‹ Sully Prudhomme: Poète Sentimental Et Poète PhilosopheChapitre 9 sur 45 · CH PTS PL · texte numérisé non relu

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11 faut du cœur ! Défense à l’esprit solitaire : De placer un baiser sur la face du Beau! RE DATA =. Défense à la raison de consoler la terre ! s a: Nul rêve de bonheur n’est un fruit du cerveau.

2e : Le génie en Zénon peut nier la souffrance LR : * -Spinosa fait de l’homme un flot sans unité: | 1 à. Mais une larme où tremble un rayon d'espérance

Pa Concilie un Dieu fuste avec l'humanité (2). s

Esprit, cœur, entre ces deux « puissants foyers» qui nous sont

donnés « pour éclairer notre âme », le poète institue un parallèle À qui, six fois repris, tourne six fois à l'avantage du cœur. Il se « refuse pourtant à sacrifier celui-là à celui-ci. Ilsupplieseulement __ qu’on ne rompe pas leur indispensable union : ar \ 4 Ah ! ne séparons pas ce sens divin de l’autre ; : Sie On n’a pas convaincu tant qu’il a protesté. Ne a L'esprit fait le savant et le cœur fait l’apôtre : e : ; On ne peut sans les deux saisir la vérité (3). oY Li He: Il y avait là peut-être, dans cette conciliation, si elle eût pu ‘ES : Re. (1) Je pense du moins qu'il faut rétablir ainsi la leçon informe donnée RAR ‘de Ag er co par l'Annuaire de la Conférence LaBruyère:qu’en apprendre ES aimant. ‘ \ - MA (2) L'Esprit et le Cœur, dans la Conférence La Bruyère, 1861-1862.

Pa Ro: (3) Ibidem.

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pou Je us Ar la paix intérieure Mais aie ti ES FR naturellement trop indécis, trop scrupuleux, trop inquiet pour - maintenir avec assurance un équilibre aussi instable. De là les incertitudes, les hésitations, les retours, les tourments et la crise de conscience à laquelle les tes de li Vie intérieure A certains sonnets des Epreuves nous font assister.

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Le conflit est posé avec autant de concision que de netteté ! dansles seize octosyllabes — dont il n’y a ni un seul vers, nimême : un seul mot à retrancher — qui sont intitulés {nlus. Se Deux voix s'élèvent tour à tour

Des profondeurs troubles de l’âme :

La raison blasphème, et l’amour Rêve un dieu juste et le proclame.

Panthéiste, athée ou chrétien,

| Tu connais leurs luttes obscures :

Ts C’est mon malheur, et c’est le tien, De vivre avec ces deux murmures. ]

Le" L'intelligence dit au cœur :

q — « Le monde n’a pas un bon père, Vois, le mal est partout vainqueur », Le cœur dit : « Je crois et j'espère ; AN :

Espère, Ô ma sœur, crois un peu, C’est à force d'aimer qu’on trouve ; Je suis immortel, je sens Dieu ».

— L'intelligence lui dit : « Prouve ».

De ce dialogue, nous entendons surtout, dans les Sfances, la voix qui plaide la cause du cœur. L'autre voix parle sans doute assez haut, selon le jugement du poète, à notre esprit et à nos sens. Et puis à quoi bon entamer une discussion qui se poursuivrait indéfiniment sans résultat ? Aux objurgations de la raison, aux doutes de l'intelligence, aux subtilités du raisonnement, l'interprète du sentiment ne peut opposer aucune démonstra-

siècles.

Dante Il ne Eu qu one . témoignage aus sens intime, élever . la protestation de la conscience. Il le fait avec une conviction, avec une simplicité imposantes. A ceux qui demandent ce que

c’est que l’âme, et si cette âme existe, il réplique en affirmant

la le de celle qu’il sent vivre en lui :

NCA J'ai dans mon cœur, j'ai sous mon front

5 Ceux qui doutent la chercheront ;

Je la répands pour qu’on la sente (1). A

|A ceux qui nient l’idéal parce qu’ils ne croient qu’à ce qu'ils ne

ont vu de leurs yeux et touché de leurs mains,il répond en compa-

Une âme invisible et présente. ‘ a

rant l'idéal à à quelqu’une de ces étoiles innomées qui,àce moment

même, accomplissent leur révolution à une distance infinie de nous, dans les profondeurs du ciel. Nous ne la voyons pas ; elle

existe pourtant ; mais sa lumière, voyageant sans arrêt à travers

les espaces, n’arrivera à notre monde que dans des siècles et des

Quand luira cette étoile, un four, La plus belle et la plus lointaine, Dites-lui qu’elle eut mon amour, O derniers de la race humaine (2) !

