‹ Sully Prudhomme: Poète Sentimental Et Poète PhilosopheChapitre 6 sur 45 · CHAPITRE IT · texte numérisé non relu

CHAPITRE IT

ns LA VIE INTÉRIEURE we

Sully Prudhomme est déjà tout entier dans le recueil des Sb

Siances el Poèmes édité par Achille Faure en 1865. L'ouvrage

unes en quatrains octosyllabiques, ou en strophes variées, les” . autres en alexandrins à rimes entre-croisées. Elles se répartissaient

contenait une centaine de pièces — cent trois exactement — les

en six groupes : L’ Ame, Pan, Les Jeunes Filles, La Vie, Paris,

L’Ari.Cette disposition n’était pas particulièrement heureuse. Elle présentait le double inconvénient d’une division incertaine

et d’un classement arbitraire. Il n’y avait pas — sauf en ce qui concerne la partie intitulée Les Jeunes Filles, — de raison bien

évidente pour que telle pièce fût rangée dans telle section plutôt que dans telle autre ; et, de l’une à l’autre de ces six parties,on

ne sentait pas le lien caché, mais continu,et la progression qui

Ve NAT sont la marque des ouvrages bien composés. Le tout donnait impression d’un entassement un peu hâtif et confus. Sainte

Beuve, qui connaissait toutes les finesses du métier, n'avait pas

manqué d’en faire la remarque. « Son volume, — disait-il en

- arrivant enfin à Sully Prudhomme dans son troisième article

sur La Poésie en 1865, — est très plein, trop plein même, s'ilme permet de le lui dire. Les vers d’un auteur quise présente pourla première fois au public devraient être servis à plus petite dose,

pour qu’on les puisse déguster et qu’on en saisisse la saveur parti

culière. Ici, je vois quatre ou cinq recueils en un, et qui ont chacun la diversité de couleurs ou de sujets. L'auteur nous l’avoue, il

aime trop de choses à la fois. » Ge désordre apparent avait pour. effet de masquer aux yeux du critique, si pénétrant d’ordinaire,

it véritable d'un ouvrage qu’il se contentait, il est vrai, d’analyser au courant de la plume, sans avoir le temps ou sans

Jui faire l'honneur de le disséquer à fond.

. Sully Prudhomme fut assurément frappé du reproche qui lui

était ainsi adressé. Il y fut d'autant plus sensible qu’il attachait

— j'aurai lieu plus tard d’insister sur ce point — un grand prix à la composition. Et il en reconnut le bien-fondé, puisque, en 1869, quand il fut question de réimprimer les Siances et Poèmes pour la librairie Lemerre, il profita de l’occasion non seulement pour

corriger, et très heureusement, bon nombre de ses poésies, mais

encore, et surtout, pour en modifier le classement. Les «stances » etles «poèmes» furent séparés. D’un côté les courtes pièces, écrites : pour la plupart en quatrains octosyllabiques, qui remplissent les trois parties intitulées La Vie intérieure, Jeunes filles et Femmes. De l’autre, une quinzaine de morceaux de grande envergure et à développement généralement oratoire. Entre les deux, sous la

rubrique modeste et neutre de Mélanges, des poésies d'inspiration,

en effet, diverse, entre lesquelles il aurait été peut-être vain, en

tout cas fort pénible, de chercher à établir une relation plus étroite.

Cet ordre, qui est celui où se présentent aujourd’hui à nous les

Slances et Poèmes, paraîtra encore bien extérieur, puisqu'il a pour principe, à première vue,une simple différence de métrique.

Il répond, en réalité, à une évolution de la pensée et de l’art chez

Sully Prudhomme au cours des années 1860 à 1865. Mais, pour

s’en rendre compte, il faut intervertir la disposition de l'ouvrage.

