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CHAPITRE IV

Le poète a trouvé le remède qui l'arrache à l'analyse tremblante de ses mélancolies. Désormais il ne se contentera plus de la plainte, mais il demandera à la poésie d'aider sa pensée à éclairer les énigmes. Jetant sur le monde un regard de juge, il aborde dans la Justice la question la plus redoutable : il cherche à résoudre le contraste qui semble opposer les lois de la nature et les désirs de l'humanité.

Le problème des rapports de l'homme et de la nature a soulevé dans tous les temps les controverses les plus passionnées : c'est le problème des

problèmes. 11 s'agit en effet de déterminer l'attitude de l'homme à l'égard de la nature, c'est-à-dire de définir son destin.

Les uns disent : la nature est aveugle et l'homme doit se détourner d'elle pour édifier sa vie sur des principes contraires aux lois brutales delà nature. Les autres répondent : la nature est bonne et l'homme doit retourner à la nature pour etïacer les erreurs apportées par l'orgueil humain.

Cette question redoutable s'impose de nos jours avec une particulière insistance, car nous approchons, ce semble, des crises graves où il faudra bien trouver l'union des esprits, si nous ne voulons pas sombrer dans la discorde et dans l'anarchie. Depuis plus d'un siècle, en effet, l'amertume des réquisitoires contre la nature n'est égalée que par le ton enthousiaste des apologies. Signalons ceux qui sont intervenus avec le plus d'éclat dans la bataille. Schopenhauermet en garde contre les ruses de la nature, qui permet à l'individu des joies brèves et illusoires pour assurer la perpétuité de l'espèce, c'est-à-dire l'éternité de la souffrance. Darwin répète volontiers le mot du vieil Heraclite : « La guerre est comme la mère et la reine du monde », et il constate dans l'univers

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l'inévitable acharnement de luttes sans nombre. Le physiologiste Huxley, un disciple de Darwin, proclame que la nature est un cirque immense, où tous les êtres ressemblent à des gladiateurs armés pour la bataille. Le sociologue Tarde insiste sur les méfaits de la nature et sur la nécessité qui s'impose à l'homme de fonder sa vie sur des lois proprement humaines; et, plus près de nous, Emile Faguet cherche à diminuer et à détruire dans tous les domaines la confiance en la nature. Cette thèse pessimiste est d'autant plus considérable qu'elle se présente comme une conclusion imposée par la science.

A ces attaques les défenseurs de la nature répondent par des observations qui fortifient leur culte. J.-J. Uousseau dénonce les méfaits de la civilisation et les injustices sociales, en opposant au tableau de ces infortunes le souvenir idyllique d'un état primitif de la nature, et, ce qui vaut mieux, renseignement émouvant qui sort des grands bois, la paix souveraine du lac et de la montagne. Le poète Wordsworth enseigne — car sa poésie est tout enseignement — que la nature est l'éducatrice inépuisable, et, développant les correspondances merveilleuses qui rattachent l'homme

à la vie île la nature, il écrit cette pensée qui résume su philosophie : « Ail which we behold is l'ull of blessing. » (Tout ce que nous contemplons esl plein de bénédictions.) xMaurice de Guérin, d'abord affaissé dans la langueur des mélancolies, se redresse ensuite et donne avec le Centaure une œuvre brève et profonde, où les rapports de la nature et de l'homme, de la vie et de la philosophie sont indiqués avec l'accent des vérités qui traversent les âges. Maurice Maeterlinck veut plier la pensée des hommes à la grande sagesse qu'apporte la compréhension de la vie, et, dans son œuvre émue et savante où bruissent tous les profonds désirs des choses, il montre que l'idéal humain le plus haut^est dépassé par la beauté et l'héroïsme des énergies naturelles. Huskin s'élève contre la doctrine de Darwin, et il prouve que la pensée des sages suit laborieusement les mouvements spontanés des aspects éminents des choses.

Signalons enfin ceux qui font entendre à la fois des protestations indignées et des appels à la confiance. Par là leur œuvre est dissociée -.elle a l'air brisé, la confusion des aspects de bataille. Vidor Hugo a tour à tour déploré la cruauté de la nature oublieuse et chanté le panthéisme héroïque

qui sort du Satyre. Lamartine, quia écouté l'harmonie de l'écho qu'adorait Pythagore, s'attarde au réquisitoire d'Harold. Dans l'œuvre d'Alfred de Vigny, la nature, qui d'abord fait entendre une parole hautaine et glacée, laisse enfin entrevoir son visage s'erein et grave où se lit la loi du progrès humain.

