‹ Sully-PrudhommeChapitre 6 sur 10 · REVUE DES COURS ET CONFÉRENCES · texte numérisé non relu

REVUE DES COURS ET CONFÉRENCES

Les anciennes ont l'air de veuves Qui se souviennent en pleurant.

Les lézardes de leur vieux plâtre Semblent les rides d'un vieillard ; Leurs vitres au reflet verdâtre Ont comme un triste et bon regard I

Leurs portes sont hospitalières, Car ces barrières ont vieilli ; Leurs murailles sont familières A force d'avoir^accueilli.

Les clés s'y rouillent aux serrures, Car les cœurs n'ont plus de secrets ; Le temps y ternit les dorures, Mais fait ressembler les portraits.

Des voix chères dorment en elles, Et dans les rideaux des grands lits Un souffle d'âmes paternelles Remue encor les anciens plis...

Et le poète conte l'effritemenl de toutes ces choses que les vieilles maisons recèlent : l'agonie de la grande poutre transversale qui portait le logis entier ... Les enfants qu'elle a vu naître, ingrats, la mettront au feu...

Et, quand ils l'auront consumée.

Le souvenir de son bienfait S'envolera dans sa fumée.

Elle aura péri tout à fait.

Dans ses restes de toutes sortes Eparse sous mille autres noms, Bien morte, car les choses mortes Ne laissent pas de rejetons.

Comme les servantes usées S'éteignent dans l'isolement, Les choses tombent méprisées.

Et finissent entièrement.

C'est pourquoi, lorsqu'on livre aux flammes Les débris des vieilles maisons.

Le rêveur sent brûler des âmes Dans les bleus éclairs des tisons.

Plus sereine et plus tendre en son émotion pénétrante est ia louange de la Grande Allée :

SULLY prud'homme Ï2t~~

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