LES IDÉES ET LES GOUTS LITTÉRAIRES, LA COMPOSITION
Envisagée au point de vue de l’art qui a présidé à son exécution, ÿ, l’œuvre d’un poète se suffit à elle-même. Le critique qui l'étudie LEA n’a pas besoin d’autres documents. Nous n’en avons pas su Homère, et nous en avons peu sur Shakespeare. Il est possible que l’un ne soit qu’un nom, et l’autre qu’un prête-nom. IH n'y en a pas moins un art shakespearien et un art homérique, et on peut les définir aussi sûrement que si les auteurs en personne s’étaient donné la peine de nous expliquer ce qu’ils ont voulu faire et de quels procédés ils se sont servis. Est-ce à dire que nous devions, le cas échéant, négliger de telles déclarations ou repousser de telles confidences ? Bien au contraire. Si l’ important, en art 0m n’est pas d’avoir eu des intentions, mais de les avoir réalisées, ni. Ar d’avoir professé des doctrines, ou même de les avoirappliquées, mais d’avoir créé de la beauté, l’historien ne peut pas cependant se plaindre d’avoir à sa disposition une source d’information supplémentaire qui lui permet de contrôler ses impressions et de confirmer ses jugements. En ce qui regarde Sully Prudhomme, cette source est particulièrement abondante. Son Journal intime, ses Lellres à une amie, sa correspondance avec Lafenestre, ses manuscrits et ses brouillons nous permettent de pénétrer assez, avant dans sa conscience et dans ses habitudes d'écrivain. Les préfaces qu’il a mises à ses poèmes ou à ceux d'autrui, la série d’opuscules qu’il a réunis sous le titre significatif de Teslament poétique ne laissent dans l’ombre aucune des questions qu’il s’est