Ce problème des rapports de la nature et de l'homme â été abordé par Sully Prudhomme avec son admirable courage intellectuel dans son poème sur la Justice. C'est pourquoi ce petit livre a une portée si haute. En mettant en lumière le contraste qui existe entre les deux conceptions delà nature, ce poème émeut comme un drame dans lequel le poète fait parler les deux voix qui se lèvent dans l'âme de l'homme : l'une, effrayée devant la nature, chante sa détresse; mais l'autre annonce l'apaisement qu'apporte la compréhension de la nature et delà vie. Le chant d'amertume s'achève en un chant de triomphe.

En nous efforçant de comprendre comment le poète a pu passer de tant de désillusion à tant de confiance, nous apporterons sans doute quelque

lumière dans ce débat qui déchire l'humanité et nous préciserons les rapports de la nature et de la morale, d'ordinaire faussés et travestis par les distinctions arbitraires de l'esprit humain.

La première partie du poème de la Justice est un réquisitoire contre la nature, réquisitoire formidable qui se précise d'abord dans ces résumés en prose où la marche du poème se marque en traits décisifs. Retenons quelques-unes de ces formules, si mornes qu'elles semblent sonner le glas de nos illusions sur la bonté de la nature. On dirait les considérants d'une condamnation à mort :

« Les espèces ne subsistent qu'aux dépens les unes des autres par une incessante immolation des faibles. »

« Les relations des individus entre eux, dans l'espèce, sont régies par des affections étrangères à la justice. »

« Les Etats se comportent comme les espèces entre elles, à cela près que la violence s'y complique de plus de ruse. »

« Le pur souci de la justice ne règle pas les mutuelles relations des individus dans l'Etat. »

« Les cités se fondent, prospèrent et périssent sous l'action constante du besoin. Les bienfaits

progressifs de la civilisation ne se répartissent pas selon la justice. »

Ces idées si décourageantes s'expriment en des vers contondants et durs où la nature prend un air effrayant :

L'espace est plein de cris par les faibles poussés.

L'amour dresse au milieu du charnier son autel.

La Nature est habile et sait bien ce qu'on aime.

Le masque se déchire et par lambeaux s'envole. La Nature n'est plus la nourrice au grand cœur.

Voici des vers qui pourraient servir d'épigraphe aux œuvres de Darwin :

Ainsi tout animal, de l'insecte au géant, En quête de la proie utile à la croissance Est un gouffre qui rude, affamé par essence, Assouvi par hasard, et, par instinct, béant.

Aveugle exécuteur d'un mal obligatoire, Chaque vivant promène écrit sur sa mâchoire L'arrêt de mort d'un autre, exigé par sa faim.

Les vers suivants illustrent, en un raccourci d'eau-forte, la théorie de Schopenhauer sur l'amour, combat des sexes :

Dans l'œil indifférent des vierges, o Nature! Tu fis bien d'allumer un céleste flambeau : Si fort que soit l'attrait d'un corps novice et beau, C'egt grâce à l'Idéal que l'humanité dure.

Le soir, quand ['Idéal, complice de tee lins.

Sou- le nom de pudeur leur l'ait îles yeux divins

Donl les longs cils penchés onl un attrait de voiles;

Leur regard, fourvoyé par l'ennui vers le ciel, Parait, en se baissant, nous offrir des étoiles; Et nous nous approchons ! voilà l'essentiel.

Entre les espèces el dans les espèces mêmes, c'est la lutte sans merci, l'oppression inévitable des faibles, l'injuste triomphe des forts; et si le porte, se détournant de ce spectacle horrible, fait le geste familier aux élégiaques et contemple la voûte des cieux, il devine les pleurs des étoiles, et il pressent à travers les espaces les permanentes possibilités des souffrances futures :

Kl je vois en silence errer les nébuleuses Connue des vols épars de graines douloureuses.

Ainsi la nature offre partout le spectacle de la douleur, du mal et de la mort, ou la menace éternelle du mal, de la mort, et de la douleur. Jamais le pessimisme de Darwin et le sarcasme de Srhopenliauer n'ont été traduits avec plus d'amertume.

Mais après une méditation provoquée par tous ces scandales et déroulée dans les vers si

pressés et pleins de la VIIIe veille, le ton du poète change. Le réquisitoire qui paraissait si accablant se transforme en apologie, et le commentateur attristé de Darwin aboutit à une conception de la nature qui a la sérénité de la philosophie de Marc-Aurèle. L'attitude de l'homme devant l'univers est changée. Dans la première partie du poème l'homme s'étonne, proteste et condamne; dans la seconde, il comprend et il admire. La nature, qui semblait d'abord conseiller l'écrasement de la faiblesse et le recours perpétuel à la force, recommande la justice, l'amour et la dignité. La méditation du poète l'a porté au cœur même des choses, et il a entendu l'enseignement que donne le rythme de la vie et de la mort. Enseignement émouvant qui est le chant des origines, le rappel des primitives douleurs et l'annonce des réconciliations futures! Alors la nature apparaît non plus avec un regard enfiévré par la bataille, ni avec ces gestes sournois ou terribles qu'elle montre dans l'œuvre de Darwin et de Schopenhauer, mais avec un air douloureux, à la fois maternel et grave. Et cette nature, tant calomniée, semble dire à l'homme : Tu t'étonnes, ô enfant qui m'as tant coûté, enfant ingrat, de mes vio-

