‹ Sully et son temps d'après les mémoirs et documents du XVIe siècleChapitre 8 sur 30 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Le mouvement littéraire à la (In du xvie siècle. — L'éloquence de la chaire. — Le pamphlet. — Les écrivains de mémoires, le théâtre et les poètes. — Les lettres en Italie , en Allemagne , en Angleterre et en Espagne. — L'influence castillane en France.

La littérature en France, durant la seconde moitié du XVI* siècle, est marquée d'abord au coin de l'anarchie et de l'incoliérence , comme la société; puis, peu à peu, elle tend à se débrouiller, à marier dans un harmonieux ensemble l'idée et la forme, la vie et la beauté; elle cherche laborieusement ce point de maturité qu'elle ne trouvera qu'au siècle suivant.

Michel Montaigne, né en 1533, mort en 1592, n'appartient qu'à moitié au mouvement littéraire

contemporain d'Henri IV et de Sully '. Retiré d'ailleurs dans son tranquille scepticisme, comme en une sorte de serre chaude, ce philosophe, bon gentilhomme de province, s'était fait une vertu à lui , vertu nonchalante et grâce à laquelle il prétendait vivre la vie « au double des autres » , sans « se rompre la tète » de rien. Le bruit des armes a eu beau retentir dans tous les coins de la Gascogne, il n'a bougé de son manoir, laissant la guerre changer d'aspects, « se multiplier et se diversifier en nouveaux partis », et écrivant son livre des Essais, le premier ouvrage classique de la langue française sous le rapport de la forme. Grâce à la renaissance de cette antiquité grecque et romaine dont le souffle avait pénétré si profondément les Essais, l'érudition et la philologie, servies depuis un siècle et demi par l'imprimerie, se taillaient un large domaine. Éprises d'abord de l'élégance, elles rejettent ensuite les atours cicéroniens, dont l'Italie les avait revêtues, pour viser à l'exactitude scientifique. Cette époque des grands érudits est aussi celle des grands typographes , dont les plus célèbres sont les Estie7ine. Avec Paris, les principaux centres d'imprimerie et de librairie étaient alors les villes de Lyon, Genève, Bàle, Leyde, Bruxelles, Cologne, Francfort, Rome et Venise; les livres, on le sait, se débitaient surtout dans les foires, entre autres à celle de Francfort.

1 Les Essais ont paru de 1580 à 1588.

Un autre résultat du rajeunissement de l'antiquité avait été de ranimer l'éloquence , qui , quoique surchargée d'érudition et d'emphase, rend bien, dans cette période, la physionomie discordante des hommes et des choses. L'âge précédent avait eu ses prédicateurs populaires, tels que Menot elMaillart; celui-ci a aussi les siens, plus célèbres encore, et surtout plus influents; car, nous l'avons vu, c'est la voix puissante de la chaire, ce sont les harangues des Rose , des Guincestre , des Cueilli et autres , qui soutinrent, durant le siège de Paris, l'énergie des ligueurs affamés.

A côté et au-dessous de cette tribuue sonore , qui couvre aisément la voix des orateurs aux états généraux, crépite le pamphlet \ arme de circonstance et de combat , que manient simultanément, à leur profit, catholiques, huguenots et politiques. Tolérés sous Louis XII, sévèrement frappés sous François I" et ses successeurs, ces sortes d'écrits recouvrèrent, sous Henri IV, une liberté sans entraves. Ce règne fut, on peut le dire, un bon temps pour la satire, qui eut ses coudées franches dans le livre comme au théâtre. Moins ombrageux que Louis XI, qui, au i*etour de sa malheureuse aventure de Péronne, avait fait saisir les pies et autres oiseaux auxquels on avait appris des phrases malsonuantes pour son amour-propre , le Béarnais laissait débiter en sa pré-

• Le plus connu des pamplilets de ce temps est, on lésait, la Satire Ménippée, dont la première (Sdilion se fit à Tours.

