‹ Sully Prudhomme: Poète Sentimental Et Poète PhilosopheChapitre 38 sur 45 · SR OR EN PP ANS · texte numérisé non relu

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L’ART : LA COMPOSITION ‘1208

L’inventaire des idées et des goûts littéraires de Sully Pru-

dhomme nous permet déjà de pressentir les principes qui l’ont

dirigé dans le choix de ses procédés techniques. On ne sera pas

surpris qu’un esprit réfléchi et consciencieux commelesien, rompu

à la méthode scientifique et à l'argumentation philosophique, ait dès la première heure attaché un prix tout particulier à la composition. Si on l’en croit, c’est en 1862 qu'il aurait eu la révélation de ce qu'est une œuvre bien composée. Le vendredi 3 octo-

bre, il écrit dans son Journal : « N'oublions pas, ce matin, lec-

ture de vers à Ruffin ». — Alfred Ruffin avait été au Lycée Bonaparte, dans la classe de M. Deltour, son « premier émule » en poésie ; c’est à lui qu’il devait dédier, en 1886, le Prisme, « comme au plus incorruptible des juges ». — « I] a le goût sûr et le génie de la composition. Ce n’est que de cette année que je compose. » — Encore s’accusera-t-il un peu plus loin de composer mal.— «Unité, sobriété, propriété des comparaisons, tout est là.» A force de réfléchir sur ces points, il avait fini par se faire une poétique à son usage, dont le sommaire remplit plusieurs pages du Journal de janvier 1864. Cette poétique comporte « un principe esthétique capital, l’unité de composition », et des vues sur 4 le vrai moyen d'expression » qui est « la propriété absolue des termes ». Pour le * môment je me bornerai à résumer ce que Sully Prudhomme entend par « l’unité de composition ».

* La composition est une, ou, plus simplement, il y a composition quand tout dans l’œuvre concourt à un effet unique par la justesse parfaite des comparaisons et leur sobriété. Certaines comparaisons sont plus riches qu’on ne voudrait et introduisent des vues nouvelles qui apportent des distractions à l'esprit en détruisant l’unité d’effet ; donc simplicité extrême de la comparaison, et ce n’est pas pauvreté, c’est force et vérité. Ajoutons à cette qualité des comparaisons ce qui est plus important encore pour la composition, à savoir le rapport des idées accessoires à l’idée principale ; celles-là doivent affluer à celle-ci, comme les ruisseaux aux rivières et les rivières aux fleuves (1).

(1) Journal intime.

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204 à © SULLY PRUDHOMME

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Dans l’œuvre de tout artiste, il distinguait trois moments, qu’il

- faisait sentir par l’image suivante :

Le travail du modeleur est triple : il cherche d’abord l’attitude de son personnage, travail de composition ; puis il étudie la représentation naturelle, anatomique, des membres, travail d'expression spéciale (l’expression d’ensemble doit résulter de celle-ci, mais surtout de la composition) ; enfin il polit et achève l’ébauche de façon que la glaise soit nette, pure et lisse comme un bronze, travail un peu mécanique, mais qui sera toujours un besoin pour l'artiste élégant. J’applique cette distinction aux œuvres littéraires. Le corps humain est un excellent modèle d’unité ; il ne s’y rencontre pas de posture qu’on ne sente dans toutes les parties et jusque dans les éxtrémités ; aussi est-il un incomparable organe d’expression. Il faut que toute œuvre soit un homme, harmonieuse comme un visage. Je ne veux plus que cette image m’abandonne ; elle sera ma règle et mon modèle (1).

Ces principes, que Sully Prudhomme a développés longuement dans son livre sur l’Expression dans les Beaux-Aris, dominent toute son esthétique. Voyons dans quelle mesure il les a appliqués.