lences et de mes injustices; pourtant j'ai paru violente pour que tu pratiques la douceur; j'ai été injuste pour que tu puisses te hausser vers la justice; j'ai supporté mes souffrances pour élaborer lentement, selon les lois du progrès qui sont les lois de la vie, les conditions et les éléments de ta morale. Mon labeur séculaire t'a apporté tous tes motifs de triomphe. Si tu crois en un Dieu providentiel et si ce Dieu existe, est-ce ma faute si le long- cri d'angoisse poussé par les êtres n'a pas ému sa pitié? Si tu crois en un Dieu juste, et si ce Dieu existe, est-ce ma faute si 1rs injustices qui t'indignent condamnent sa bonté, sa justice et sa prévoyance? Si tu crois en lui, adresse-toi à lui et attends sa réponse. Pour moi, j'ai agi conformément à ma loi, qui est la loi de la vie et de l'évolution. Tout progrès nécessite un effort et tout effort est un combat : voilà ce que tu dois savoir, si tu veux rester courageux et lucide. Tous mes efforts ont amené d'inévitables batailles pour aboutir à tes privilèges, dont tu serais moins orgueilleux si tu savais remonter à tes origines et comprendre le prix dont ils furent payés, A travers des souffrances infinies comme la douleur imméritée, j'ai atteint peu à peu ces

MM. IV pnVDHOMME.

degrés où tu te dresses emphatiquement avec une couronne royale. Si tu commets le mal, j'ai le droit de te blâmer et de proclamer ta déchéance, car je t'ai donné les moyens de la justice. Si tu fais le bien, j'ai le droit de reconnaître mon œuvre dans ton œuvre, car ta conscience et ta dignité sont mes créations. Quand tu médites en regardant les étoiles, ta méditation est un hommage à mon passé si douloureux. Ta grandeur est jusqu'ici ma suprême conquête, mais j'aspire à créer une vie moins incohérente et moins méprisable que la tienne, ô homme qui te crois le chef-d'œuvre de la création, et si tu ne m'apportes pas ta collaboration comme l'acquittement de ta dette, j'arrêterai l'œuvre de progrès à laquelle je préside, et je laisserai se déployer sur les ruines de ton humanité déchue mes puissances innombrables.

Ainsi le poète, après avoir calomnié la nature, fut amené à lui rendre hommage, en reconnaissant que les « griefs de l'homme sont sans fondement », en comprenant que les maux de la nature ne sont pas les caprices « fous ou coupables » d'un tyran, mais la manifestation nécessaire d'une loi de plus en plus créatrice, en apprenant enfin que la

dignité de l'homme est le plus beau triomphe de lu nature.

Or cet enseignement émouvant, que Sully Prudhomme a dégagé de la vie, n'est pas l'invention arbitraire de sa sensibilité. N'y voyons pas l'emploi d'une manière poétique ni la survivance d'une mythologie surannée, mais le résultat d'une observation pleine de scrupules. Nous savons en effet que le poète n'est pas passé, sans une longue enquête, de la pensée darwinienne à ce naturalisme optimiste qui aboutit à une morale pacificatrice. Marquons les étapes de cette enquête, en utilisant l'œuvre entière de Sully Prudhomme pour illustrer le poème de la Justice, ce sommaire éclatant, elliptique et heurté de la philosophie du poète.

D'abord il a voulu regarder la nature avec un regard ferme et dirigé par le savoir. Il ne se contente pas d'offrir sa sensibilité d'élégiaque aux formes diverses de la vie; il les contemple et les interroge avec des scrupules de philosophe. Comme son maître Léonard de Vinci, il a mêlé l'émotion à la méditation, l'ardeur à l'analyse et

la nature lui apparaît, non seulement dans son aspect brillant ou tragiqne, mais dans sa profondeur infinie.

Il se dégage vite des émotions confuses et des ivresses lyriques et brèves, pour imposer à son esprit le tourment de la vérité et pour comprendre que la fragilité du brin d'herbe, aussi bien que la majesté des voûtes célestes, révèle cette chose formidable : la vie. Devant la fleur qui brille et passe, comme devant la profondeur azurée des cieux, il a éprouvé l'effroi de Pascal. La fleur qu'on appelle « pensée » a déroulé au fond de lui le labeur lent des méditations qu'il a prolongées à travers les âges, afin d'assister à l'éclosion des énergies qui aboutissent à cette apparition éclatante et fugitive :

Et ses grands yeux de velours sombre Se dépliaient si lentement Qu'il me semblait que mon tourment Mesurât des siècles sans nombre.