Laissant provisoirement de côté les Mélanges qui révèlent en général des aspects secondaires du talent de Sully Prudhomme,

sur lesquels nous aurons à revenir, il faut lire d’abord les

Poèmes et ne venir qu’en second lieu aux Siances. Et des Siances

encore il conviendra de ne retenir pour l'instant que ce pur joyau

qui a nom La Vie intérieure. Complétées par un certain nombre de sonnets des Epreuves, — le second recueil de Sully Prudhomme,

presque contemporain du premier, — complétées aussi par ce l qu'on a bien voulu nous livrer du Journal intime rédigé à la

même époque, elles nous permettront d'entrer aussi avant que

peut aller l’analÿse dans l'âme de ce poète inquiet et profond.

Les Poèmes, dont nous devons nous occuper d’abord, sont,

“dans l’œuvre de Sully Prudhomme, les productions de la jeunesse. Fe

Ils en portent la marque. Ils sont comme elle débordants et enthousiastes, pleins de belles ardeurs ét degénéreusesambitions. Le mouvement naturel de l’homme qui ouvre les yeux sur le - monde n’est pas de se replier sur soi-même ; il est de se répandre . dans les choses. Il jette sur elles des regards qui sont autant de prises de possession. Il ne demande pas de leçons à une expérience

- à son gré la vieet la façonner selon son idéal.

trinaire de 1860. Ce collégien d’hier, à peine échappé à la tutelle de ses maîtres, est conscient de sa Vs et ivre de sa liberté. Il 89"

compare à un cheval sauvage qui sentla vigueur abonder dans ses

membres et ne sait encore « où porter la fougue de ses pas »..

- Quels seront ses plaisirs ? Pendant qu’il délibère Et que sur la campagne il promène ses yeux, 11 sent derrière lui comme une aile légère D'un toucher caressant flatter ses crins soyeux, - Puis un poignet soudain les saisir et les tordre... Oh ! ce n'étaient donc pas les vents ou les oiseaux ?... - I1 se tourne, il voit l’homme, il trépigne et veut mordre, Et l'homme audacieux l’a pris par les naseaux (1).

Le voici bientôt dompté par le poing du maître, et soumis en

esclave docile à tous ses désirs. Pareille aventure arrive au jeune - homme qui, « debout au seuil de l’avenir », rêvait au bonheur ou pleurait d’extase en songeant à l'infini. Il ‘apprend tout à coup qu’il n’est qu’un anneau dans une chaîne : il sent brusquement tomber sur ses épaules le joug social. Que vaut cette humanité qui lui impose sa loi ? Il est loin de croire que tout en elle est ur et bon. Il rêve, un peu à la façon de Rousseau, d’un état de

(& Siances el Poèmes : Le Joug.

Cet idéal, dans le cas qui nous occupe, est celui d’un jeunedoc-

qu’il ne possède pas encore. Il prétend bien au contraire ployen el

à nature où Momie était plus simple, Partant plus innocent et

plus heureux. Il y a quelques siècles encore, cet état était Get Ac de tout un continent.

(RAR L'Amérique vivait dans un repos superbe,

) | … * Promenant vers la mer ses fleuves aux longs bras,

RCE cn Balançant dans l’azur sa chevelure d’herbe 3 rs FN ANE Au fracas éternel de ses Niagaras.

ANR Elle poussait au ciel ses végétaux énormes, 371

* A Ses nopals, ses cactus et ses bois résineux ;

Le HN EE Ses nocturnes forêts pleines d’étranges formes J : F'ICSEQRS . Tordaient paisiblement d’inextricables nœuds, LES

‘| A1ISeFORS Ses beaux oiseaux ridaient le golfe solitaire, s

Ses îles fleurissaient sous les vents alizés ; |

f C'était l’hymen fécond du ciel et de la terre, 4

PR RU Et des étés sans fin naissaient de leurs baisers (1).

