‹ Sully et son temps d'après les mémoirs et documents du XVIe siècleChapitre 20 sur 30 · LETTRE DE M. LE CARDINAL DU PERRON · texte numérisé non relu

LETTRE DE M. LE CARDINAL DU PERRON

A M. DE nOSNY I

« Monsieur, les obligatious que je vous ai sont si grandes, ([uc si je me voulais acquitter par lettres de la reconnaissance que je leur dois, il me faudrait consumer tout le temps de mes autres dépêches à vous écrire, et occuper celui que vous employez en affaires plus sérieuses à lire mes remercîments. Cette considération, jointe à la franchise et sincérité de votre naturel, qui se contente plus de la vérité de l'affection que de l'apparence des cérémonies, me fait dispenser de ce devoir, espérant que vous n'imputerez point nwn silence à paresse ou ingratitude, mais ù respect et crainte de vous divertir ou ennuyer: l'expérience le vérifiera parles effets, quand il vous plaira m'employer en chose où je vous puisse rendre service. Cependant je vous en renouvellerai ici les offres, et, par même moyen, vous dirai que vous avez acquis taut de réputation et d'amis en cette cour, que je ne pense pas que vous eu ayez tant et de si importants à Genève, chose dont je me réjouis inQuiment, pour l'espérance que j'en conçois que cela vous conviera un jour à suivre ceux qui vous veulent tant de bien. Le pape et le cardinal Aldobrandin m'ont parlé plu-

1 Voir noire 1I« partie, cliap. ix, § 4.

sieurs fois de l'estime qu'ils font de vous et de l'amitié qu'ils vous portent; et le cardinal de Bufalo, qui se gouverne extrêmement bien ici pour le service du l'oi, a toujours votre nom en la bouche, et, entre ses autres contentements, est si ravi d'une belle, grande et éloquente lettre qu'il dit que vous lui avez écrite toute de votre propre main, qu'il la tient comme un cher et précieux trésor, et s'en réjouit et glorifie avec ses plus particuliers amis.

Tous les autres cardinaux semblablement parlent de vous avec de très- grandes louanges, et n'y en désirent qu'une seule pour comble de toutes les autres, confessant que, quant à ce qui est des alfaires du roi et de l'État, vous y avez fait merveilles, et que pour celles de l'Église et des ecclésiastiques, et nommément pour le fait de Rome, vous vous gouvernez incroyablement bien. Cela est grandement utile au service du roi, et vous puis dire que la réputation que vous, de loin, et M. l'ambassadeur votre frère, de près, avez acquise ici, en cette cour, favorise indiciblement les affaires de Sa Majesté. Je vous en donne avis, non pour vous flatter, mais parce que c'est la vérité, et que je crois qu'il est très- utile au service du roi que vous y entreteniez celte bonne estime. Je ferai ce que je pourrai pour la cultiver et augmenter de plus en plus, et vous témoigner par ces débiles effets de ma bonne volonté que je suis et serai éternellement, etc..

« De Rome , ce G février 1605.

« Du Pekuon. »

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