Revue sémitique, 1905 (tirage à part, 19 pp
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ment les Sumériens des « Allophyles ». La plupart des sumérologues actuels ont, officiellement, adopté ce parti’. L'on a, dans certains cercles tout au moins, pris la résolution, apparemment très ferme, de considérer ce langage comme une wnité en soi; d'y voir, selon l'expression de M. Prince, « a prehistoric philological remnant »; reste dont l'analyse, morphologique comme lexicologique, ne saurait procéder que de l'observation directe, à l'exclusion de toute comparaison.
Pareille attitude peut être, professionnellement, prudente. Scientifiquement, elle n’est satisfaisante qu'à demi. Un animal « fossile » qu'on nous donnerait comme étranger à toute classification bio- ou zoologique exciterait, à ce titre seul, la méfiance légitime des naturalistes. Pour des générations nourries aux sciences historiques et critiques, ce qui se présente comme isolé garde, toujours et malgré tout, quelque chose de suspect. [] laisse une obscure, une secrète impression d'invraisemblance ; lorsque l'on considère, surtout, l'extraordinaire petit nombre des langues ou familles de langues porteuses de grandes cullures* sur notre petit globe aux compartiments si limités.
C'est pourquoi certains, insoucieux des risques inhérents aux enquêtes de ce genre, n'ont pas craint de poursuivre celle-ci, tant bien que mal. Peutêtre, en agissant de la sorte, sont-ils, en somme, plus proches du véritable esprit scientifique ; esprit qui consiste, avant tout, à chercher.
Comme de juste, l'entrée en lice de la caucasologie, si importante pour l'étude linguistique et critique des vestiges d'idiomes archaïques de l'Asie antérieure, a eu sa répercussion sur la sumérologie.
Dès 1884, M. F. Hommel, dans la Zeitschrift für Keilschriftforschung, s'essayait à retrouver à travers le vannique, l'élamite, le cosséen, mais aussi dans le géorgien et le basque, l'unité brisée d'une grande vague « touranoïde » ; vague qui, autrefois, aurait recouvert toute l'Asie occidentale, enta-
1. Cest à cette opinion que se range ]. D. Prince, auteur de l'excellent article consacré à Sumer and Sumerian, t. XXVI, p. 75 b et seq. de l'Encyclopedia britannica, 11° édit.
2. Remarquons que, à date historique tout au moins, les idiomes (touraniens » sont ceux de peuples qui ont plus assimilé que créé des cultures.
3. T. I, pp. 161-198, 195-221, 323-342 (Die sumero-akkadische ST u. thre Verwandtui hoinos). aussi en tirage à part, Leipzig, 1884, in-8°, 65 pp.
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mant largement l'Europe du sud’. De ces contingents, dont le basque et les langues du rameau kartvélien constitueraient des survivances?, Sumer aurait également fait partie. L'un des principaux — et des meilleurs — arguments de M. F. Hommel était un certain parallélisme de structure des organismes verbaux. Les mots, comme les formes, varient, ici, d’une de ces langues à l’autre. Le procédé mental n'en reste pas moins assez homogène. M. Hommel terminait son article en dénonçant les ressemblances plus particulières qu'il croyait constater entre l'eme-sal et le turc.
Le « touranisme », en tant que tel, n'en perdait pas moins du terrain, pour les raisons données tout à l'heure’.
La caucasologie proprement dite, par contre, en gagnait, notamment sous l'impulsion puissante de H. Winkler, dont le mémoire, « Das Baskische und der vorderasiatisch-mitlelländische Vôlker- und Kullurkreis (Breslau, 1909), demeure, encore aujourd'hui, en quelque sorte la charte des caucasisants adonnés à l'étude de l'Asie mineure ancienne.
Les plus récents essais de nous connus rattachant délibérément Sumer aux langues caucasiques sont ceux de M. TsereTHELr, Sumerian and georgian : a Study in comparative philology (Journ. of the Roy. As. Society, HS, PP..103 021; 1014, pp. 1-30; 1915, pp. 255-288 ; 1916, pp. 1-58), intéressant, bien que sans grande rigueur. L'article de M. F. Bork dans MOLZ,, signalé par nous, p. 11, n. 4, est, certes, beaucoup plus bref; le caractère en est, cependant, tout autrement Hnguistique.
Nous mentionnerons seulement pour mémoire l'article de C.-J. Bazz, The relation of Tibetan to Sumerian (PSBA., XL, 1918, pp. 95-100), édifié sur une liste de vocables tibétains et sumériens phoniquement parallèles, dressée par M. Fonahn. M. Ball avait déjà publié à Londres, en 1913, une
1. Voir encore récemment, du même : Zwezhundert sumero-türkische Wortvergleichungen . als Grundlage zu einem neuen Kapitel der Sprachwissenschaft, Munich, 1915 (autogr.); C.R. par S. À. B. MERCER, Journ. Soc. Or. Res., V, 1921, p. 109 et seq. 2. D'autres restes épars de cette vieille souche linguistique subsisteraient sous forme de
vocables isolés dans la plus grande partie de l'Europe occidentale.
- 3. P. Haupr, Die sumerischen Familiengesetze..., Leipzig, 1879, p. vi, écrivait déjà : eine uralaltaïsche Sprache ist nämlich nach meiner Ueberzeugung das Sumerische ganz entschieden mich.