Mais cette félicité n’existe plus nulle part. La civilisation, LS ue portée sur les vaisseaux de Colomb, s’est étendue sur tout le. FU globe terrestre. Elle y propage l'injustice et la guerre. Pourtant, * A en dépit de tous les vices qu’elle peut avoir, le poète préfère la discipline sociale à l'indépendance sauvage. L’homme, en s’asso- ;" ciant,.a perdu une partie de sa liberté :il la recouvrera par l’exer- … | cice des vertus civiques et des droits du citoyen. Aussi n’est-on pas étonné qu’un des morceaux les plus enthousiastes du recueil exalte la beauté du langage, qui unit les hommes, transmet les ‘leçons de l’histoire, formule les lois, et, dans un avenir meilleur, enseignera la justice et la bonté.L idéal social de Sully Prudhomme à vingt ans, ce n’est pas le despotisme, cela serait invraisemblable. Ge n’est pas non plus l’anarchie, dont il a toujours eu horreur. … C’est l'union inséparable et le commun triomphe de la raison et dela liberté.

4 Son idéal moral, avant tout, c’est la bonté. L'homme doit Her = étre-bon pour l homme, parce qu’il doit être bon même pour l’anià mal. Les animaux sauvages, dans le désert, s’entre-dévorent:ils as ne font en cela que suivre la loi de la nature. L’ homme qui les encage, les exhibe et les fouaille, est cruel. Nul n’a ledroit d’iniliger, Ë

(1) Sfances et Poèmes : L'Amérique.

our son seul plaisir, une Outre à un être vivant. La nature “IS lui interdit. « Allez, et prenez tout ! » dit-elle aux humains:

Prenez mes bœufs, mes blés, je répare mes pertes ; Mais ne torturez pas : la douleur est à Dieu (De. % MSAET à

Le poète n° approuve pas les sages à la déctae terne qui violentent sans raison les instincts de notre cœur, qui flétrissent indistinctement toutes les sortes de voluptés. Il y a des voluptés grossières, mais il y a aussi des voluptés nobles : telles sont celles de l’amant, du poète, de l'artiste, du penseur. Elles lancent l’homme à Ia poursuite du Beau, au risque de l'épuiser dans cette poursuite. Mais il est bien de mourir ainsi, car mourir ainsi, c’est vivre, et le poète veut qu’on aime la vie. Il y a eu, peu de temps Ë y 4 ‘avant lui, un grand poète qui a maudit la vie. Ce poète, c'est Alfred de Musset. Sully Prudhomme l’a lu, l’a aimé. Il limite encore, mais il ne pense pas, ou ne pense plus comme lui. Certes” k itne marchande pas l’admiration à son génie :

Poète, aussi longtemps que marchera la terre Dans le vide-muet qui n’a pas d’horizon,

Tant que l’homme, implorant un climat ‘salutaire, Sous la grêle et les vents traînera sa maison,

Pr nous lis etoliieie A dalinele ste niél ane; e 681015 83e 1n10 1e

Tant que devra sévir le sort triste qui lie,

A toute heure et partout, avec de cuisants nœuds, La raison à l'énigme, à l’épreuve la vie,

O postes ton nom sera feune et fameux (2) !

“Mais il lui reproche de s’ être abandonné sans raison au sceptie D: cisme et au désespoir.

“ - Toi qui naïssais à point dans la crise où nous sommes, . Ni trop tôt pour savoir, ni, pour chanter, trop tard, . Pouvant poser partout” sur les œuvres des hommes Ton étude et ton goût, deux abeilles de l’art ; Toi dont la Muse vive, élégante et sensée, Reine de la feunesse, en a dû soutenir Comme un sacré dépôt l’amour et la pensée, Tu te plains de la vie et ris de l’avenir (3) 1!

{1) Stances et Poèmes : Le Lion. 4 & Ibidem : A Alfred ‘de Musset. {

4 {3) Jpiere, ge

OMelte pitié ! Devant les progrès en tous genres accomplis par du ‘homme, par la force de l’homme et par la science de Phomme, ce n’est pas du découragement qu’il faut avoir ; c'est un noble désir de poursuivre l’œuvre commencée, c est une confiance

ax joyeuse dans son achèvement.

ES Tu ne l’as pas compris : ton vague et triste livre ë Nous laisse pleins de vœux et de regrets confus ; Il donne des désirs sans donner de quoi vivre, I1 mord l’âme et la chair : je ne l’ouvrirai plus (1) 1!