Vite, ô fleur! l'espoir anxieux De te voir éclore m'épuise ; Que ton regard s'achève et luise Fixe et profond dans tes beaux yeux.

(Les Solitudes. ■ — La Pensée.)

L'harmonie des formes, l'éclat des couleurs et la saveur des parfums offrent aux élégiaques de

beaux motifs d'émoi; mais le poète philosophe, qui uc 8'attarde pas au luxe <les apparences, saisit vite la loi de la vie et s'étonne devant l'effort de l'évolution : la fleur lui fait éprouver le sentiment de l'infini. A plus forte raison l'éprouvera-t-il devant les grands spectacles de la nature. Déjà dans les Stances et Poèmes, il s'écriait : « L'Océan brise la pensée »; mot digne de Pascal. L'océan tumultueux et pacifique, plus émouvant dans sa paix que dans son tumulte, accable sa pensée qui a senti sa limite dans ce déroulement infini des flots. Ainsi, devant la fleur, il éprouvait un tourment si profond que, pour l'exprimer, il le répandait sur les âges sans nombre; devant l'océan il sent sa pensée courte, vite brisée, et comme en éclats.

On voit que la science du poète est venue accroître et prolonger son sentiment de l'infini de la nature et de la petitesse de l'homme. Car le savoir, au lieu de détruire la poésie, l'approfondit et l'exalte. Les révélations de la science sont plus émouvantes que les mensonges les plus brillants de la fable. Le prestige des romans mythologiques s'efface, et la pensée du poète proclame que le char d'Apollon, ses flèches d'or et le galop de ses

coursiers lui paraissent des imaginations enfantines s'il les compare à « l'effroyable splendeur du soleil que nous connaissons aujourd'hui ». Déjà dans son premier recueil il trouvait de beaux vers pour décrire la poésie du mouvement de la terre :

Ah! les fils de l'IIellade, avec des yeux nouveaux Admirant celte gloire à l'Orient éclose, Criaient : Salut au Dieu dont les quatre chevaux Frappent d'un pied d'argent le ciel solide et rose !

Nous autres nous crions : Salut à l'Infini !

Au grand Tout, à la fois idole, temple et prêtre,

Qui tient fatalement l'homme à la terre uni,

Et la terre au Soleil, et chaque être à chaque être!

Il est tomhé pour nous, le rideau merveilleux Où du vrai monde erraient les fausses apparences : La science a vaincu l'imposture des yeux, L'homme a répudié les vaines espérances;

Le ciel a fait l'aveu de son mensonge ancien, Et depuis qu'on a mis ses piliers à l'épreuve, Il apparaît plus stahle, affranchi de soutien, Et l'univers entier vêt une heauté neuve.

(Le Lever du Soleil.)

Dans le Testament poétique, il avoue encore que les inventions de la nature dépassent tous les désirs des hommes. Il répète après Pascal que notre imagination se lassera plutôt de concevoir que la nature de fournir, et il incline les trouvailles du génie humain devant la splendeur naturelle des choses : « Certes Homère est admirable, mais aucun passage de ses poèmes n'a fait courir dans

tout mon être le frisson d'enthousiasme que j'ai ressenti quand, pour la première fois, mon imagination a suivi l'élan de ma pensée dans l'espace infini pour m'y représenter le peuple innombrable des astres soumis à la loi si simple de Newton. J'admire l'intuition du génie de Shakespeare, quand il nous révèle par un mot ce qui se passe dans le secret repli du cœur; mais, si le cœur est un abîme, le ciel en est un autre, et le doigt de Le Verrier marquant dans le ciel, sur la foi de ses calculs, la place précise d'une planète inconnue, me remplit d'un étonnement sublime qui ne remue pas moins le poète en moi. » {Lettre à Mounet- SuUy.)

Voilà enfin un poète qui médite devant l'univers et nous parle de la nature, non plus avec les rodomontades de la demi-science qui chante les triomphes de l'homme sur la nature domptée, mais avec l'accent ému du savoir qui plie l'homme devant la puissance infinie des choses. Cette attitude intellectuelle lui a permis d'écarter la grande erreur humaine qui fait de l'homme le centre et La mesure des choses, et rend notre sagesse si branlante et exposée à tant de meurtrissures.

Il échappait ainsi à la méthode romantique

fondée sur l'exaltation de l'homme, et s'obligeait à un labeur obscur, mais glorieux, puisqu'il devait ajouter la vérité à la poésie en achevant la méditation humaine dans un hommage à la grandeur de la nature. Le poète va mener son enquête à travers la nature avec un scrupule admirable, et il remarquera, après les luttes et les avortements de la surface, les lois profondes, invisibles et constantes qui fixent le destin de l'univers et aboutissent à la formation de l'humanité. Le pessimiste qui nous avait effrayés nous apporte les paroles qui nous redressent.

