‹ Sumerien et Indo-EuropeenChapitre 59 sur 243 · CHAPITRE I : DE L'’INDO-EUROPÉEN · texte numérisé non relu

CHAPITRE I : DE L'’INDO-EUROPÉEN

— se sont, à l’occasion, soudés aux verbes. C'est là un fait des plus normaux ; qui n'offre, par suite, rien en soi de spécifiquement indo-européen.

Ce qui, par contre, est plus particulier, c'est que la présence, devant le verbe, de tels de ces préverbes, a, dans certains cas, pour conséquence d'attribuer à ce dernier une valeur perfective*.

C'est là un mode d'exploitation du préverbe connu et signalé depuis longtemps* pour les langues 1.-e. Le gothique, le latin, le lithuanien nous en valent des exemples plus ou moins accusés. Le slave lui a donné un développement considérable et l'a même constitué en mécanisme régulier de la

conjugaison.

Pour être complet, pour être exact aussi, — car c’est là un aspect qui intéresse également l'Asie Mineure, — il est, toutefois, nécessaire d'ajouter que

ledit mécanisme ne fonctionne pas en indo-européen seul.

Il a également une grande extension sur la lisière de l'i.-e. oriental : en caucasique méridional. Le mingrélien, le laze, le géorgien, les mieux décrits, à ce Jour, de la famille, font, en effet, un très large usage des préverbes, en tant que moyen de conjugaison.

La fonction, éminemment importante, de ces préverbes en caucasique du sud est encore fort loin d’avoir été élucidée, fût-ce approximativement’. Il y a, là, un procès morphologico-syntaxique des plus complexes; procès qui, par surcroît, paraît correspondre à de tout autres « catégories » que les nôtres, actuelles, dans la conception du temps, du mode, de la voix, du verbe.

Néanmoins, il paraît acquis qu'un certain nombre, au moins, de ces préverbes ont, en fait, une valeur nettement per/fective, en géorgien, par exemple.

C'est ainsi que l'on y dira, notamment : 9 3e , Soit me v-hs-

1. En d'autres termes, une valeur réservée à l'expression d'une action dont l'achèvement comporte une limitation précise.

2. Cf., p. ex., À. Meier, /ntroductioné, p. 312, qui cite le ga- du gothique, le pa- du lithuanien, le cum- du latin, etc.

3. Cf., p. ex., H. AnjariaN, Étude sur la langue laze, dans MSLP., t. X (1898), p. 421, $ 94.

4. V., p. ex., A. Dire, Theoret.-prakt. Grammat. der modernen georgischen (grusinischen) Sprache, p. 31, en bas.

C'ER — mot j'ÉCRIS, mais, avec le préverbe &s — da (répondant à peu près à sscr. ava pour le sens) : d os -3- 6h 5 — me da-p-CEr-e — mot ai É "Jde — »-ANTEb — j'ALLUME, mais @$-2.s6omnd — da-v- J'ai ÉCRIT, 3-56m98 J & ie onè

ANTeb — j'ALLUMErat [à un moment donné, et pas à un autre]; RS -3- 561)

— da-v-AnTe = j'ai ALLUMÉ [c'est une chose faite, achevée, acquise que mon action d'allumer].

Le préverbe n'est, d'ailleurs, pas toujours le même. [l varie, selon les verbes et les temps. Ce qui précède figure ici uniquement à titre d'exemple; complément nécessaire, à notre avis, de l'indo-européen.

Cette importance du préverbe dans la conjugaison, tant en slave qu'en caucasique, paraît donc témoigner que, sur une large zone indo-européocaucasienne, de l'Irlande à l'Ararat, environ, cette utilisation si spéciale du préverbe est, en quelque sorte, endémique. Ni l'indo-iranien, ni l'arménien, ni le grec ne paraissent, à l'époque classique tout au moins, en avoir jamais déduit un système.

En slave même, ce système paraît procéder d'un développement secon-

daire, développement où l'action du substrat a, peut-être, lieu d'être prise en sérieuse considération.

En caucasique, par contre, elle s’accuse, si intimement liée au fonction-

1. Le régime pronominal (direct ou indirect) s'infixe d'ordinaire entre le préverbe et le verbe. Exemples pour le laze dans MSLP., t. X (1808), p. 420. Finx, Haupttypen des Sprachbaus, p. 140, note l'emploi de constructions symétriques en vieil-irlandais et en lithuanien. Estce par hasard que ces deux terroirs sont précisément de ceux dont les anciennes corrélations ethniques (cf. Bouze, Les hommes fossiles’, p. 326) et économiques (commerce de l'ambre de la Baltique) avec le monde égéo-méditerranéen sont le mieux attestées ? Pour le pluriel en -ar du vieil-irlandais et de l’arménien et ses rapports possibles avec le pluriel en -ar de l'étrusque et du caucasique, voir Babyloniaca, VIII, 2 (1924), pp. 75-122. J. Morris Jones, Appendice B (mars 1809) de J. RaŸs et D. Brynmor Jones, The Welsh people etc., Londres, 1900, pp. 617- 641; v. ibid., p. 23, et G. L. Gomme, The village community etc., Londres, 1890, chap. 1v (pp. 69-115), après Sonigrner (1855) et Porr (Über die quinüre u. vigesimale Zahlmethode, pp. 81 et 99), avaient déjà signalé diverses corrélations curieuses, du Caucase à l'Irlande préceltique. Tout cela serait à reprendre.

Page 1