Et d’abord trouve-t-on dans ses recueils de poésies, considérés dans leur ensemble, cette unité de composition qui. est, selon lui, la loi essentielle de l’œuvre d’art. Iln’estpas question d’exiger d’un poète lyrique qu'il noue d’un lien apparent et rigide chacun des morceaux qui ont été écrits au hasard de la fantaisie etsous l’inspiration du moment. Cependant, — et les moindres versificateurs le savent, —un recueil de poésies gagne singulièrement à offrir, avec la variété qui repose l'attention, l'unité qui la fixe, et l'harmonie qui satisfait l'esprit. À plus forte raison, les grands poètes ne l’ontils pas ignoré. Qu’on examine seulement à ce point de vue les Contemplations ou La Légende des Siècles, et même l'Art d’étre grand-père ou les Quatre vents de l'Esprit. Ce souci n’était pas étranger à Sully Prudhomme. Nous l'avons déjà vu, en 1869, remanier la disposition des Siances et Poèmes, en vue de donner à son recueil de début, sinon une unité parfaite, du moins un classement plus raisonné et une ordonnance moins confuse. Dans les Soliudes, au contraire, après avoir très heureusement, disposé, entre la Première et la Dernière solitude, les pièces qui présentaient

(1) Journal intime.

L'ART : LA COMPOSITION

cette idée de la solitude morale sous tous ses aspects, il en a gâté la composition en intercalant ultérieurement entre l’Agonie et la - pièce finale une dizaine de morceaux qui n’ont pas un rapport très étroit avec le sujet général. La composition est encore plus - lâche dans les Vaines Tendresses, à telles enseignes que le poète a pu insérer çà et là, après coup, une douzaine de pièces qui ne figuraient pas dans l’édition originale. Je ne parle pas du Prisme, où

il y a classement plutôt que composition. La véritable réussite de

Sully Prudhomme, à ce point de vue, c’est l’organisation du recueil des Epreuves. Il est entièrement composé de sonnets dont aucun, pris en soi, ne dépend des autres, mais qui sont si heureusement groupés que leur suite se développe comme sur un plan

tracé d'avance, Les quatre séries entre lesquelles ils sont répartis :

Amour, Doulte, Rêve, Action, marquent la progression naturelle

des sentiments du poète ; il les a disposées selon la courbe de

sa vie, qui est, pense-t-il, la courbe de toute vie humaine :

car les hommes entre eux Sont en cela pareils, qu’heureux ou malheureux Ils ont pleuré d'amour et pensé sans connaître,

Qu'ils ont au moiïns perdu vingt printemps à rêver, Et qu'’enfin tous un jour ont voulu se lever, Et semer quelque chose avant de disparaître (1).

Il l'avait voulu ainsi, et il se demandait non sans quelque inquiétude si son dessein serait compris. « Chacun reconnaîtra-t-1l dans son âme les quatre phases auxquelles j'ai assisté dans la mienne ? Ai-je suffisamment reproduit ce drame de la vie intérieure ? Ne verra-t-on pas seulement dans ce livre une suite de sonnets faits au hasard et tant bien que mal assortis ? (2)» Noble tourment de l'artiste, qui cherche à mettre de l’unité et de l’harmonie là même - où les lecteurs ne sont pas accoutumés à en trouver et peut-être n’en chercheront point !

A plus forte raison s'est-il appliqué, dans ses grands poèmes,

(1) Les Epreuves : Au lecteur.

(2) Lettres à une amie.

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206 SULLY PRUDHOMME à

à donner à sa pensée une unité rigoureuse. Mais ici ce qui doit …

retenir particulièrement notre attention, c’est le soin avec lequel

la construction de chaque poème est adaptée à la nature du sujet …

traité et rend pour ainsi dire sensible la disposition d'esprit de l’auteur et le mouvement de la pensée. La composition symétrique des Destins marque à elle seule le souci de tenir la balance