Pour lui, c’est avec allégresse qu’il dévouera sa vie au service | 4 de l’art. L'art réalise l’union indispensable de l’idéal et de la ag

Re Roue sans laquelle il n’y a pas de chef-d'œuvre. L'art est éter- $ nellement ; jeune : les thèmes sur lesquels il brode sont aussi vieux 4 que le monde ; mais il appartient aux nouveaux venus d’en a tirér des variations nouvelles. Le poète sait bien qu’il lui faudra à renoncer à la plupart des satisfactions terrestres. Peuluiimporte: + il préfère à la poursuite de la richesse et du bien-être l’indépendance de l’artiste, sa vie de liberté et de travail. Et la pensée de se la gloire, — de la gloire qu’il ne connaîtra peut-être j jamais, — est e "2 1à pour le soutenir : 1 La gloire ! oh ! surnager sur cette immense houle 3 Qui dans son flux hautain noyant les noms obscurs, | Des brumes du passé se précipite et roule Aux horizons futurs ! San :

Voir mon œuvre flotter sur cette mer humaine, sE D'un bout du monde à l’autre et par delà ma mort, NY Comme un fier pavillon que la vague ramène Æ Seul, mais vainqueur, au port |! À Ce rêve ambitieux remplira ma jeunesse ; à Mais si l'air ne s’est point de ma vie animé, 4 Que dans un autre cœur mon poème renaisse, #4 Qu'il vibre et soit aimé (2) | « Cette poésie donne une impression singulière de conviction dans l’accent, d’élévation, de force et de cohérence dans la pensée. 1 (1) Stances ei Poèmes : A Alfred de Musset. à. (2) Ibidem : Je me croyais poète... *

“temps, ne fre commun, qui, au lendemain du One PA |

particulièrement original. Sully Prudhomme n’a pas de peine à secouer l'influence de l’école, parce qu'il est visible qu'il ne l’a jamais subie. A V'individualisme excessif, à la désespérance, aux

déclamations antisociales, il oppose spontanément le goût de - l’action exercée en commun, de la lutte, de la vie, une foi sereine

dans la bonté de l’effort et du sacrifice. Cette poésie de jeunesse a

un son remarquablement viril. Saluons cet optimisme. Nous nele

verrons plus reparaître, aussi jaillissant du moins et aussi pur,

dans l’œuvre de Sully Prudhomme. Quand il lançait ainsi ses

-acclamations à la vie, ses défis à la souffrance et à la mort, le poète était sincère. Mais il ne connaissait pas encore, jusqu'enson fond, sa propre nature. Elle s’est révélée à lui et elle se révèle à “nous dans ces Slances qui expriment non plus l’ardeur du jeune 12 "A homme qui se jette à la conquête du monde, mais le repliement

et le travail sur elle-même d’une pensée active et pénétrante,et dont une partie porte ce titre significatif : La Vie inlérieure.

La vie intérieure, c’est la vie de l'âme. Nous apprenons à ne e connaître en descendant dans notre conscience, en nous regardant, en nous analysant. Le goût de l’analyse psychologique était

inné chez Sully Prudhomme. Il répondait à la tendance domi-

nante et à la faculté maîtresse d’un esprit particulièrement réfléchi. Léon Bernard-Derosne nous le dépeint, dans ses années d’adolescence, sérieux, attentif, profond, dépassant toujours les termes de la question qu’on lui pose. Jules Lemaitre a esquissé de lui, aux approches de la cinquantaine, un portrait qui reproduit les mêmes caractères, plus fortement accusés par l’âge : «une têteextraordinairement pensive, des yeux voilés, presque des yeux de femme, dont le regard est comme tourné vers le dedans (1}»,

(1) Les Contemporains, Paris, Boivin.

pe D dur l'habitude de la AR de la édite R.

tion intense et prolongée. Elle était devenue rapidement pourlui besoin. On voit par son Journal intime que dans chacune de ses

en ion ne oran pas de S'y HER Plus tard, quand il a été ; … affranchi de la ne du travail régulier et imposé, eue est.

