ALERTE AU SIEGE DE LAON
11 arriva deux espions qui avertirent Sa Majesté que tant s'en faut que le camp des ennemis fit dessein de se retirer, comme ils avaient trouvé que l'on le publiait par l'armée, que, tout au contraire , ils avaient appris que le comte Charles de Mausfeld et M. du Maine, dépités de cela, se préparaient pour marcher en gros et venir faire lever le siège à vive force, parlant de cela les uns aux autres tout pubUquement dans leur armée, et disant n'attendre plus i[ue l'arrivée de quelques troupes qui les devaient encore venir joindre: ce qui fit résoudre le roi (nonobstant que le
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maréchal de Biron se moquât de cet avertissement) d'envoyer M. de Givry, maître de camp de la cavalerie légère, à la guerre, avec trois cents chevaux, qu'il choisit des plus lestes et reposés de l'armée, lui donnant charge expresse de ne revenir point qu'il ne lui apportât nouvelles certaines du lieu où était le camp des ennemis, de quelles forces il était composé, et quels pouvaient être leurs desseins : à quoi M. de Givry obéissant, il partit trois heures après le commandement reçu; et ayant demeuré près de trois jours dehors, il revint assurer le roi qu'il n'y avait aucune bande des ennemis qui eut encore passé la rivière d'Oise, et que, selon ce que Ton pouvait conjecturer de leurs desseins, il y avait plus d'apparence que le camp fût plutôt prêt de reprendre la route de Flandre que de vouloir plus rien entreprendre pour faire lever le siège de Laon: tellement que le l'oi, se fondant et s' assurant sur ce rapport comme très -certain, il Gt, dès le même soir, une partie pour aller le leudemiiin dînera Saint- Lambert, membre dépendant du comté de Mario, domaine de Navarre, situé dans la forêt, auquel il avait une métairie où, étant jeune, il était allé souvent manger des fruits, de la crème et du fromage, se délectant grandement de revoir ces lieux-là, où il avait été en son bas âge.
Or, parce qu'il ne se passait guèrcs nuit qu'il ne veillât et allât revisiter le travail que l'on faisait aux batteries, mines et tranchées, sitôt qu'il eut dîné avec dix ou douze des principaux d'entre vous autres
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messieurs, qu'il avait meués avec lui jusques au nombre de trente chevaux seulement, il se jeta sur im lit pour se reposer (car nous dirons en passant que les pciucs et les fatigues de sa jeunesse l'avaient tellement habitué à tout ce qui était nécessaire pour un roi, soldat et capitaine tout ensemble, qu'il sommeillait et s'éveillait quand il voulait), où le voyant endormi , vous vous en allâtes promener huit ou dix ensemble vers le plus couvert et le plus frais du bois (car c'était le temps des plus âpres chaleurs de la fin de juin, ou commencement de juillet), tirant vers le chemin de la Fère à Laon , et n'eûtes pas fait douze ou quinze cents pas, que vous entendîtes un grand bruit do plusieurs voix confuses, divers cris et houpements de personnes , qui semblaient s'entr'appeler les unes les autres, hennissements de chevaux, et ensuite des bourdonnements de tambour et retentissements de trompettes; mais ceux-là encore comme grandement éloignés. Vers lesquelles rumeurs vous étant acheminés pour en apprendre les véritables causes, vous avisâtes, à travers les branchages, quelque huit cents pas de vous, sur ce grand chemin, une quantité de goujats et valetaille, qui suivaient les troupes d'infanterie , lesquelles marchaient devant en fort bon ordre, sans bruit ni battement de tambour, que vous jugeâtes, quoique de loin, être tous étrangers, et puis après vîtes des charrois bt pièces d'artillerie qui suivaient tout cela, les charretiers criant Jlaij '. VmA (ju'ils [louvaient, et faisant claquer leurs
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fouets, qui retentissaient foi't dedans ces bois; tout cela marchant en apparence d'un grand corps d'armée ; ce qui vous étonna bien fort et fit aussitôt retourner sur vos pas en grande diligence , tant pour éviter le péril que pour en avertir le roi, lequel vous trouvâtes réveillé, se promqnant dans un jardin, et venant de hocher un prunier de damas blanc, qui portait les plus belles et meilleures prunes, à ce que vous me dîtes, me contant tout ceci, que vous avez jamais mangées, auquel, en l'abordant, vous criâtes: « Sire, nous venons de voir passer des gens qui semblent avoir dessein de vous préparer une collation de bien autres prunes que celles-ci et un peu plus dures à digérer, si vous ne montez promptement à cheval pour aller donner ordre à votre armée. — Que voulez-vous dire par là? repartit le roi. — Nous voulons dire. Sire, répondîtes -vous quasi tous en foule, que nous venons de voir passer, au moins selon notre avis, tout le camp des ennemis, avec l'artillerie au milieu, ceux qui sont devant marchant en silence, sans aucun son de tambour que nous ayons ouï, tout cela filant en fort bon ordre dans le chem.in qui va de la Fère à Laon , à travers de celte forôt ; et est à craindre qu'il n'en arrive des troupes à la tète de quelques quartiers des vôtres, avant qu'elles eu aient ni alarme ni avis, tant les batteurs d'estrade ont été peu soigneux de prendre bien langue. »
Sur quoi le roi, après que vous lui eûtes juré que tout cela était très-vrai, s'émouvant grandement et
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criant des chevaux ! des chevaux ! il vous dit : « Il y a bien un quart d'heure qu'il me semblait entendre quelques résounemcuts de tambours et trompettes; mais tout cela me semblait si éloigné, aussi que je me reposais sur le rapport de Givry, que j'estimais que ce fussent ceux de mon armée, » Et, sur cela, montant à cheval, il se mit au grand galop, prenant le chemin de son quartier, criant à cheval! par tous ceux où il passait, et à tous les particuliers qu'il rencontrait, leur commandant do se vendre tous en armes à son quartier.
(Chap. un.)