CHAPITRE III : COMPARAISON MORPHOLOGIQUE
sumérien offrait une ressemblance frappante avec le caucasique. La récente publication de M. A. Dermer, Theorien über die Verbal-Präformative im Sumerischen', ne saurait que contribuer à fortifier cette impression. L'auteur y allègue, en effet, non sans bons arguments, la valeur locale originelle des préverbes mu-, ni-, e-, ba-. Il va même’ jusqu'à rapprocher ces éléments des préverbes latins. Rappelons que, à ce même propos, nous avions cru devoir y faire allusion tout à l'heure’.
Cette interprétation nous semble, dans ses grandes lignes, exacte. Elle nous ramène, par suite, à un type de conjugaison courant en caucasique méridional. Mais ce type même, nous l'avons vu“, n'est pas sans être assez largement représenté en indo-européen sur une aire relativement étendue. L'on peut donc concevoir, surtout en terroir oriental, un état de langue 1.-e. ou indo-européanisant où ce procédé ait été à la fois ancien et normal.
Comme autres procédés communs, citons :
1° le redoublement de la «racine» verbale; moyen d'emploi courant, non spécialement caractéristique ;
2° possiblement une sorte d'augment, ou, du moins, si le mot effraie, d'élément préverbial susceptible soit d'en tenir lieu, soit de devenir tel. L'on n'ignore point, d'ailleurs, que, à l'intérieur de l'1.-e. même, l’augment ne se trouve qu'en indo-iranien, en arménien, en grec. Ce sont là trois aires situées soit en Asie occidentale, soit à portée directe et prochaine de celle-ci.
3° Un type de conjugaison 1.-e. à formes pronominales suffixées nous est fourni par le hétéo-kanesi. Nous nous permettons, à ce propos, de renvoyer aux remarques de MM. À. Pœbel et A. Meillet, rappelées plus loin.
Il n'y a donc rien en soi qui, dans la conjugaison sumérienne, puisse ou doive, d'emblée, être considéré comme non indo-européen. Mais cette conjugaison, ce n'est pas moins certain, offre, par rapport à celle de l'i.-e. clas-
sique, une physionomie nettement à part.