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la pousser jusqu’au bout, le succès de sa tentative ? nous ne pouvons le savoir, Ce que nous savons, c’est que les poètes de l’épo-
que impériale qui se sont aventurés dans le domaine de la poésie scientifique et philosophique, les Delille, les Esménard, les Fon-
tanes, les Chênedollé, les Népomucène Lemercier, n’ont laissé
après eux aucune œuvre qui vaille, faute de génie, sans doute, faute d’avoir de la philosophie et de la science autre chose qu’une connaissance superficielle et de seconde main, faute aussi d’avoir trouvé dans la langue et dans la versification de leur temps les ressources appropriées à l'exécution de leurs vastes desseins (1).
Le romantisme rendit l’essor à la poésie, mais ce ne fut qu’en
l’allégeant du lourd bagage de plate érudition dont la vogue du genre didactique l’avait encombrée, et en lui donnant les ailes de
la fantaisie et du rêve. Si les grands poètes de l’école romantique .
ont mis dans leurs vers une philosophie, cette philosophie, je l’ai dit plus haut, n’est que l'expression de leurs intuitions per-
sonnelles, de leurs aspirations et de leurs espoirs, ou de leur déses-
À pérance. S'ils ont quelquefois célébré les progrès de l'esprit hu-
main et les conquêtes de la science, ils l’ont fait de confiance et
sans avoir par eux-mêmes, — il ne serait que trop facile de l’établir, — aucune notion exacte et précise de ces merveilles sur lesquelles leur imagination s’échauffait. Encore, pour réconcilier la
poésie avec la science ont-ils attendu le milieu du siècle, et ontils été portés comme malgré eux par cette vague de positivisme
dont j'ai déjà rappelé la montée irrésistible, à l’heure même où: Sully Prudhomme débutait dans la littérature. C’est aux poètes
de sa génération qu’il appartenait de renouer la tradition de la grande poésie philosophique etscientifique. Il en a eu plus que tout autre l’ambition et la volonté. Il suffit, pour en être assuré, de
rappeler quels ont été ses modèles et ses maîtres. C’est en tradui-
- sant le poème de Lucrèce qu'il a assoupli le style poétique à l’expression des idées abstraites, et il a mis sous l’invocation de Chénier la première des deux œuvres de longue haleine qui devaient,
- (1) Voir sur cette question l’étude très complète de M. C.-A. Fusil, La Poésie scientifique de 1750 à nos jours, Paris, 1918.