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seucc sur la scène les propos les plus susceptibles, comme dit Montaigne, de pincer désagréablement Youie d'un monarque. Telle fut, par exemple, cette farce jouée en 1607 à l'hôtel de Bourgogne, devant le roi et sa cour, et où, après force médisances contre le gouvernement et l'administration de la justices , trois diables finissaient par emporter très-irrévérencieusement trois personnages de marque, un conseiller des Aides, un commissaire et un sergent. Grande fut la colère des fonctionnaires ainsi affublés; après la pièce, dit l'Estoile, « ils se joignirent ensemble et envoyèrent en prison messieurs les joueurs; » mais le roi, le jour même, fit relâcher les acteurs et traita de sots les conseillers , les commissaires et les sergents, en leur disant que, « s'il fallait parler d'intérêt, il avait reçu plus d'injures qu'eux tous, » mais qu'il avait pardonné et pardonnerait encore de bon cœur, d'autant plus qu'on « l'avait fait rire' ». La liberté d'imprimer et de dire était donc grande sous Henri IV; « c'est la mode, dit le Meixure françois (1607), il faut qu'en chaque année il y ait quelque plume qui fasse quelque thèse nouvelle afin d'amuser toutes les plumes pour y répondre, et le peuple s'en repaît, sans qu'il y ait davantage de bruit. Sa Majesté se souciant peu de ces écrits et ne songeant qu'à l'embellissement de sa ville de Paris. »

1 C'est, on le voit, le mot du poète comiqiip Regnard : Jai ri, me voilà désarmé.

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C'est principalement flans les Mémoires que se reflète la physionomie singulière d'une époque qui n'a pas d'historiens, à proprement dire; car d'Aubigné , en son Histoire universelle, n'est encore qu'un chroniqueur, et le grave de Thou a l'irrémédiable défaut d'avoir écrit en latin. De ces mémoires, les uns ont un air d'apologie qui ne trompe guère la postérité; on devine l'intérêt ou la passion qui les a dictés : tel est le cas de ce même Agrippa d Auhigj^é , un satirique d'ailleurs ', lequel n'a jamais pardonné à Henri IV de ne l'avoir point élevé aux premières charges du royaume. D'autres sont de simples dépositions de témoins impartiaux et minutieux : tel est le cas du magistrat Groulart- , de Pabna Cayet \ chronologuc en titre sous Henri IV, du diplomate d'Ossal^ du i>Tcsideni Jeannin ■', et surtout du bourgeois Pierre de l'Estoile. Grand audiencier de la chancellerie, parent ou allié des principales familles pai'lementaires , l'Estoile, annaliste badaud,

• Auteur du poërac des Trarjiijiics.

2 Voyages en cour, collection Michaud et Poujoulat, t. XI.

3 Chronologie «ooennaù-e (1583-1598), Chronologie srplennaire (1598-ie04;.

4 Lettres du cardinal d'Ossat, Paris, 1697, 2 vol in-*".

i Négociations du président Jeannin, collect. Michaud, l. IV.

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comme l'appelle M. Saint-Marc Girardin, recueille jour par jour pendant trente années les pièces et les documents, les bruits de la cour et de la rue , et en grossit ses Registres Journaux, sortes d'éphéraérides détaillées, où il mêle ses affaires domestiques avec celles de l'État, et qu'il appelle lui-même « le magasin de mes curiosités ' ». Quant à Sully, dont les mémoires ont une forme si originale, nous lui consacrons un chapitre à part ^

La littérature dramatique est encore en plein travail d'enfantement. Jusqu'alors Paris n'avait pas eu de théâtre régulièrement organisé, et les pièces de Jodelle, de Garnier et de Larivey, qui avaient, à leur manière, opéré une révolution sur la scène % se jouaient dans les collèges ou chez les parlicuhers. Depuis que le Parlement, par son arrêt de 1548, avait interdit les Mystères, les « confrères de la Passion » eu étaient réduits à végéter. En 1598, ils cédèrent l'hôtel de Bourgogne à une troupe d'acteurs qui, dirigés par Alexandre Hardy, le plus fécond des dramaturges après l'espagnol Lope de

1 Citons encore les Mémoires de la Force, ceux de Brautômc , de Marguerite de Valois, de ViUeroy, de Chiverny, les lettres de Pasquier, elc. etc.; nous avons déjà eu occasion de citer les historiens Régnier de la Planche et Pierre de la Place.

