LA POÉSIE PHILOS
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ALT (Eee L PE ÿ ù les uns après les autres, tous ces biens qui ne sont pour nous que
des maux déguisés ou des sources-de peines : l'amour qui nous
fuit, le sommeil que suit le réveil, l'illusion qui nous leurre, l’espérance qui nous trompe, la beauté qui nous déçoit, la vérité qui se dérobe à notre étreinte, la liberté qui engendre les tortures mo-
rales, la responsabilité et le remords : .
La Terre depuis lors accomplit les années Marchant à pas constants sous des signes divers, Renouvelant le cours sans fin des destinées
Selon les jours, les nuits, les printemps, les hivers. Elle emporte avec l’homme et l’amour et la haine, Ensemble ou tour à tour, et la joie et la peine,
La lyre et les marteaux, et l’or et les sueurs,
Et la paix et la guerre, et le rire et les pleurs ; Combinaison profonde et d’espoir et de crainte, Et de libre vouloir et de force restreinte,
De loisir, de travail, de gloire, de péril,
De méritoire effort, d’instinct méchant ou vil.
De vertu, de malheur, d'honneur et de martyre ! C’est le mieux combattu sans cesse par le pire.
Le Génie du Bien intervient de con côté. Il veut, lui, faire de ce
même monde le meilleur des mondes possibles. Et, comme il
pense que le bonheur suprême est dans l’amour, il songe à faire de la terre non pas un seul être, mais deux êtres qui vivront sans fin l’un pour l’autre. Mais il y a un bonheur plus haut, plus pur que l’amour : c’est la science. Le Génie du Bien rêve d’un monde qui serait un être unique en contemplation éternelle devant la
vérité. Mais il y a quelque chose de plus beau encore que l’amour et que le savoir ; c’est le sacrifice. Et pour que le sacrifice existe,
il faut en fournir la matière ; pour que les créatures qui peuple-
ront ce globe, puissent s’élever par le dévouement et l’abnégation jusqu’à la félicité suprême, il faut de toute nécessité qu'on leur
- en donne l’occasion et le moyen ; il faut, dans ce meilleur des mondes possibles, réintégrer la maladie, la douleur, la liberté et la
mort.
La Terre, depuis lors, accomplit ses années, Marchant à pas constants sous des signes divers, Selon les jours, les nuits, les printemps, les hivers, Renouvelant le cours sans fin des destinées.
Elle emporte avec l’homme et la haïne et l'amour,
Et la peine et la joie ensemble ou tour à tour,
Et les sueurs et l’or, les marteaux et la lyre,
Et la guerre et la paix, et les pleurs et lerire; Combinaison profonde et de crainte et d’espoir, Et de force restreinte et de libre vouloir,
De travail, de loisir, de péril et de gloire, D'’instinct méchant ou vil et d’effort méritoire, De martyre et d'honneur, de malheur, de vertu ! Le pire par le mieux sans cesse combattu.
Ainsi c’est le contraire, et cependantc’estla même chose. Aïnsi
le meilleur des mondes, et aussi le pire, c’est le nôtre, et c’est le
- seul qui puisse exister. Telle est la loi que nous révèle la Nature, loi à laquelle le philosophe, éclairé par la raison, se soumet sans hésiter et sans se plaindre.
Oui, Nature, ici-bas mon appui, mon asile,
C’est ta fixe raison qui met tout en son lieu ;
J’y crois, et nul croyant plus ferme et plus docile Ne s’étendit jamais sous le char de son Dieu.
Fais-moi crier longtemps, fais-moi crier encore, S’il te faut ces cris-là pour ébranler aux cieux Quelque rayon vibrant d’une étoile sonore Dans un chœur sidéral invisible à mes yeux ;
Pour nourrir une fleur, de tout mon sang dispose, Si quelque fleur au monde aspire un suc pareil ; Tu peux tuer un homme au profit d’une rose,
Toi qui, pour créer l'homme, éteignis un soleil.
Mille êtres par leur mort m’alimentent moi-même. L’eau même que je pleure est faite à leurs dépens ; Nature, c’est pourquoi j’approuve, sans blasphème, L’emploi mystérieux des pleurs que je répands.
Ignorant tes motifs, nous jugeons par les nôtres : Qui nous épargne est juste, et nous nuit, criminel. Pour toi qui fais servir chaque être à tous les autres, Rien n’est bon ni mauvais, tout est rationnel |
Eh bien | j’imiterai ta sagesse sacrée,
Et puisque tes arrêts, pour moi respectueux, M'ont laissé le vouloir qui choisit et qui crée,
Je veux que mon effort se concerte avec eux ;
Arrêtant mes désirs sur leur fougueuse pente, J’écouterai parler, de tes intimes voix,
La plus impérative et non la plus ardente, Pour démêler ma règle entre toutes tes lois ;
Ne mesurant jamais sur ma fortune infime Ni le bien ni le mal, dans mon étroit sentier J'irai calme, et je voue, atome dans l’abîme, Mon humble part de force à ton chef-d’ œuvre éntièr,
C’est toujours trahir plus ou moins un poème que de le résumer.
Maïs plus que jamais peut-être l'analyse est-elle perfide quand elle s’applique à un poème philosophique. Le charme des images s’éva-
nouit, l’harmonie des vers se dissipe ; il ne reste qu’un enchai- - nement de prospositions qui prend figure de théorème. Celui-ci a des mérites proprement poétiques que seule une lecture com- plète permet d'apprécier. Il y a de la variété et du goût dans le
choix des rythmes. Il y a de la vigueur dans la description dece ne
monde en formation, rondeur molle et blème, chaos mouvant, masse indécise oscillant avec lenteur sur ses pôles énormes, sem- blable à un serpent gigantesque qui se tordrait dans ses nœuds. Il y a du pathétique dansla situation de cette Terre, notre Terre, celle dont nous partagerons la destinée, offerte comme une proie aux caprices du sort,inerte, mais prenant peu à peu et confusément conscience d’elle-même et de ce qui l’attend, soupirant sous les arrêts brutaux du Génie du Mal,
Comme avant la tempête une mer qui moutonne Ou comme un grand feuillage aux haleiïnes d'automne ;
ou bien tressaillant d'espoir aux perspectives heureuses que lui ouvre le Génie du Bien, Comme un cheval qui veut que la course commence,
Et cesse de hennir, et d’un ardent regard Epie en frémissant los signaux du départ.
Il y a une source de très noble et très grandiose lyrisme dans l'allégresse contenue, dans la résignation enthousiaste avec laquelle le poète, dans l’épilogue que je citais en partietout à l’heure, adhère aux volontés de la Nature, et s’abandonne sans réserve aux lois de l'Univers. Ce sont là autant d’éléments de beauté, mais en dépit de tous les efforts du poète, cette beauté reste froide, parce que les émotions qu’elle produit en nous demeurent trop sbric-