égale entre l’optimisme et le pessimisme, et prépare le lecteur à

admettre l’exacte équivalence des deux conceptions du monde que le poète a successivement exposées. Dans la plupart des « veilles » de la Justice, la forme dialoguée, avec ce qu'a d’un peu monotone l’alternance invariable des quatorze alexandrins du sonnet et des

seize octosyllabes qui leur donnent la réplique, peint admirable-

ment le combat obscur que se livrent dans le champ clos de la conscience humaine la raison nourrie des plus récentes doctrines philosophico-scientifiques et les intuitions du cœur. Mais dans

les dernières parties, lorsque le sentiment reprend ses droits, un

élan lyrique venant du fond même de son être exalte la pensée du

poète. Dans le Bonheur, où il n’y a point discussion d'idées,

mais seulement aspiration à une vie meilleure et imagination d’un monde plus beau que le nôtre, c’est par larges tableaux que Sully Prudhomme procède: visions enchanteresses que trouble par inter-

valles, avant de les dissiper tout à fait, la plainte qui monte de la

terre des vivants. Son accent de plus en plus désolé, de plus en plus déchirant, marque les étapes de cette lenté gradation par laquelle le poète nous amène à concevoir d’abord, puis à désirer et à attendre le suprême sacrifice de Faustus et de Stella, leur renonciation totale à un bonheur sans joie. Et le poème du Zénith n'est-il pas soulevé d’un bout à l’autre par un mouvement unique, comme une ascension continue et vertigineuse dans les hâuteurs du ciel et les régions de l’idéal ? On peut regretter que l’auteur ait dépensé ce sens de l’art à des œuvres auxquelles il n’a pas toujours su donner la vie. Encore est-il juste de reconnaître

la beauté de son effort et de le louer, même s’il est demeuré en partie infructueux.

Te

L'ART : LA COMPOSITION

De ces vastes entreprises, trop vastes peut-être, si on en revient

aux courtes poésies qui ont fondé la gloire de Sully Prudhomme,

on s’apercevra qu’une partie, et non la moindre, de leur originalité et de leur charme réside dans le talent avec lequel elles sont compo-

sées. Ce n’est pas du premier coup que le poète est arrivé à trou-

ver sa forme propre. À ses débuts, nous le savons, il était, au moins en ce qui concerne l’art, sous l'influence d’Alfred de Musset. Il se gardait, étant naturellement discret et mesuré, de tomber dans la déclamation, où l’imitation trop exacte de son modèle

aurait pu le conduire. Mais il lui empruntait l'ampleur manifes

tement oratoire du style et de la composition. Il ne s’en cachait, nullement, au contraire. « Il faut aussi, écrivait-il en 1862 à Lafenestre, que j'arrive à composer ; un poème un peu étendu est une - marqué de puissance dont votre Pasquella [c’est l’œuvre que Lafenestre avait cette année même rapportée d’Italie] m'a toujours laissé fort jaloux. L’émulation, je le vois, me fera commettre quelque Henriade aux petits pieds (sic). Pour le moment, je cherche la loi d’ascension qu’il convient d'imposer à l’intérêt dans - une œuvre longue ;il y faut des réserves adroites, des suspensions qui sont tout un nouvel art. Musset en avait le secret, mais … il n’en a pas fait de larges applications (1).» Comment après avoir tenté lui-même ces « larges applications », et non sans succès, dans ses premiers Poèmes, dans le Joug, dans l’ Amérique, et dans sa véhémente mercuriale à l’auteur de Rolla, s’est-il réduit à enfermer en quelques quatrains octosyllabiques un sentiment, une pensée, une image, volontairement dépouillés de tous les artifices que les poètes romantiques avaient, chez nous, trop souvent empruntés à l’éloquence ? On a été frappé des rapports qu’il semble y avoir à cet égard entre la poésie de Sully Prudhomme et la poésie de Heine. On a pensé que celui-là avait pu s’inspirer de

(1) Lettre inédite, communiquée par M. Pierre Lafenestre.

celui-ci. Gaston Paris, qui était en position de bien eonnaître les

. choses, l’a formellement nié (1). Il n’y a pas lieu de croire que

| Sully Prudhomme se soit appliqué à imiter Heine. Mais d’un écrivain à un autre, l'influence ne s’exerce pas seulement sous la : forme directe. Dans les années soixante, Heïine était chez nous, comme le constatait Sainte-Beuve, fort à la mode. Lui et Musset étaient « poussés très haut » (2). Dans le groupe des Parnassiens