Il constate d'abord à travers la vie une tendance universelle, inévitable. Il parle de tendance et non pas d'effort car, dans ses lettres à Charles Richet sur les Causes finales, il déclare avec raison que le sens de ce mot est suspect d'anthropomorphisme. Cette tendance est indéniable : ce n'est pas du repos que peut sortir la lutte pour la vie.

Cette tendance suppose une énergie primordiale dont « l'être demeure imperceptible à l'intelligence comme il reste inaccessible à l'expé-

LA NATURE BT LA JUSTICE iS'6

rience ». Cette énergie se déploie ù travers le temps et se manifeste par des rencontres sans nombre avec une matière encore informe et chaotique. Peu à peu des adaptations et des accommodations se produisent et les premières formes des êtres s'ébauchent : l'histoire primitive delà nature est l'histoire de ces rencontres, de ces combats, de ces adaptations si laborieuses, de ces ébauches multipliées. La nature ressemble ainsi à un immense atelier où la vie s'organise à travers des luttes incessantes pour composer des ébauches de moins en moins imparfaites.

On peut dire pour résumer la pensée du poète : la loi triomphe dans la nature, puisque le chaos est vaincu. La loi triomphe puisque la vie s'organise. La loi triomphe puisque la tendance de la vie va du simple au complexe. La nature est l'expression de la loi. En d'autres termes, la vie est l'aveu des disciples nécessaires. La lutte, où la vie s'élabore, manifeste la victoire des forces d'organisation sur les forces de dissolution. La vie montre la souveraineté du rythme de l'ordre.

Ces vérités sont apportées par la nature où l'homme n'a pas encore paru. Dès lors contemplons cette nature, non pas avec nos préoccupa-

tions humaines, mais avec le regard incorruptible du savant. Elle ne nous scandalise plus, puisque la conscience des choses, sourde et morne, tâtonne encore dans les ténèbres. Pourtant elle est émouvante et belle, puisqu'elle manifeste la force progressive de l'ordre. La vie cherche sa voie à travers ce bruit de rencontres, de froissements et de batailles. Notre humanité s'ébauche, depuis ces origines confuses, par ces manifestations inconscientes. Donc gardons-nous de nous indigner. -Nos indignations seraient déplacées, et nos exigences insoutenables. La nature ne peut pas nous offrir encore le spectacle de la fraternité; du moins elle élabore les éléments de la fraternité future. Son enseignement est déjà fécond, puisqu'elle échappe au chaos pour obéir à l'ordre. En nous apprenant que la vie est le triomphe de l'ordre, elle apporte le fondement infrangible de la morale.

Dès lors, au-dessus de cette nature aveugle, indifférente, insolente et immorale que condamnent nos adversaires, se dresse la figure émouvante de la véritable nature, comme d'une aïeule très lointaine et vénérable qui ne peut pas connaître nos meilleures joies ni réaliser nos plus

beaux sacrifices, mais qui élabore déjà à travers des luttes nécessaires les matériaux indispensables de nos joies et de nos sacrifices. Ainsi l'observation scientifique de la nature démontre l'injustice du réquisitoire humain contre l'insensibilité et l'immoralité de la nature.

A cet enseignement négatif, la nature va joindre un enseignement positif. Par le triomphe de la loi et la victoire de la tendance universelle, l'homme est arrivé à la vie. Or l'homme ne s'oppose pas à la nature : la solidarité de la nature et de l'homme est démontrée et garantie par d'incessantes démonstrations.

Cette doctrine de la solidarité, d'abord esquissée par Pierre Leroux et Renouvier, et reprise par Léon Bourgeois et C lîouglé, a déjà montré que l'individu est le débiteur de la société dont il fait partie. Je tiens mes instruments d'existence de mes ancêtres. Mes pensées et mes sentiments même forment un héritage que je ne peux désavouer. I.n moi, au fond de moi, mes morts sentent et pensent. Une solidarité inaliénable me rattache à

ceux qui ne sont plus et à ceux qui, autour de moi, collaborent à mes jouissances. Le monde humain ne se peut plus concevoir comme une collection d'êtres qui s'ignorent ou s'exploitent. L'individu, débiteur de la collectivité, a le devoir strict d'acquitter ses dettes.

