‹ Sully-PrudhommeChapitre 2 sur 10 · SI JE POUVAIS · texte numérisé non relu

SI JE POUVAIS

Si je pouvais aller lui dire :

« Elle est à vous, et ne m'inspire Plus rien, même plus d'amitié ; Je n'en ai plus pour cette ingrate ; Mais elle est pâle, délicate :

Ayez soin d'elle par pitié.

« Ecoutez-moi sans jalousie,

Car l'aile de sa fantaisie

N'a fait, hélas ! que m'etïleurer ;

Je sais comment sa main repousse,

Mais, pour ceux qu'elle aime, elle est douce.

Ne la faites jamais pleurer. »

Si je pouvais aller lui dire :

« Elle est triste et lente à sourire ; Donnez-lui des fleurs chaque jour, Des bluets plutôt que des roses :

C'est l'oS'rande des moindres choses Qui recèle le plus d'amour. »

Je pourrais vivre avec l'idée

Qu'elle est chérie et possédée

Non par moi, mais selon mon cœur...

Méchante enfant qui m'abandonnes, Vois le chagrin que tu me donnes :

Je ne peux rien pour ton bonheur 1

Et plus angoissant encore est l'adieu à celle qui est morte pour lui ou qui, du moins, devrait l'être, mais dont le souvenir le tourmente :

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