que fréquentait Sully Prudhomme, personne n’ignorait l'Inier-

mezzo. Plusieurs lui, empruntaient des thèmes poétiques ; certains entreprenaient de le mettre, d’un bout à l’autre, en vers. Or « quel est le sujet de l’Inlermezzo ? » pour reprendre la question même que posait Gérard de Nerval quand il le présenta en 1848 aux lecteurs de la Revue des Deux Mondes. « Une jeune fille d’abord aimée par le poète et qui le quitte pour un fiancé ou pour tout autre amant riche et stupide.Rien de plus, rien de moins: : la chose arrive tous les jours (3). » Elle était arrivée, on s’en souvient, à Sully Prudhomme. Il n’est pas impossible que l’analogie . des situations ait entraîné l’analogie des sentiments, et l’analogie des sentiments l’analogie de la forme. Lui aussi, Sully Prudhomme « de ses grands chagrins fit de petites chansons (4) ». D’imitation. proprement dite, il n’y a pas trace dans ses vers. M. Louis P.Betz, qui a étudié de très près l'influence de Heine sur les Parnassiens (5), n’en signale aucune. J’y ai regardé après lui, et je n’ai rien trouvé non plus, rien du moins quisoit décisif. Mais il ne me paraît pas certain que Sully eût songé à écrire les stances de la Vie inlérieure, celles surtout de Jeunes Filles et de Femmes, si la forme du lied n’eût été à ce moment même, et sous l'influence incontes- : table de l’Intermezzo, la forme de la poésie élégiaque et amoureuse employée de préférence par ces amis ou ces émules de notre poète qui avaient nom Mendès, Coppée, ane et Mérat.

(1) Penseurs et Poètes : Sully Prudhomme.

L () AN à M. Charles Berthoud, du 6 janvier 1867 (Premiers Lundis, (3) Gérard de Nerval, Notice sur l’Infermezzo (Revue des Deux-Mondes du 15 septembre 1848).

(4) Iniermezzo, XX XI.

(5) Louis P. Betz, Heine in Frankreich, Zurich, 1895,

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| Quoi qu'il en soit, ce terme de lieder dahachiriee à merveille la plupart des pièces contenues dans les Slances, dans les Soliludes, 2 dans les Vaines Tendresses ; tout au moins il Téur convient beau-

coup mieux que les dénominations traditionnelles de la poésie française : élégie, odelette, chanson ou romance. Certes, Sully

Prudhomme est avant tout un poète élégiaque. Il a lui-même HR

revendiqué ce titre, avant de s’en dégoûter ; et si l’on entend par romance une courte pièce de vers destinée à être mise en musique et ornée d’un refrain, il ÿ a des « romances » dans l’œuvre de Sully

Prudhomme, comme il y en a dans l’œuvre de Victor Hugo : il

y en a même d’exquises. Qui n’a entendu chanter : Tci-bas lous

les lilas meurent, ou : Ah si vous saviez comme on pleure de

vivre seul et sans foyers. ? Mais ni le terme de chanson qui, il faut bien en convenir, s’est singulièrement vulgarisé et rabaissé

de Ronsard à Béranger ou à Maurice Boukay et de Mignonne,

allons voir si la rose au Dieu des Bonnes gens ou aux Slances à

Manon, ni celui d’odelette, où ilya,àun moindredegré, quelque : - chose de l’enthousiasme et de l’ardeur qui animent l’ode, ne peu-

vent servir à désigner ces petites compositions sentimentales qui

portent en elles-mêmes, pour une oreille sensible à l'harmonie du

vers, une musique que la collaboration de nul maëstro ne saurait leur ajouter. Je reviendrai sur la valeur rythmique ou sonore des vers de Sully Prudhomme. Pour l’instant je n’étudie que ses pro- - cédés de composition, et parmi ceux-ci je mentionnerai seulement le plus original : le retour, à la fin du minuscule poème, de la stance par laquelle il a débuté. Tantôt,comme dans les Yeux(1), c’est le

moyen d'opposer affirmation à affirmation, avec la rigueur que

donne au contraste l'emploi des mêmes rimes, des mêmes formes de style modifiées seulement dans la mesure où il est nécessaire pour leur faire exprimer deux idées directement opposées. Tantôt comme dans l’Ame (2), c'est une exacte reprise qui atteste la foi indestructible du poète à notre nature spirituelle, en dépit de toutes les objections qu’on peut leur opposer. Tantôt c’est un

(1) Voir chapitre 11, p. 62-63.