2 Voyez ci-après , chap. x.

3 Jodelle et Garnier, imitateurs du théâtre ancien, ébauchèrent, en quelque sorte, le genre classique, qui prévalut par la tragédie au XMK siècle; Larivey, auteur comique, écrivant en prose, est une espèce de précurseur de Molière; c'était un Itnlion Pietro Ginnto, qui était venu s'élablir en France.

Vega, son contemporain, jetèrent les vrais fondements de la Comédie. En 1600, un second théâtre fut établi au Marais. L'un et l'autre donnaient trois représentations par semaine, et nous savons même, par une ordonnance de police, en date du 12 novembre 1609, que le spectacle devait commencer à deux heures, de façon à finir à quatre heures au plus tard, à cause des voleurs, des boues et de l'obscurité qui, l'hiver surtout, étaient un obstacle à la fréquentation facile des théâtres. Dès lors, comme le dit Suard, dans ses Mélafiyes de littérature, la tragédie fut tirée « du milieu des rues et des échafauds des carrefours » ; Mairet, Rotrou et Corneille sortiront de cette école.

Dans la sphère de la haute poésie, la réforme, précédemment tentée par Ronsard et la Pléiade, se régularise et se modère avec le satirique Régnier (1573-1613), et avec Malherbe (1555-1628). Le second surtout, ennemi de la trivialité et homme de goût, fut un artiste soigneux qui

D'un mol mis en sa place eiisei^'na le pouvoir.

Les patois, accueillis par Ronsard, furent rejetés définitivement du domaine littéraire»; la langue, comme la monarchie, dit un critique, marchait à grands pas vers l'unité. Quant au roman, tout de chevalerie, il représente un monde purement imaginaire, avec des types invraisemblables. VAstrée, dédié par (ïUrfé à

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Ilonri IV, est du commencement de 1610, Les mœurs chevaleresques du moyen âge s'y retrouvent avec ces peintures raffinées et sentimentales qu'étirera encore au siècle suivant M'" de Scudéry, et contre lesquelles réagira enfin M"" de la Fayette, aidée du goût de la Rochefoucauld.

Vers la même époque (1600) naissait \ opéra italien ou mélodrame., — car tel est le sens primitif de ce dernier mot, — avec la tragédie en musique d'£'wrydice, d'Ottavio Rinuccini, qui fut représentée aux fêtes données à l'occasion du mariage de Marie de Médicis avec Henri IV. Déjà auparavant (1560) la musique sacrée avait subi une révolution importante. Elle était devenue tellement sèche et fausse que le saint- siège avait songé à la supprimer; mais un homme de génie, Palestiina, résolut le problème dont l'Église avait posé la nécessité, en arrivant dans sa Messe du pape Marcel à une coïncidence harmonieuse entre les paroles et la musique. Sous Charles IX, qui avait fait venir de Bavière un iutrumentiste dont parle de Thou dans son ouvrage , une académie de musique avait été établie dans le faubourg Saint- Marceau ; cette société donnait des concerts auxquels le roi assistait une fois par semaine. Plus tard une troupe de musiciens s'étabht à l'hôtel de Bourbon ; enfin sous Henri IV il y eut ime musique de la cour, dont Cominy fut le maître.

