‹ Sully Prudhomme: Poète Sentimental Et Poète PhilosopheChapitre 12 sur 45 · NAT · texte numérisé non relu

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non pas échanges de paroles, mais tacites communications de pensées et de sentiments, mystérieuse télépathie par où se révèle, d’un cœur à un autre cœur, la totale entente et la parfaite harmonie, silence « à demi rompu tous les jours », « feintes rigueurs » et « secrètes indulgences », « frisson du bras où se pose la main qui tremble », page qu’on tourne à deux «et que pourtant on ne lit pas », tout ce muet langage du sentiment était plus éloquent à son gré que les transports les plus passionnés ou la déclaration la plus brûlante. Ce n’étaient pas les préliminaires de l’amour ; c'était l'amour lui-même en ce qu’il a de plus exquis et de plus pur, l'amour à son « meilleur moment », dans la fraîcheur et la

1 spontanéité de son premier éveil :

Heure unique, où la bouche close Par sa pudeur seule en dit tant | Où le cœur s'ouvre en éclatant Tout bas, comme un bouton de rose,

Où le parfum seul des cheveux Paraît une faveur conquise.

Heure de la tendresse exquise

Où les respects sont des aveux (1) 1

À une certaine conception de l’amour correspond naturellement une certaine conception de la beauté. Les variations de la mode féminine, dont les moralistes ont coutume de sescandaliser ou de sourire, ne sont peut-être pas aussi capricieuses qu’elles le paraissent. La femme, de siècle en siècle et de génération en génération, s’ingénie instinctivement à réaliser l'idéal, —— idéal moral et idéal plastique, — que se forment d’elle les hommes de son! temps. A plus forte raison les poètes ne se représentent, — et ne nous représentent, —la femme qu'ils aiment, Cassandre, Elvire ou Eva, maîtresse réelle ou Iris en l’air,qu’en la parant de toutes les

(1) Siances et Poèmes : Le meilleur moment des amours.

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