Doctrine très noble qui met fin à une conception étroite et surannée de l'individualisme et qui semble capable de réaliser dans la paix et le droit les conquêtes réclamées ça et là avec des paroles de haine- et des gestes de menace. Mais pour reposer sur des fondements plus solides, cette doctrine a besoin d'un appui. Elle serait vite branlante si elle ne s'appuyait par sur les assises inébranlables de la nature. Elle serait vite effacée, si elle ne manifestait pas les plus profonds désirs de la nature. Or Sully Prudhomme nous apporte un fondement essentiel, en montrant que la solidarité ne doit pas s'exercer dans les limites du inonde humain. Il convient en effet d'éviter ces démarcations si tranchées, qui invitent l'homme à se parer de sa dignité comme d'une conquête personnelle. Pour élargir les bases de nos droits, rendons plus profondes les racines de nos devoirs. Dans une récente étude M. Boutroux écrivait :

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« Conscience et loi sont deux créations de l'esprit, non deux choses préexistantes. » Cette formule qui montre l'opposition de la nature et de l'homme nous contracte devant les maux de la nature. Le poète nous rassure davantage et pro- * hune que les lois de la nature se signalent de proche en proche par des manifestations décisives qui aboutissent à la création de ma conscience. L'individu ne se rattache pas seulement à ses ancêtres et à ses contemporains. L'homme n'est pas seulement solidaire de l'homme, mais il est le débiteur de la nature. Il n'est pas un seul de ses actes qui ne soit la déformation ou la confirmation du plus profond secret de la nature. Il n'est pas une seule de ses pensées qui ne soit l'expression ou le désaveu de cette tendance essentielle vers le progrès et vers la lumière. Conscience et loi ne sont pas des créations de l'esprit humain. La loi est la manifestation de la volonté de la vie. La conscience est sa création la plus haute. L'antique opposition de l'idéalisme et du naturalisme s'efface. L'idéal n'est pas le désaveu des lois de la vie. mais la suprême création de la nature. La vie universelle, à travers des luttes émouvantes où la justice est souvent violée,

montre le triomphe progressif de l'idéal. Il est temps d'intégrer l'idéal dans la nature même. La solidarité de la nature et de l'homme, la réintégration de l'idéal dans la nature, voilà des vérités fortes que l'observation inscrit au fond de nousmêmes.

La solidarité de l'homme et de la nature apprend que les plus nobles sentiments humains sont l'épanouissement de la vie antérieure de l'univers. Utilisons ici la préface trop peu connue que Sully Prudhomme a placée dans une édition nouvelle de la Bible de V Humanité de Michelet. Elle traduit la méditation d'un penseur capable de jeter sur l'histoire humaine un vaste regard de synthèse en groupant les faits pour dégager les lois de l'histoire. Le développement de la pensée, à la fois sinueuse et précise, s'éclaire de formules frappantes qui commenteront la deuxième partie du poème de la Justice.

Le suprême enseignement apporté par la nature est le sentiment et le respect de notre dignité : « J'entends par la dignité humaine le rang qu'assignent à notre espèce ses caractères distinctifs dans la série des espèces vivantes. » Une profonde théorie du droit naturel doit sortir de ces paroles :

elle apporte à la morale un appui essentiel et ne permet plus à l'âme humaine de se plaindre de la fragilité des doctrines que ne soutiennent plus les sanctions de la religion. Jusqu'ici l'homme demandait à l'homme de déterminer son destin et sa réponse était dictée par ses désirs ou par ses croyances. Réponse souvent haute qui traduisait de nohles angoisses! Mais aussi la diversité des réponses révélait la multiplicité de nos instincts et déchaînait le vent des batailles. Aujourd'hui la morale humaine se définit, avec une fermeté stricte, de l'observation seule de la vie, car l'homme entend dans la nature non plus le bruit anonyme de l'indifférence mais la montée de l'universelle aspiration. Le droit naturel cesse d'être le vœu de notre race avide de se distinguer de l'univers; il se confond avec la proclamation des devoirs qui sortent de toutes les lois de la vie. Le droit naturel est donc la « mise en demeure » que la nature nous fait entendre. Le sentiment de la justice est « l'injonction » qu'elle nous prescrit. Ainsi la justice est « le principe et l'origine du droit naturel », et le poète ajoute que la Déclaration des droits de l'homme, apportée par la Révolution française , a contresigné par

un acte public la leçon donnée par la nature.

Les strophes de la IXe veille de la Justice prennent maintenant tout leur sens. Elles s'opposent aux strophes si hautaines de Vigny sur l'indifférence de la nature qui ne sent pas nos adorations et se nourrit de l'hécatombe de nos morts. Elles apportent, sur le droit naturel des hommes, une théorie neuve et forte dont les conséquences se dérouleront à travers nos réformes morales.

Nous pouvons maintenant comprendre et classer les différentes attitudes prises par le poète devant la Nature. Il a prononcé d'abord des paroles de blâme, puis des paroles de résignation, enfin des paroles de respect et de gratitude. Le sentiment de la nature, suivant la courbe de la philosophie du poète, a passé de l'effroi à l'admiration confiante, de la plainte à l'amour.