Le grand nom du Tasse appartient à cette période (1 544-1 595). La muse épique, muette depuis la Divine Comédie de Dante, se réveillait triomphalement avec la Jérusalem délivrée, le poëme le plus régulier et le plus beau peut-être des temps modernes. La poésie italienne , étouffée au w' siècle par l'érudition , confisquée au commencement du xvi' par le roman chevaleresque, reprenait avec le Tasse, comme avec l'Arioste son maître, un libre et splendide essor. A côté de l'épopée, fleurit au delà des monts le drame pastoral, qui est l'églogue antique appropriée à la scène. L'Ami/ita de Bernardo Tasso en est le premier essai remarquable ; le concctlisme italien s'inspirait alors des jeux de mots et des jeux d'esprit de la hllérature espagnole, qui avait traversé la Méditerranée. La même aff'ectation, plus maniérée encore, se retrouve dans le Pastor fido de Guarini, dont près de trois siècles n'ont pas cependant terni l'éclat. Cette tragi-comédie à l'espagnole , qui ne compte pas moins de sept mille vers, fut représentée partout, à Florence, à Ferrare, à Venise, à Mantoue, avec grand renfort de musique, de pantomime et de danse. Le succès de ce genre mixte , d'où sortit par émulation YAstrée de d'Urfé, donna lieu, pour le dire en passant, à de

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nombreuses imitations, où l'on essaya de relever le fond de la pastorale par l'introduction de personnages comiques, lougtemps populaires au delà des Alpes, à savoir le bouffon allemand, le bouffon vénitien, le bouffon bolonais, etc.

En littérature, comme en tout le reste, l'Allemagne, au xvi° siècle , ne présente qu'incobérence et diversité. L'idiome lui-même, si morcelé, avait de la peine à se fondre en une langue littéraire et définitive; les catholiques se faisaient scrupule d'employer le haut allemand ', que les luthériens, au contraire, avaient généralement adopté. Les Mitinesinger , ces sensibles et mystiques troubadours d'outre - Rhin , étaient passés de mode ; les maitres chanteurs ne versifiaient que dans quelques villes libres, entre la pipe et la bière, au fond d'une obscure taverne ou sur l'établi du cordonnier et du tailleur. Toutefois les comédies de llans Saclis, le plus célèbre des Meistersingers du xvi° siècle , ont eu pour effet de répandre en Allemagne le goût de la scène ; princes et bourgeois élèvent à grands frais de splendides théâtres, oii se jouent des pièces gigantesques, entremêlées de morceaux de chants à refrains populaires, première ébauche de ce qui fut plus tard le vaudeville.

Plus vif encore était l'amour de la scène en Angleterre, où la tragédie venait d'ailleurs de faire son appïffition avec le grand trésorier Thomas SackviUe.

> Pai- opposition au bas Mtm^nà , platt-deut$ch.

En 1600, l'on ne comptait pas moins de onze théâtres réguliers dans Londres et ses faubourgs. Les représentations dramatiques étaient l'assaisonnement obligé de toute fête scolaire à Cambridge, de toute solennité à Whitehall. Il y avait même une charge spéciale, celle de « maître des fêtes», ayant pour but les divertissements scéniques. Les Imis, étabhssements fréquentés par les étudiants en droit et les personnes attachées au barreau, avaient leurs théâtres, qu'Elisabeth honorait quelquefois de sa présence. Le drame anglais était alors un compromis entre l'antiquité, qui avait été si fort en faveur précédemment, et le romantisme chevaleresque. Partout du reste, dans la poésie, se retrouve l'éloge de la « grande reine » ; c'est elle que chante Edmond Spencer, « l'Arioste de l'Angleterre » (1550-1598), dans sou vaste poëme de la lieine des fées. Ajoutons que le concettisme italien avait pénétré jusque dans les îles Britanniques et envahi le langage de la cour; ÉUsabeth, lafière souveraine, se délassait volontiers de ses hautes conceptions politiques en échangeant de mignardes sentimenta- Htés avec Essex ou Leicester; quant à Shakespeare , le colosse, au langage rude et énergique, il ne faisait que poindre à l'horizon : il appartient plutôt, comme Bacon, au siècle suivant.

