EST III
Ce conflit de l'esprit et du cœur est né dans l’âme de Sully
Prudhomme le jour où lejeune homme s’est trouvé en demeure d’accorder ou de refuser son adhésion volontaire à la foireligieuse
qu’il avait reçue de sa mère et jusque-là docilement acceptée. Il a donné lui-même sur cet épisode de sa vie intime toutes les
explications qu'il a jugées utiles. Il convient donc ici de lui laisser la parole. |
Comme tous les catholiques, dit-il, j’ai fait ma première communion encore enfant, avec une docilité passive aux leçons du catéchiste ; mais ma foi ne pouvait être à cet âge qu’une suggestion, un assentiment aveugle à la foi d’autrui. Elle retarda néanmoins l’éclosion de mes pensées propres, car l’insinuation précoce de la doctrine chrétienne dans les âmes neuves les marque d’une empreinte très profonde, parfois même ineffaçable, quand ces âmes sont sérieuses et tendres. J’attribue à cette influence latente une révolution singulière qui s’opéra subitement en moi. J'avais dix-huit ans, fe venais d'abandonner la classe de mathématiques spéciales, où je me
à - destinais à l'Ecole Polytechnique. J'étais bachelier ès sciences et j’aspirais
au modeste diplôme de bachelier ès lettres. Je l’obtins l’année suivante, à Paris ; mais c'était à Lyon, chez des cousins, que je préparais mon examen. Lyon est une ville dont les habitants sont des catholiques en majorité croyants et pratiquants : mes cousins étaient de ceux-ci. Faut-il, pour expliquer le coup de foudre moral dont il s’agit, unir à l'influence plus haut signalée celle du milieu où je me trouvais transplanté ? C’est probable. Quoi qu’il en soit, fe me réveillai, une nuit, tout autre que je ne m'étais endormi deux heures auparavant, ou du moins bien changé, car je m’écriai en moi-même : « Comment ai-je pu douter un seul instant d’une doctrine dont la vérité m'apparaît soudain si éclatante ? » En effet, je voyais directement, je sentais la divinité de Jésus, et tous les nuages qui avaient jusque-là pour moi obseurci les dogmes me semblaient dissipés. Je m’agenouillai, je fis une prière dont je ne me rappelle plus les paroles, et le lendemain je conçus le projet de me faire dominicain. Ce projet, favorisé par mes hôtes, échoua lorsque je me
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stallé à Paris. Ce qu’il y a de remarquable dans cette conversion,
contact renouvelé avéc la société parisienne où j’avais renoué mes relans intellectuelles, la propagation en France d’ouvrages allemands de savante et minutieuse critique attaquant les fondements du christianisme, els que la Vie de Jésus par Strauss, eurent bien vite raison de ma croyance
. ce que c’est que la foi et, par suite, d’en contracter le respect.