La première partie du poème de la Justice aboutit au désespoir, à l'anathème, à la passion du néant. Déjà dans les Vaines Tendresses et les Solitudes on rencontre souvent des chants de deuil qui orchestrent la sombre voix que le poète lance, comme une protestation, contre les scandales de la Nature :

(juani! la nature en nous mit ce qu'on Domine l'âme, Elle a contre elle-même armé son propre enfant; L'esprit qu'elle a fait juste au nom du droit la blâme, Le cœur qu'elle a fait haut la méprise en rêvant.

Avec elle longtemps, de toute ma pensée

Kt de tout mon amour, j'ai lutté corps a corps,

Mais sur son œuvre inique, et pour l'homme insensée, Mon front et ma poitrine ont hrisé leurs efforts.

Sa loi qui par le meurtre a fait le choix des races, Abominable excuse au carnage que font Des peuples malheureux les nations vnraces, De tout aveugle espoir m'a ville l'éme a fond.

(Les Vaines Tendresses. — Sur la Mort.)

Après un examen plus approfondi de l'univers, le poète aboutit à une résignation un peu mélancolique, mais vite ennoblie et redressée par la pensée stoïcienne. De là cette fin du poème des Destins où le courage enfin reconquis s'exprime en des vers simples et rigides, comme des vers d'oracle :

Oui, Nature, ici-bas mon appui, mon asile, C'est ta fixe raison qui met tout en son lieu; J'y cmis. et nul croyant plus ferme et plus docile Ne s'étendit jamais sous le char de son Dieu.

Enfin, dans la Justice, le poète soulevé par son respect et son émotion devant les progrès de l'ordre prononce des paroles religieuses. Il éprouve le sentiment des hommes primitifs frappés par la grandeur des choses, mais ce sentiment est éclairé par la connaissance des lois delà vie. Cette

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religion nouvelle n'est plus apportée par la crainte, puisqu'elle est imposée par le savoir. La nature se pare d'un caractère divin, lorsqu'elle se dresse devant l'homme pour lui apprendre son devoir par la voix du remords et de l'allégresse :

Le remords, c'est la voix de la nature entière, Qui dans l'humanité gronde son héritière....

Et je sais maintenant d'où nous vient l'allégresse Qui nous monte du cœur au front, et le redresse,

Et l'illumine chaque fois Que l'âme, en affrontant ce <jue la chair abhorre, Soumet la vie à l'ordre, et, sage, collabore

A J'Idéal avec les lois.

C'est toute la nature en nous-mème contcnle. Louant l'humanité pour elle militante.

Le poète enfin rasséréné met fin au combat de la raison et du cœur, et conclut que la Justice est proclamée par « le suffrage entier du Ciel et de la Terre et par le sacre universel ». Par l'observation de la nature et la seule méditation des lois de la vie, le penseur qui cherchait la paix arrive à la joie, car je ne connais pas de cri plus triomphant que celui qui sillonne la fin de la IXe veille. Un grand geste de victoire soulève la conclusion de ce poème qui se contractait d'abord dans la peur et Tétonnement :

Oh! que penser est doux quand l'étude est féconde! J'en frissonne : un rayon dont la clarté m'inonde Dessille mes veux entr'ouverts!

Le respect de tout homme est la justice même : Le juste sent qu'il porte an commun diadème

Qui lui rend tous les fronts sacrés.

Nuire à l'humanité, c'est rompre la spirale Où se fait pas à pas l'ascension morale

bout les mondes smit les degrés.

La nature qui invitait au massacre devient conseillère d'héroïsme, et le poète suit l'élan même de la vie en proclamant qu'un acte juste et une pensée d'amour collaborent à l'aspiration universelle et se prolongent et retentissent à travers l'infini du temps :

Et je sais < j u i' l'ébranlement Qu'en battant pour le bien mon cœur ému fait naître, Humble vibration du meilleur de mon être,

Se propage éternellement.

Un dernier enseignement semble sortir de cette méditation du poète. C'est que le sentiment de la nature ne se confond pas avec ce sentiment de luxe, aujourd'hui si banal, qui orne les âmes oisives, ni avec ce sentiment trop livresque qui offre des divertissements élégants à nos heures mélancoliques. Le véritable amour de la nature est aussi difficile à connaître que le bonheur. Comme le bonheur, il est une conquête, puisqu'il est la récompense d'une ascension. Le poète nous avait appris que le bonheur est l'art d'aimer, c'est-à-dire l'art de monter. Maintenant il ajoute

que le sentiment de la nature est la compréhension de cette montée laborieuse, de cette passion douloureuse de la nature à travers les formes de la vie qui mènent aux régions du respect et de la dignité. La nature semble s'offrir à l'homme comme une fontaine publique, car elle n'est pas une aristocrate dédaigneuse ; elle préfère les simples, et le bruit de ses sources retentit dans les cœurs qui renient ou ignorent les mensonges et les artifices. Mais cette fontaine publique ne coule pas dans nos carrefours humains, dans la région troublée par le fracas de nos batailles, ou dans les séjours de choix où nous allons apaiser nos neurasthénies. Elle est enveloppée de mystère et de silence et ne rafraîchit que les sommets. Après des marches laborieuses à travers les plaines altérées et dans les sentiers de montagne sillonnés de ravins et traversés par l'orage, nous la découvrons enfin dans sa fraîcheur et dans son éclat : alors elle nous désaltère en donnant la paix et le réconfort de la fontaine de Jouvence, je veux dire la connaissance des lois de la vie, le rythme souverain de l'ordre, le sentiment passionné de l'aspiration universelle que les formes de la nature traduisent et chantent.