Dence. Il a eu toute sa vie le loisir ‘et le désir dese regarder vivre. Il éprouvait une satisfaction, que d’aucuns jugeront, peut-être 4 un peu naïve, à examiner curieusement et à démonter pièce à : : pièce le mécanisme de son propre esprit. Tous nous pensons, nous :

lo tous les jours et à chaque instant les ee mentales les plus compliquées et les plus délicates sans nous de- mander comment cela se fait, par quels procédés et en vertu de quelles lois, sans nous en étonner même le moins du monde.Sully Prudhomme s’en émerveillait.

J'imagine | ainsi je puis faire + 40 Un ange sous mon front mortel ; Et qui peut dire en quoi diffère

L'être imaginé du réel (1) ? ;

ou bien encore :

O Mémoire, qui foins à l’heure

La chaîne des temps révolus,

Je t’admire, étrange demeure.

Des formes ‘qui n’existent plus QE

DATI st en termes à la fois précis et subtils, les probe que | soulève le fait du souvenir : Ke

Quelle existence ai-je rendue

À mon père, en me souvenant ? K Quelle est donc en moi l'étendue TRE He Où s’agite ce revenant ? +

(1) Slances et Poèmes : L'Imagination. MO (2) Ibidem : La Mémoire. \ | NN

"Er | ie

Un sort différent : nous sépare :

. Comment peux-tu nous réunir, A travers le mur qui nous barre . Le passé comme l'avenir ?. |

Qui des deux force la barrière ? R - Me rejoint-il, ou vais-je à lui ?

; . Je.ne peux pas vivre en arrière, FT

Il ne peut revivre RRRESAnS (1) ! L

Oubienil déssinait d’un crayon léger et spirituel la Lébrel de

cette « étrangère » par qui nous laissons supplanter en nous la raison, de cette « ancienne ménagère » qui prend en maîtresse le gouvernement du logis, nous sert, nous dorlote et nous endort, de

« cette vieille au pas monotone » que nous appelons l’habitude, - mortelle ennemie de la « jeune liberté» (2). Ce sont là jeux d'artiste

habile à parer l’abstrait de la grâce des tours et de la poésie des

images. Ce qui nous intéresse, ce n’est pas ce psychologue, tant

soit-il expert et délié; c’est l’homme que le poète a découvert en se regardant au miroir de sa propre conscience, et dont, sous

la forme d’une confidence discrète, à demi-voix, il nous raconte FANS

l’histoire dans ses vers.

Cet homme, comme tous les hommes, a un cœur. Maisilaun

Cœur plus tendre que celui des autres hommes. Sully Prudhomme tient de sa naissance une sensibilité délicate, quasi féminine et

presque maladive. Cette sensibilité, nous le savons déjà, a été, dès

l'enfance, meurtrie par la vie. Elle le sera de nouveau, quand i Le D

arrivera à l’âge viril, et plus douloureusement encore. Nous

aurons à y revenir lorsque nous eXPOSETONS les idées du poète sur * Ja femme et sur l’amour.Mais son cœur n’a pas souffert seulement des peines qu'infligent à ceux qui aiment, et qui ne sont pas payés de retour, la légèreté, l'indifférence ou la trahison de l’objet aimé. Il a souffert d’être associé à une intelligence éveillée et exigeante, avide de certitude, maïs dressée à des méthodes rigoureuses et inflexibles, qui à ses rêves les plus chers, à ses aspirations les plus légitimes, a opposé ses exigences, ses doutes, ses critiques,

(1) Stances ei Poèmes : La Mémoire.

A) AE 1 L'Habitude,

nue ses fins de non recevoir. Ni le cœur n’a réussi à entraîner l'esprit,

ni l'esprit n’a réussi à imposer silence au cœur. Entre eux s'est

| élevé un débat qui n’a pas fini et qui ne pouvait pas finir. Cette

essentielle dualité de la nature morale de Sully Prudhomme, cette lutte à armes égales entre la raisonet le cœur, c’est Le fond même de sa vie intérieure, c’est le drame qui lui confère sa noblesse et son pathétique intérêt.

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