CHAPITRE IV : BILAN GÉNÉRAL. — CONCLUSIONS
Elle n'implique, pour les époques antérieures à celle où se situent nos concordances, nul type arrété à priori.
Il n'existe, par suite, aucun caractère spécifique dont on puisse affirmer qu'il constitue l'équivalent d'un certificat d'indo-europeanisme authentique".
Ni le phonétisme*, ni les genres grammaticaux’, ni la déclinaison*, ni les voix verbales ne représentent, ici, des criteria. Qui donc, s'il l'ignorait, reconnaîtrait dans le français ou dans l'anglais actuels la conjugaison indoeuropéenne, si riche ?
Les métamorphismes susceptibles d’affecter l'indo-européen ont été jusqu'au point d'y provoquer, en bien des cas, un abandon à peu près intégral des caractères considérés comme «communs ». C’est un combles.
Rappelons ici qu'un ensemble. organique aussi vaste, aussi complexe qu'est l’indo-européen, ne saurait se résoudre d’un seul coup en ses éléments.
L'œuvre a, certainement, demandé bien des siècles. Siècles dont l’histoire, infiniment diverse, ne saurait tenir ni en quelques formes, ni en quelques mots.
Ce serait, certes, une illusion singulière que de s'imaginer qu'un rapprochement avec le seul sumérien — cette langue étant considérée comme un pré-indo-européen — dût, à ce seul titre, suffire à épuiser le sujet‘.
Pour ne parler que d'un groupe propice entre tous à l'étude comparative, de quelle langue romane oserait-on prétendre qu'il suffit du latin pour en rendre raison’? Pour l’indo-européen, pourrait-il, dès lors, en aller différemment ?
. Cf. avec ci-dessus, p. 5.
. V. l'observation de M. H. ScaucxarprT, rappelée p. 17 et seq.
. V. À. Meier, /ntroductionf, p. 20.
. Cf. l'exemple du persan, du français, où la déclinaison n'existe plus.
. Cf. avec les observations de M. A. Meier, rappelées par nous dans Babylontaca, VIII, 374; D. 197.
6. M. S. Feist a exprimé sur le cosmopolitisme initial de l’i.-e. des idées qui nous paraissent fort justes dans son Europa im Lichte der Vorgeschichte..., p.51, $ 15.
7. V. à ce propos A. Meier, /ntroduction, édition de 1903, p. 23 : (La comparaison des langues romanes ne donnerait du latin vulgaire Ni UNE IDÉE EXACTE, NI UNE IDÉE COMPLÈTE ; 2/ n'y a pas de raison de croire que la comparaison des langues indo-européennes soit plus instruchve, (C'est nous qui soulignons.)
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A notre sens, ce qui importe avant tout, en pareille matière, c'est la continuité de la tradition.
Au moins, autant que les formes, qu'un incessant travail d'innovation reforme et réforme, la continuité de culture et de conceptions maitresses constitue un critérium fondamental.
Entre l'état de langue dit indo-européen commun — état que l'on peut, à la rigueur, dater de 2500 à 2000 environ av. J.-C. — et l'époque où le sumérien a acquis l'essentiel de ses traits fondamentaux, il s'est, en eflet, écoulé, au bas mot, quelque vingt à vingt-cinq siècles.
Une période aussi longue, ef en Asie Mineure, prête à bien des évolutions.
Il se trouve, du reste, que, précisément au cours de ladite période, le sumérien a concouru à l'institution d'une civilisation durable, puissante; civilisation essentiellement cosmopolite, du Pont au golfe Persique, de l'Élam à Canaan; civilisation qui, en grande partie, est devenue la nôtre.
Ce sont là des expériences qu’une grande langue de culture n’accomplit jamais sans subir au moins autant d'influences qu'elle en exerce. Ceci est vrai, en particulier, de celles que de fortes institutions religieuses et économiques, servies par une solide technique et par d'amples ressources d'échange", contribuent à propager.
Pouvons-nous, d’ailleurs, oublier que les premiers Indo-européens classiques, les plus remarquables sous le rapport religieux, — les Aryens, — nous apparaissent en Asie Mineure; qu'ils surgissent au sein d’un tohu-bohu de peuples digne de la tour de Babel ?
La découverte des archives des rois de Cappadoce nous a, remarquons-le, valu quelque leçon de modestie.
Elle nous a montré l’étroitesse fâcheuse des constructions linguistiques par trop systématiques. Des faits nous ont révélé d’infinies possibilités que la théorie n'eût, peut-être, que difficilement admises.
(Il n'avait été rencontré jusqu'ici que des langues indo-européennes
1. Ce fait est capital dans l’histoire du rayonnement de la civilisation et des peuples de l'Asie occidentale, comme des Indo-européens actuels.