Dans cette enquête si hardie, Sully Prudhomme a -ravi la voie de la sagesse. Il a suivi l'exemple des plus grands, de Marc-Auréle. de Spinoza et de Gœthe. Il a trouvé la vérité et le repos en rattachant l'homme à la nature, en hrisant l'anthropocentrisme, en cherchant les leçons de l'ordre et de la paix, non plus dans les prescriptions humaines branlantes et contradictoires, mais dans le livre ouvert à tous et dans le rythme de la vie. Marc-Aurèle demandait à l'univers de lui révéler ses actes essentiels, c'est-à-dire ses lois, pour trouver dans l'évolution de la vie la règle de l'humanité. La sérénité de Spinoza, son air doux et grave devant les choses apaisait les contrastes de la vie par la compréhension, et Goethe écoutait la voix pacificatrice de son maître, quand il écrivait, dans un fragment intitulé Granit, ces lignes qui déterminent la méthode de la sagesse : « .le ne crains pas d'être accusé de contradiction, si je passe de la peinture du cœur humain à l'étude du granit, ce fils le plus ancien, le plus profond, le plus immuable de la nature : car toutes les choses naturelles ont une connexion

entre elles. » Le livre de Sully Prudhomme adresse un aussi pressant appel aux moralistes et aux savants. Ils ne doivent plus élaborer leur œuvre dans l'indépendance d'une solitude ombrageuse. Il est nécessaire qu'ils se rapprochent. Le moraliste doit être un savant, et le grand savant doit tirer de son labeur les conclusions sur la vie morale des hommes. Ni la noblesse de la morale ni la sévérité de la science ne seront compromises dans ces féconds -rapprochements. La vérité n'a pas à redouter les reproches de la vertu et de la beauté. L'art et la morale ne seront pas corrompus par le contact de la vie. Au fond du creuset de la vie, on trouve les énergies initiales d'où sortent toutes les manifestations de l'existence. La vérité et la beauté sont des forces naturelles, et le moraliste et le savant ne peuvent plus méditer sur des plans parallèles, comme des adversaires séparés par un gouffre insondable.

Comprenons la leçon qui sort de ces livres. L'observatoire humain est obligé de se déplacer. Au lieu de le fixer dans la pensée de l'homme, il faut le transporter à travers la nature et rattacher l'effort humain aux énergies naturelles. La pédagogie humaniste, qui s'appuyait sur les leçons de

l'antiquité, c'est-à-dire sur l'étude «Je l'homme, doit s'élargir en renonçant au préjugé séculaire enfin signalé : la distinction superbe et fragile de la nature et de L'homme. La morale humaine fondée sur cette distinction a une beauté incontestable qui a soutenu de nobles existences dans la résignation ou dans l'amertume; mais elle se réduit à une construction idéologique que les vents de la discorde ont affaiblie et dont il convient de garantir les parties fortes sur une étude plus complète de l'univers. L'humaniste jouait un rôle bienfaisant et nécessaire quand l'esprit de l'homme, égaré par l'orgueil humain, cherchait en lui-même l'explication de la vie et la norme de l'humanité. Mais il n'est plus possible de se désintéresser des problèmes nouveaux que la connaissance de la nature pose devant la pensée et qui retentissent sur nos conceptions morales. Le long regard jeté par Marc-Aurèle, (lœthe et Spinoza sur la nature et l'humanité a surpris des connexités là où l'homme ne voyait que des contrastes. Le jour où Montesquieu rattachait l'étude des lois humaines à L'étude des lois naturelles, il créait les sciences morales et il apportait une méthode pour bâtir un nouvel édifice. Une

méthode nouvelle découpe un champ nouveau dans le domaine de la recherche, et quand elle élargit la prise de la pensée sur le monde au point d'égaler l'ampleur de la raison à la diversité et au progrès de la vie, je comprends l'émotion des esprits devant les vérités qui se lèvent : les parties de l'édifice humain, jugées les plus inébranlables, tremblent dans leurs fondements. C'est le souffle des vérités profondes qui passe, et qui apporte à la raison des sages les appuis de la vie, enfin découverts et consolidés.

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