À ceux qui pensent que notre être est borné à la vie présente, et que tout finit pour nous avec la pelletée de terre jetée sur le cercueil, il dédie cette admirable pièce des Yeux, qui exprime en

“oun symbole d’une grandeur et d’une simplicité saisissantes cet”

instinct de l’immortalité que l’homme, depuis aussi longtemps que

Jhumanité existe, porté plus ou moins obscurément au fond de lui-même.

Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux, Des yeux sans nombre ont vu l'aurore ; ; Ils dorment au fond des tombeaux,

Et le soleil se lève encore.

(1) Stances et Poèmes : L'Ame. (ai (2) Ibidem : L'Idéal.

pour toujours ? No. s’écrie le poète, non, “cela n’est pas Sas Elo ils ne se sont pas fermés, ils se sont seulement tournés ailleurs, vers un autre soleil ; ils contemplent l'invisible.

Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux, LV H R ES ÉPrES Ouverts à quelque immense aurore, à JE MES A CEE = De l’autre côté des tombeaux FRE TEA Les yeux qu’on ferme voient encore (1). Tone

Si l'affirmation pouvait se suffire à elle-même, si la conviguone emportait nécessairement la certitude, Sully Prudhomme n aurait jamais douté de ces grandes vérités morales auxquelles il tendait \ de toutes Les forces de son être. Maïs cette croyance situ u ne peut demeurer ainsi à l’état vague et flottant : il faut qu’elle tu

LA n

. sé précise, sous la forme d’un credo religieux ou métaphysique. C2 C’est ici que la raison va prendre sa revanche. Si elle est impuis- 1 ÿ

sante à fonder, elle est toute-puissante pour détruire. Sous quelque Fi

aspect, dogme théologique ou opinion philosophique, que se 7e présente l’aspiration à l'idéal, à l’immortalité, au divin, elle aura

bientôt fait de les passer au crible de sa critique et d’en faire saillir

les contradictions et les impossibilités. De là pour le poète quine

veut ni abdiquer sa raison, ni renoncer à ses espérances, un état d’indécision et de partage, une oscillation perpétuelle entre le = scepticisme et la foi, entre le désir de croire et l'impuissance à croire, entre le oui et le non, dont la partie des Epreuvesintitulée Doule nous offre l’ émouvant tableau. (RUN ARE __ Nous savons que, passé sa dix-huitième année, Sully Pi TER . dhomme s'était détaché de plus en plus de la religion qui avait - été la religion de son enfance. Il continuait encore, en 1862, d'ac- . compagner les siens à la messe du dimanche ; mais il y portait ; un cœur tout profane. Le dimanche 26 octobre, en en revenant, il écrivait dans son Journal : « La messe; singulière impression que j'éprouve en entendant le curé prêcher des pratiques pieuses. La gravité en pareille matière m'étonne : je suis loin, bien loin de

| (1) Siances et Poèmes : Les Yeux,

ire hoboues ) Cependant, cet esprit cho h RE à chemin qu'il eût fait en sens opposé, il ne pouvait encore se

soustraire complètement à son influence. Il « traînait encore », — c'est son mot — «les langes de sa première éducation catho-

lique (1)». Il se sentait «gêné par le catholicisme» quandil s’effor-

a çait, à limitation du stoïcisme antique, de se tracer à lui-même,

avec le secours de sa seule raison, une ligne de conduite et un idéal de vie. « On n'ose pas, disait-il, entreprendre sur soi une

réforme qui peut n’être qu’un travail très vain et très pénible, à

côté de gens qui lisent l’ Imitation de Jésus-Christ et qui deviennent meilleurs » (2). À plus forte raison ne pouvait-il rompre le charme dont la lecture de l'Evangile l’avait enchanté :

Le Phédon jette en l’âme un céleste reflet, Mais rien n’est plus suave au cœur que l'Evangile (3)...

Et de ces pratiques religieuses auxquelles il avait renoncé, qu’il regardait comme des « gestes sacrés », comme de simples rites observés machinalement par la plupart, sans y rien comprendre ou même sans y prêter attention, il gardait au fond de lui comme une vague nostalgie qui de temps à autre se réveillait. Il éprouvait le besoin de «se mettre en relation avec le principe nécessaire quirésout et explique tout, et de donner une forme sensible à ce principe.» Autrement dit, il voulait prier, il était «plein de soupirs ». Il enviait ceux qui vont 5 ’agenouiller au confessionnal

pour y déposer le secret de leurs fautes,et qui sont sûrs qu ‘ils se D orent pardonnés.

Heureux le meurtrier qu’absout la main et prêtre (4) ! \

Ilse voyait demandant et recevant à sonlit de mort les secours

+ dela religion:

(1) Journal intime. + (2) Zbidem.

mA Les Epreuves : Bonne PE /

(4) Ibidem : La Confession.

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