Le génie littéraire de l'Espagne, suivant la route frayée par le génie de la guerre avec Charles-Quint, le grand empereur, a débordé à la fois sur les deux hémisphères, en Amérique et eu Europe-, la langue

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des fiers hidalgos a dépossédé , pour un temps , de sa suprématie populaire la langue de Dante et de Pétrarque; elle s'épanouit, en une brillante floraison, dans tous les genres à la fois, poésie, histoire, théâtre et roman. Le poëme épique espagnol le plus remarquable de cette époque , oii la fureur de l'épopée était générale dans la Péninsule, c'est YAr^aucana àeAlofizo de Ercilla y Zuniga, un page du prince don Philippe, qui, séduit, comme tant d'autres, par les mirages du fameux pays de l'Eldorado, était parti à vingt-deux ans pour l'Amérique, afin de concourir à l'expédition dirigée contreV A rauca (Chili). — Le romande mœurs, qui a remplacé au delà des Pyrénées le roman de chevalerie, s'honore du nom immortel de Michel Cervantes (Saavedra), né en 1547 \ mort en 1616. La première partie de Don Quichotte parut en 1605 ; la seconde, dix ans plus tard. Ce chef-d'œuvre de satire acheva, on le sait, le discrédit des romans de chevalerie castillane; quant à la chevalerie elle-même, elle disparaissait rapidement devant l'arquebuse et le canon. — L'histoire en Espagne n'avait pas dépassé jusqu'alors les proportions de la chronique; avec Hurtado de Mendoza, qui était, en outre, romancier et poëte, et qu'on a nommé le Salluste espagnol, ce genre littéraire prit une ampleur toute nouvelle. — Le théâtre surtout prospérait : vers 1 584, la ville de Madrid comptait

1 Probablement à Alcala de Hénarès ; au reste , après sa mort , huit villes se disputèrent, comme pour Homère, l'honneur de l'avoir vu naître.

deux scènes dignes do ce nom , celles de la Cruz et del Principe ; l'auteur de Don Quichotte , Cervantes , composa vingt à trente comédies, qui, comme il le dit lui-même, coururent leur carrière sans concombres, c'est-à-dire sans sifflets et sans tapages ; ces pièces se sont perdues , sauf deux qu'on a retrouvées de nos jours, la Numancia et Los Tratos de Argel. Mais le créateur du vrai romantisme méridional fut Lope (le Vega (1 362-1 0!^5), le roi du théâtre castillan avant Calderon. Dès l'âge de onze ans, il annonçait cette fécondité prodigieuse de son talent, à laquelle rien ne se peut compai'er : à quarante-deux ans, la masse de ses vers formait vingt-trois mille feuillets. 11 a composé près de deux mille comédies, sans compter ses autres poésies; il faisait une pièce en vingt-quatre heures. Au rebours de Dante et de Tasse , il vécut sur un piédestal, pour ainsi dire ; quand il passait dans la rue, le peuple le suivait, l'appelant le Phénix de l'Espagne. — Nous arrêterons notre nomenclature , forcément écourtée, sur ce nom à jamais fameux. On le voit , si dans les arts le souffle dominant a été , à cette époque, celui de l'Italie, la langue et la littérature de l'Espagne ont suivi l'expansion politique de la Péninsule; la France a subi l'invasion comme l'Italie; ce n'est qu'au siècle suivant que notre espi'it national se dégagera des mailles du réseau. En attendant , le costume, le geste, le langage, et jusqu'à la coupe de la barbe, tout, chez nous, demeure espagnol, eu dépit du poëte Régnier et du ministre Sully, ({ui se

moquent à l'envi des Français espagnolisés ; cet engouement dura plus de cinquante ans. Henri IV luimême avait revêtu le noir costume du souverain de l'Escurial, et il apprenait l'espagnol sur le tard, comme jadis Caton le Censeur, tout en grondant, avait appris le grec. Mais, au milieu de ces concessions faites à l'influence castillane, le Béarnais demeurait, comme on le verra, foncièrement Français dans sa politique.

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