DE QUELQUES FAITS GÉNÉRAUX
Toutes les fois que l’on aborde l'étude d’un peuple et/ou d'une langue porteurs d'une grande culture — et Sumer, des premiers, est du nombre —, il n'est que sage d'y admettre, par principe, le caractère composite du substrat. Ceci lors même que le recul des siècles nous rend ledit substrat pratiquement inaccessible.
Bien loin qu'une présomption de cette nature doive ou puisse être considérée comme hasardée, l’on doit, au contraire, n'y voir qu'une manifestation tout à fait élémentaire de la plus simple prudence.
C'est la richesse de la « pâte » qui, dans une toile de maître, constitue l'un des facteurs essentiels de la richesse des « fonds ».
À bien des égards, il semble que l’on en doive dire autant des civilisations. Des civilisations puissantes et de large valeur œcuménique ne paraissent, en fait, avoir été possibles qu’en certaines régions plus particulièrement propices à la constitution d’un riche sédiment humain. Cela est vrai de la Chine, de l'Inde, de l’Asie antérieure, de l'Égée, de l’Hellade, de l'Italie préromaine et latine.
Nulle part peut-être cette vérité, que la Renaissance illustre, mais que la préhistoire, longtemps, a paru méconnaître, ne s'impose avec plus de lumineuse évidence qu'aux abords du golfe Persique”.
Là, en effet, au milieu de terres à céréales’, se croisaient d'immémoriales routes d'échange. Routes marquées d'avance par de grands fleuves, par la mer, par des dépressions naturelles; routes menant, à volonté, soit vers le nord-ouest, soit vers le sud, est et ouest. Chemins reliant, par suite, deux vastes cantons du monde dont les richesses, de tous temps, ont gagné à se compléter.
Le vieux mythe du cosmopolitisme de Babel ; celui, plus effacé, mais à peine moins clair, de l'Oannès de Bérose*; la tradition, plus rarement rappelée, mais de non moins grande conséquence, plaçant aux rives mêmes civilisées par Oannès le plus ancien foyer d'expansion religieuse, économique et
maritime de ces Doivuwes — futurs colonisateurs de Canaanf — : celui de la
1. Voir la belle et récente étude de J. März, Geopolitische Probleme am Persichen Golf, dans Freie Wege vergl. Erdk. (Drygalski-Feste., 1925), pp. 163-174. Cf. avec ci-dessus, p. r1.
2. L'importance des lerres à céréales dans le conditionnement de la civilisation à partir de l'époque dite des agriculteurs (v. p. 7 et 'n. 3) s'explique de soi. On est loin, cependant, de l'avoir assez fortement mise en valeur, car elle est capitale.
3. Dans ses excellents Grundzüge der sumer. Gramm., p. 1, $ 1, M. A. PœBeL insiste avec raison sur le caractère foncrèrement cosmopolite du terroir sumérien.
4. FHG., I, pp. 496 et seq. Fror. Decrrzscu, Grundzüge der sumer. Gramm., Leipzig, 1914, p. 1, $ 1, note, avec raison, l'intérêt archaïque de cette chronique sumérogène semimythicisée.
s. HÉroDboTe, I, 1; VII, 80; Srrason, XVI, C. 766; Tépox, ville « chaldéenne » proche, a des homonymes en Cœlésyrie, en Batanée, entre Péluse et le mont Casios, et peut-être sur la petite Syrte (Pocyse, V, 46, 61; Procém., [Tauchn.], V, 15, 26; SrraBon, I, C. 50, 56; XVI, C. 760; ProLém., IV, 3, 45 ; ce dernier douteux). Des Kapmävior (dits aussi l'eoudvior, HÉRODOTE, [, 125) sont proches (SrraBon, XVI, C. 766), mais Pine (HN. I, 8 ; rapprocher de SaLLUSTE, Jugurth., XVIII sqq.), qui rappelle une colonisation iranogène de l'Ibérie (nom caucasique; fleuve /ber; fleuve Chalybs), signale en ce même pays des Germani (1bid., 25). Quant à Arad et Tyros, leur diffusion cananéo-méditerranéenne est bien connue. L'ensemble onymique, en tout cas, témoigne donc d’un glissement très net vers la Méditerranée. M. E. Meyer, comme il lui arrive souvent, substitue peut-être un peu trop aisément son autorité à celle des textes (GA3, -P. 424, $ 356), sans tenir compte, entre autres, de cet ensemble remarquable de convergences (v., à ce propos, Babyloniaca, op. cit., pp. 145-151). Les raisons qui nous font considérer les plus anciens Poiyxes comme des Asiano-égéens, fort cosmopolites, d’ailleurs, ont été exposées sommairement par nous dans nos ( Phéniciens », Paris, 1920.
6. Pour le type morphologique (finale en -*An4) asiano-égéen de kinah-na, cf. F. STÂHELIN, ÆFestschr. f. Wackernazel, Gôttingen, 1924, pp. 150-153; pour l'origine sumérienne trés pro-