(2) von même chapitre, p. 62.

simple rappel qui découvre tout à coup entre deux objets que le hasard d’une impression fugitive a réunis dans la pensée de l’auteur, des liaisons inattendues et des rapports profonds :

Le long du quai, les grands vaisseaux,

Que la houle berce en silence,

Ne prennent pas garde aux berceaux Que la main des femmes balance.

Maïs viendra le jour des adieux, - Car il faut que les femmes pleurent Et que les hommes curieux Tentent les horizons qui leurrent.

Et ce jour-là, les grands vaisseaux, Fuyant le port qui diminue, Sentent leur masse retenue

Par l’âme des lointains berceaux (1).

L’art de la composition n’est pas moins délicat et savant dans l’autre forme poétique que Sully Prudhomme a maniée avec une prédilection visible : le sonnet. Le sonnet, en raison de sa forme fixe et de son étendue limitée, exige un grand effort non seulement pour concentrer la pensée, mais pour l’organiser et la répartir entre les quatre éléments métriques, les deux quatrains et les deux tercets, qui constituent le poème. De l’un à l’autre de ces groupes, il n’y a guère d’enjambement possible ; chacun d’eux est dans une certaine mesure indépendant des autres, mais en même temps il doit leur être étroitement uni par le développement du sens. Il n’y à place ici ni pour les transitions ni pour le remplissage ; la construction d’une œuvre aussi sobre et nette n’admet ni mortier ni crampons, rien que des pierres lisses, qui ne peuvent tenir les unes sur les autres qu’à la condition d'être taillées avec le plus grand soin et ajustées avec une extrême précision. Sully Prudhomme a dressé un grand nombre de ces petites pyramides dont il excelle à fleurir le sommet d’une gracieuse image ou à l’illuminer d’une pensée profonde. Je citerai seulement, entre cent autres, comme un morceau d’une composition parfaite, le beau sonnet des Vaines Tendresses intitulé l'Etranger : ;

(1) Siances et Poèmes : Le long du quai.

L'ART : LA COMPOSITION

+ " $ Æ. à Je me dis bien souvent : De quelle race es-tu ? Ton cœur ne trouve rien qui l’enchaîne ou ravisse Ta pensée et tes sens, rien qui les assouvisse : T1 semble qu’un bonheur infini te soit dû.

Pourtant quel paradis as-tu jamais perdu ?

. À quelle auguste cause as-tu rendu service ?

Pour ne voir ici-bas que laideur et que vice, Quelle est ta beauté propre et ta propre vertu ?

À mes vagues regrets d’un ciel que f’imagine, A mes dégoûts divins, il faut une origine :

Vainement je la cherche en mon cœur de limon ;

Et moi-même étonné des douleurs que f’exprime, r# J'écoute en moi pleurer un étranger sublime , Qui m'’a toujours caché sa patrie et son nom.

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… et à sa monotonie apparente impose une continuelle variété. Non … seulement au point de vue de la facture du vers et de l’observance … des règles métriques, mais au point de vue de l’habileté de l’agen-

cement, de l’équilibre de la composition, de l’aptitude à se mou- - voir dans les bornes étroites qui lui sont imposées, et, tout en s’y contenant exactement, à ouvrir à l’imagination et au rêve une - perspective indéfinie, Sully Prudhomme est un de nos meilleurs ” sonnettistes. Sa place me paraît marquée, et dans ma pensée ce m’est pas un médiocre éloge, entre l’auteur des Regreis et celuides 2 Trophées, entre Joachim du Bellay, auquel à de certains égards il ressemble, et José-Maria de Heredia, qui fut son ami.

Cette réussite il l’a renouvelée soixante-deux fois de suite dans ce . ce recueil des Epreuves, exclusivement composé de sonnets, où * Part le plus souple et le plus fin se joue de l’inflexibilité du rythme,

dut

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