CHAPITRE I : DE L’'INDO-EUROPÉEN
avahya-radiy' = à cause de cela, proprement « de cela dans le chemin ».
En moyen-perse, ce -radiy aboutit à -ray, dont la signification reste la même, mais dont la valeur dative commence à s’'accuser. Cf., p. ex., w oi Viraf-ray haft xvah-bud — et ce Viraf-à sept sœurs étaient’.
Peu à peu cette valeur dative s'affirme (en parst et en néo-perse) sans, toutefois, que le sens à cause de, en vue de disparaisse, mais -rày s’affaiblit progressivement en -rai, -ra.
En baluëi la métamorphose est achevée. La particule -ra y fait régulièrement fonction de postposition dative complémentaire. L'on entend par là qu'elle s’affixe à la forme dative/accusative du singulier. Elle y sert à mettre fortement en valeur la fonction d'objet direct (ou indirect) du nom qu'elle accompagne, suppléant ainsi à ce que l’a- casuel du baluëi a, par lui seul, d'insuffisamment précis.
Outre le datif-accusatif loga-ra de bal. log, maison, il peut convenir de mentionner ici la forme log-6 — uNE maison, avec article indéfini postposé -e. Cet e- n'est autre qu'un résidu d'avestique aeva- — v. perse aiva- — un. L'on peut, sans effort, concevoir un procès fhéorique à la suite duquel cet -e finirait par faire partie du mot lui-même; par en devenir, en quelque sorte, la désinence, au bout d'un temps x. Nos mots français lierre, lendemain sont le résultat d’un phénomène inverse, bien que, au fond, exactement symétrique : l'incorporation par un mot d’un élément originellement indépendant.
L'étude comparative de l’indo-européen n'a pas manqué d'attirer sur cet aspect du morphologisme flexionnel l'attention des spécialistes.
Dans un article de 1920°, M. A. Meillet remarquait, par exemple, que « les cas de la flexion nominale indo-européenne ne sont pas homogènes, comme le sont, par exemple, ceux de la flexion sémitique... »; que « les formes de la déclinaison indo-européenne ont des origines multiples et di-
1. Le -iy répond ici au locatif sing. Cf. Parsa-1y — en Perse, Mada-1y — en Médie, etc.
Le slave possède aussi radi et l'emploie comme le vieux-perse. Cf. A. MeizLer, Grammaire du v.-p., Paris, 1915, p. 27. L'on voit par là que v.-p. radiy répond à peu près, au point de vue sens et usage pratiques, à grec £vexz.
2. Ex. excellent, fourni par C. SaLEeman, dans le Grundriss der Iran. Philol., 1895-1901, I, 1, p. 285, $ 57, à qui nous l'empruntons.