CHAPITRE III : COMPARAISON MORPHOLOGIQUE
Cet accent était, certainement, déjà fixé avant nos premiers textes, mais peut-être pas avant l'invention de l'écriture.
C'est lui qui paraît avoir fortement contribué à donner au sumérien son aspect. Le passage de *ia-min à imin, soit 5 [+]2 > 7; de umun — seigneur, à Un; de dumu = fils, à du; de sumun = âgé, à sun’; de umus — intelligence, à US; de gimin — comme, à gim, etc.; l’amuissement total ou partiel courant de la dernière syllabe que l'on constate, par exemple, dans ari(b), eri(b) — fille du beau-père, am(a) = buffle sauvage, an(u) = ciel, im(i) — vent, tempéte; autre : argile, glaise; de dir(ig) = s'incliner, choir, etc., s'explique, semblet-il, par la même cause. L'on sait que les langues caucasiques du Sud ont, elles, un accent d'intensité sur la pénultième et que cet accent est, certainement, l'une des causes qui, dès l'époque ancienne, a puissamment contribué à donner à l'’arménien son aspect si particulier*.
Cette tendance invétérée, qui, en sumérien, a provoqué la chute de nombreuses finales, est peut-être, au fond, la même qui, en arménien comme sur le sol iranien, s'est, à la longue, exercée dans le même sens.
Ce que nous avons noté’ du flottement entre occlusives sourdes et sonores, comme de certaine permutation* entre une gutturale (occlusive ?) sonore aspirée et la non-aspirée, incite à penser :
1° que les sourdes étaient prononcées avec une faible occlusion (phénomène endémique en Asie antérieure);
2° que la sonore aspirée gutturale ne se distinguait pas foncièrement de la non-aspirée.
Ce système phonétique apparaît, au premier abord, très différent de l'indo-européen — pour ce qui regarde les consonnes. — Nous avouerons,
1. Le caractère marqué % désigne seulement que cet % résulte d'une évolution. Il n’a aucune portée phonétique propre.
2. Pour cet aspect en arménien, v. A. Meier, Esquisse d'une grammaire comparée de l'arménien classique, Vienne, 1903, pp. 1 et seq. Noter, à cette occasion, que le passage de & à / dénoncé par arménien uit — chameau répondant à sscr. dsfrah et à avest. uÿfra- se constate dès le sumérien ($ad :: lad ; li(m) :: &). — Pour le phonème originel (3 de type liquide, voisin de r/1), v. A. Pœ8er, Grundzüge, $$ 35, 83. C'est là une petite précision à apporter à la concise « Esquisse » de M. A. MaiLcer (p. 109, $ 110).