‹ Sully Prudhomme: Poète Sentimental Et Poète PhilosopheChapitre 28 sur 45 · TAC ERTEEN VE TEM7C ER · texte numérisé non relu

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tement confinées dans l’ordre intellectuel. Sully Prudhômme a conçu la poésie philosophique d’une manière originale et neuve par rapport à la grande génération de poètes qui l’avait immédiatement précédé. Il a voulu lui donner les caractères qui sont ceux de la science elle-même, la logique rigoureuse, l’absolue objectivité. Il a été victime de sa propre conception. Le Génie du Mal et le Génie du Bien ne sont que des abstractions personnifiées, que des idées qui se développent. Cet anthropomorphisme un peu naïf n'arrive pas à faire illusion au lecteur. Celui-ci honore une pensée toujours élevée et pure, mais il se refuse à se laisser émouvoir par une œuvre qui s'adresse trop exclusivement à son esprit, qui ne tient pas assez de compte de la double nature des êtres de chair et de sang que nous sommes, et que nous serons toujours.

L'accueil fait aux Destins se ressentit du caractère ambigu de l’œuvre. Elle ne plut pas aux purs poètes, comme Banville {1). Elle ne fut pas comprise autant que Sully Prudhomme l'aurait souhaité de ceux qui lui auraient paru devoir prendre quelque intérêt au jeu des idées. Il se plaignit qu’Anatole France eût vu dans les Génies du Bien et du Mal deux principes antagonistes intervenant concurremment dans la formation de monde, tandis que chacun d’eux, pris isolément et logiquement poussé àses dernières conséquences, était non pas contraire à l’autre, mais équivalent (2). Il avait en tête d’autres essais de poésie philosophique : un poème sur la Pensée, qui avait peut-être quelque rapport avec celui qu’on trouve dans le Prisme sous le titre de Mélaphysique, un autre sur le principe des Cultes, qui est devenu, certainement celui-là, le Tourment divin inséré dans le même recueil ; non pas

poèmes à vrai dire, mais longues pièces en mètres variés, pas

(1) Voir les Lettres à une amie.

(2) Ibidem.

‘assez longues poërtant pour que Pabstraetiône re fUeUa

l'attention du lecteur, relevées d’ailleurs çà et là de grandes com-

p araisons largement développées qui la reposent et la UREE TE

Comme on voit à Noël toute une cathédrale - Surgir illuminée en pleine nuit d’hiver ;

La crypte, secouant sa torpeur sépulcrale,

Réveiller les rougeurs de ses lampes de fer ;

Puis, plus haut, dans la nef où déjà l’encens fume, Les ténèbres autour des piliers tressaillir,

Et les feux qu’un tison de lustre en lustre allume Au bout des cierges poindre et tour à tour jaillir :

124 Puis, par degrés montant et croissant, la lumière Gravir le maître autel sur les grands chandeliers

Qui, de plus en plus beaux d’ouvrage et de matière, Vers la coupole d’or s’étagent par milliers ;

Ainsi tout l’univers, temple aux arches énormes, Et ses porte-flambeaux sont les vivantes formes Où la Pensée AbtA GS, couve, palpite et luit…

Malgré tout il avait peur de « noyer le sentiment dans l’abstrac-

Par degrés s’illumine en son antique nuit, DORA

tion philosophique » ; les tentatives auxquelles il se livrait « le 1 »

laissaient perplexe » (1) ; ; il enfermait ses ébauches dans son tiroir ! et consacrait ses loisirs à la préparation du recueil des Vaines Ten-

dresses ou à la composition d'œuvres de lecture moins difficile, — ;

la Révolie des fleurs par exemple, — quand un événement qui eut un grand retentissement en France et dans tout le monde sa-

vant réveilla son enthousiasme pour la poésie scientifique et lui

offrit le plus beau sujet qu'il pût concevoir. Le 15 avril 1875, trois aéronautes, trois pionniers de la science, Sivel, Crocé-Spinelli et Gaston Tissandier montaient vers le ciel

dans le ballon /e Zénith. Ils voulaient explorer les régions atmos-

phériques à des hauteurs où l’homme n’avait pas encore atteint, et rapporter de là un riche trésor d'observations et d'expériences. : Le départ se fit à 11 heures 35 de l'usine à gaz de la Villette. Le ballon s’éleva « au milieu d’un flot de lumière, emblème de la j joie

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et de l'espérance ». L’ascension fut rapide et sans incidents. A ds 7.000 mètres, les trois aéronautes étaient debout dans la nacelle, 18 et contemplaient avec émerveillement «le spectacle sublime » qui s’offrait à leurs yeux. « Des cirrus de formes diverses, les uns allongés, les autres légèrement mamelonnés formaient autour d’eux un cercle d’un blanc d'argent. En se penchant en dehors de la nacelle, ils apercevaient comme au fond d’un puits, dont les cirrus et la buée inférieure eussent formé les parois, la surface terrestre qui apparaissait dans les abîmes de l’atmosphère. Le ciel était Er: d’un bleu clair et limpide, le soleil ardent... » À 7.500 mètres, ils | éprouvaient une joie intérieure et comme un effet de ce rayonnement de lumière qui les inondaïit.… Ils ne pensaient plus à la situation périlleuse où ils se trouvaient, ni à la catastrophe possible ; ils montaient et ils étaient heureux de monter. A 8.000 mètres, * Tissandier tout à coup ferma les yeux et perdit conscience de #5 lui-même. Au bout d’une demi-heure, il revint à lui. Le ballon. : descendait rapidement ; Crocé et Sivel étaient évanouis. Il se D rendormit. Quelqu'un le réveilla. C'était Crocé. « Jetez du lest, dit-il, nous descendons. » On jeta par-dessus bord des instruments, des boîtes, des couvertures... Le ballon remonta. Tissandier ferma de nouveau les yeux : il lui sembla qu’il s’endormait, d'un sommeil éternel.

A trois heures et demie, il reprit connaissance. Le ballon descendait avec une vitesse inquiétante. Ses deux compagnons étaient . accroupis dans un coin de la nacelle, la tête cachée sous leurs couvertures. « Sivel, Crocé, réveillez-vous ! » Sur les genoux il se traîna jusqu’à eux. Il rassembla ses forces et essaya de les soule-. ver. Ils avaient les yeux ternes et la bouche ensanglantée : ils étaient morts. La terre se rapprochait toujours. La nacelle arriva au contact du sol ; elle se mit à glisser à plat sur les champs, avec des bonds effrayants et une vitesse vertigineuse, jusqu’à ce que le ballon allât s’éventrer contre un arbre. Ceci se passait à Ciron, dans l'Indre. Il était quatre heures du soir. À Paris fit aux deux martyrs« des funérailles magnifiques». Des <a orateurs exaltèrent leur courage et le donnèrent en exemple. Le pe survivant raconta longuement dans une lettre que publia la

Non

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