OSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUE HAS
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Revue scientifique et dans un article dela Nalure(1)le drame dont
1l demeurait le seul témoin. Lecteur assidu et collaborateur de
ces deux périodiques, Sully Prudhomme s’inspira de ce récit pour
écrire un poème de trois cents vers, un des plus beaux qu'il ait TONNES
composés. Une œuvre de ce genre ne s'analyse point. J'en détache-
rai seulement les deux passages les plus émouvants, celuioù le
poète décrit l’ascension vertigineuse des trois téméraires, et la conclusion, d’une fermeté de pensée admirable et d’un magni- fique mouvement, où il glorifie leur sacrifice.
Ils montent ! le ballon qui pour nous diminue AE Ve: Fait pour eux s’effacer les contours de la nue, ; NUPR S’abîmer la campagne et l’horizon surgir S'EME ADEME Grandissant.. comme on voit sur une mer bien lisse
Que du bout de son aile une mouette plisse, NA PA Autour du point troublé les rides s’élargir. RAT: Les plaines, les forêts, les fleuves se déroulent, War
Les monts humiliés en s’allongeant s’écroulent ;
Le cœur semble se faire, à la merci des cieux, Un berceau du péril dont pourtant il frissonne,
Et regarde sombrer tout ce qui l’emprisonne c Avec un abandon grave et délicieux...
- Ils n’ont pas peur, non. Mais en eux la chair tressaille « par un instinct d'enfant ». La chair n’est pas faite pour ces destinées vagabondes ; il lui faut la terre et ses horizons tout proches ; il lui faut l’air, et l'air va lui manquer.
La chair, au sol vouée, implore la descente, L'esprit aïlé lui crie un sursum infini.
Maître, dit-elle, assez |! mon angoisse m’accable… NN Plus haut ! lui répond-il. Et d’un jong flot de sable ‘ “ L’équipage allégé se rue au ciel profond.
— O maître, quel tourment ta volonté m'inflige |
Je succombe.— Plus haut ! — Pitié !— Plus haut, te dis-je, Et le sable épanché provoque un nouveau bond.
— Grâce, mon sang déborde et je n’ai plus d’haleine. — Plus haut ! — Arrêtons-nous, maître, je vis à peine.
À (1) Revue scientifique du 24 avril 1875.— La Nature du 1°r mai 1875. C'est au récit publié par ce périodique qu'ont été empruntés les détails donnés ci- l
dessus. :
Ke 4 1 SULLY PRUDHO
La __ Monte.—Oh ! cruel, encor ?— Monte, esclavel— Encore ?— Oui! ARIMais, épuisée enfin, la chair plie et s’affaisse, 5 5 Et, comme un feu sacré dont se meurt la prêtresse, L’esprit abandonné s’abat évanoui...
Un seul s’est réveillé de ce funèbre somme,
Les deux autres. Ô vous, qu’un plus digne vous nomme, Qu’un plus proche de vous dise qui vous étiez !
Moi, je salue en vous le genre humain qui monte, Indomptable vaincu des cimes qu'il affronte,
Roi d’un astre, et pourtant jaloux des cieux entiers !
L'espérance a volé sur vos sublimes traces, Enfants perdus, lancés en éclaireurs des races Dans l’air supérieur à nos songes trop cher, Vous de qui la poitrine obstinément fidèle, Défiant l’inconnu d’un immense coup d’aile, Brava jusqu’à la mort l’irrespirable éther.
Mais quelle mort ! la chair, misérable martyre, Retourne par son poids où la cendre l’attire ; Vos corps sontrevenus demander des linceuls ; Vous les avez jetés, dernier lest, à la terre, Et, laissant retomber le voile du mystère, Vous avez achevé l'ascension tout seuls!
Sully Prudhomme avait écrit son poème, d’enthousiasme, en quelques semaines. Dès le mois de juin la pièce était sur le chantier ; à la fin de juillet elle était terminée. Le poète travaillait avec joie ; il avait « le pressentiment d’un poème réussi (1) ».. L'œuvre achevée, il s’empressa de la porter à la Revue des Deux Mondes. La Revue des Deux Mondes n’en voulut pas. Buloz n'’ai-. mait pas les vers, surtout peut-être les vers de ce genre-là. Il exigeait qu'ils lui fussent lus avant d’être insérés, et il n’était: jamais disposé à les entendre. Fort heureusement le Zénith trouva presque:
aussitôt un asile dans la troisième série du Parnasse contemporain.
Il y parut dans les premiers mois de 1876, et il y fut remarqué. M°% Ackermann, bon juge en matière de poésie philosophique, l’admira. « C’est une pièce que je lui envie ! » disait-elle en parlant. de Sully Prudhomme (2). Parmi les amis et conseiliers ordinaires
( Lettres à une amie. KL (2) Ibidem. 5 ] j
que je trouve ma voie, écrivait-il à sa confidente. Es 0 unanimité ; et vous, qu’en pensez-vous (1) ? » J’ignore ce qu’elle répondit. Mais il est naturel, quand on est partagé entre deux avis, qu'on se rallie à celui pour lequel secrètement on penche. Sully Prudhomme se sentit confirmé dans son goût pour la poésie philosophique, et encouragé à de nouvelles et plus i impor-
tantes tentatives dont il nous reste à faire l’histoire et à mesurer k succès.
Fi Leitres à une amie.
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