TERRES

Pendant tout ce qui se passa au voyage du roi ou Champagne et au siège d'Epernay, vous séjournâtes

• Voy. notre I" partie, chap. m, § 5.

toujours à Rosny, vous y étant retiré tant pour vous faire panser du coup de pistolet que vous aviez eu dans la bouche, durant le siège de Chartres, lequel s'était apostumé, que pour quelque dépit que vous aviez pris de ce que le roi, sur l'opposition de M. de Nevers, de M. d'O et autres animés catholiques, avait été contraint de vous refuser les expéditions d'une lieutenance du roi, avec le gouvernement d'une place étant en icelle, dont il vous avait donné l'espérance. Après lequel siège et prise d'Épernay, le roi licencia une bonne partie de ses troupes. Mais, lui étant depuis venu avis certain de plusieurs côtés que le prince de Parme rassemblait une nouvelle armée, pour entrer la troisième fois en France, afin de fortifier, par sa présence et la crainte de ses conseils et de ses armes, les délibérations qui seraient pi'ises à l'avantage de son roi , dans les assemblées que l'on projetait de faire à Paris et autres grandes villes de France, il se résolut de refaire promptement un corps d'armée, qui pût être capable d'empêcher ces étrangers d'entrer dans le royaume. Et, pour cet effet, ayant comme à tous les autres gouverneurs et lieutenants de roi dans les provinces plus proches de lui, mandé à M. de Buhy, lieutenant de roi au Vexin, de le venir trouver avec le plus de cavalerie qu'U pourrait rassembler, ledit sieur de Buhy vous vint voir à Rosny (où vous passiez le temps, et adoucissiez vos plaies et vos dépits à jardiner, arboriser, ménager, faire des extraits des meilleurs Hvros, ot vous faire lire ce que nous avions

EXTRAITS DES ÉCONOMIES DE SULLV 2fil

fait (le CCS présents mémoires); lequel, après quelques compliments et civilités, vous dit qu'il avait reçu des kttres du roi, qu'il vous voulait montrer, par lesquelles il lui mandait de marcher en diligence pour le venir trouver, et amener avec lui toute la noblesse de son département, V(jus priant de vouloir être de la partie.

A quoi, demi en colère, vous lui répondîtes qu'il y avait longtemps que vous saviez aller tout seul, et partant n'aviez plus besoin d'être mené; que le roi avait accoutumé de vous écrire quand il avait ])esoin de votre service; que si vous receviez de ses lettres, vous y aviseriez et feriez toujours votre devoir; et sur cela vous vous séparâtes mal satisfaits l'un de l'autre; ce qui fut cause que le sieur de Buhy interposa un homme de robe longue, qui fut, ce nous semble, M. Miron; lequel, à son arrivée, lorsque le roi lui demanda de vos nouvelles, lui répondit que vous étiez chez vous du tout porté à votre ménage, à jardiner, arboriser et visiter vos livres, sans vous émouvoir de tout ce que l'on vous pouvait dire. A quoi le roi repartit : « Il a donc bien changé d'humeur; car il n'a jamais manqué de se trouver aux occasions semblables à celle qui se prépare; néanmoins, quoiqu'il s'excuse sur ses plaies, je connais bien où il lui tient; il est en colère contre moi, voire peut-être avec raison , et voudra dorénavant faire le philosophe ; mais, lorsque je le verrai, je saurai bien accommoder tout cela, car je le connais. »

Tous lesquels discours vous ayant été rapportés un jour que vous étiez à table, donnant à diner au président Séguier, lequel vous était venu voir à Rosny, vous dîtes eu branlant la tète : « 11 est vrai, je suis en colère de ce que le roi, de crainte de déplaire à des gens qui ne l'aiment point et qui lui en joueront d'une, s'il n'y prend garde, dénie les récompenses méritées à ceux qui l'aiment plus qu'eux-mêmes, et qui ont tant de fois répandu leur sang et hasardé leur vie pour garantir la sienne, et qui feront toujours mieux que ceux que l'on essaye de contenter à leur préjudice, comme, si ce que l'on dit est vrai, il en fera bientôt l'expérience. » Sur quoi le président Séguier ne repartit jamais autre chose, sinon : «Monsieur, il semble que vous soyez un peu eu colère; nous sommes en un temps auquel il est bien difficile de vivre en tranquillité d'esprit; mais les plus sages useront de silence et de patience, sous l'espérance d'un meilleur siècle; et le roi est si bon et si sage, que Dieu lui aidci'a et le rendra notre restaurateur, »

Vous séjournâtes donc quelques mois à vous faire [lanser; mais sitôt que votre plaie fut aucunement consolidée, ne haïssant rien tant que l'oisiveté, vous montâtes à cheval avec cinquante de vos compagnons, et vous en allâtes courir sur les chemins de Paris à Dreux et à Verueuil.

(Chap. XXXVI.)

LES NEGOCIATEURS

Tout ce que l'on entend résonner si hautement de tant d'allées, de venues, d'écrits, de lettres, de voyages, d'entremises, de traités, discours, pourparlers et conférences, de tant de diverses sortes de pacificateurs et rétablisseurs d'États, royaumes, royautés, peuples et couronnes, la plupart à trois et à quatre visages, et parlant, se disent-ils, de mystérieux, mais plutôt captieux langages, ne se peuvent mieux comparer qu'à cette fourmilière de procureurs du palais, qui font mille virvoustes par la grande salle, sous ombre de vider procès, et cependant ce sont eux qui leur donnent naissance, et seraient bien marris qu'il en mourût un seul ; ou aux plaidoyers des avocats de diverses parties, qui témoignent de grandes passions de bénévolence pour ceux qui les emploient , et de merveilleuses aversions les uns contre les autres, sans qu'au partir de là un seul d'entre eux se soucie du droit ou du tort, ni qui gagnera ou perdra sa cause, moyennant que les écus s'emboursent, et qu'à force do bien criailler, ils soient réputés éloquents, savants et bien pourvus d'inventions et de subtilités pour soutenir quelque sorte de cause que ce puisse être qui leur soit baillée à défendre.

(Chap. XXXVII.)

SURPRISE DE FECAMP

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