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A PROPOS DE LA. DEPOPULATION

Réponse à Monsieur Dagan (1).

En hasardant ces réflexions, en réponse à celles de M. Dagan, sur le problème si complexe de la dépopulation, nous ne prétendons pas plus que lui à le résoudre d'une manière définitive. C'est seulement sur la méthode à employer pour en déterminer les causes, et, d'une façon plus générale, les causes de tous les phénomènes sociaux, que nous voulons présenter quelques remarques. Et par là même peut-être ne nous éloignons nous pas autant de la question pratique qu'il pourrait le sembler d abord : ce n'est qu'à la condition de connaître l'origine du mal qu'on en pourra découvrir le remède.

La tentative de M. Dagan ne paraît guère propre,

(i) C'est la réponse, in extenso, de M. D. Parodi qui a paru dans la Revue de Métaphysique et de Morale (mai 1897).

en effet, à éclaircir le problème. Il en veut beaucoup aux explications « morales », qu'il écarte sans toujours donner ses raisons, pour s'en tenir aux explications purement économiques, c'est-à-dire en somme fondées sur la pure statistique. Aussi conclut-il qu'il « n'y a pas une loi fixe de la population », mais autant de lois particulières qu'il y a de groupes sociaux différents, et que par exemple l'industrie moderne a eu successivement deux effets différents §ur la natalité — l'accroissant d'abord, par la prospérité plus grande qu'elle a produite, la réduisant ensuite, lorsque les machines vinrent diminuer et la main-d'œuvre et le nombre des ouvriers employés. — Mais je crains qu'à prendre les choses ainsi, il n'y ait pas plus une loi économique fixe pour un même groupe social qu'il n'y en a une pour une nation prise dans son ensemble. Les phénomènes économiques sont infiniment trop complexes, en effet, pour que la même situation, ou même deux situations sensiblement analogues s'y reproduisent jamais, et, à ne vouoir donner à un fait économique qu'une seule cause, strictement économique elle-même, on risque d'avoir autant de lois distinctes qu'il y a de grands mouveents ou de grands faits distincts — c'est-à-dire de avoir pas de loi du tout, mais des traductions en rmules abstraites du fait constaté lui-même. — La ule chose qu'il faille donc se proposer, semble-t-il, ans toute science sociale, c'est de distinguer et abstraire les divers facteurs possibles d'un fait corn-

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plexe, et de déterminer comment chacun, pris en lui-même et s'il agissait seul, tendrait à agir. Tout à l'opposé de la méthode employée par M. Dagan, l'économie politique, science complexe, loin de vouloir s'isoler de toute autre et de ne chercher ses explications qu'en elle-même, doit, croyons-nous, recourir sans cesse aux sciences plus simples qu'elle suppose avant elle, et leur emprunter ses-explications.

Un fait est économique, en efïet, par ses résultats, en tant qu'il modifie l'état des richesses d'un pays ou d'une classe ; et la cause d'un fait peut être dite économique lorsqu'elle consiste elle aussi dans un certain état ou une certaine modification de l'état des richesses. Mais il est clair dès lors 1° que des causes non économiques peuvent avoir des effets économiques : une cause indépendante de Fétat des richesses, un mouvement religieux par exemple, ou la diffusion de l'instruction, peuvent réagir sur l'état des richesses ; 2° qu'une cause aussi strictement économique que l'on voudra ne pourra encore produire un effet également tout économique qu'en mettant en œuvre, comme intermédiaires, des causes secondes qui, à un moment donné, ne pourront plus être économiques, mais seront de cet ordre de causes qu'étudient les sciences plus simples — soit un état corporel ou un processus mécanique, du ressort de la physique ou de la physiologique, soit un sentiment ou une idée, du ressort de la psychologie. En d'autres termes, toute science plus complexe implique comme

instruments d'action des agents qu'étudient les sciences plus simples. En d'autres termes encore, la cause initiale d'un fait peut être quelquefois tout économique, mais jamais toute la série des causes intermédiaires, et jamais la cause prochaine : celle-ci, beaucoup plus simple, est toujours nécessairement ou mécanique ou psychologique.

Des exemples, d'ailleurs tout schématiques, nous feront mieux comprendre. — Supposons que, dans un milieu donné, la pauvreté pousse la population à s'adonner à une industrie insalubre ; qu'il en résulte un affaiblissement de la santé publique, et finalement un abaissement de la natalité : ici la cause initiale de la série des phénomènes est économique, mais son mode d'action, et par conséquent la cause prochaine de la dépopulation, est involontaire, inconsciente, mécanique. — Supposons au contraire que la pauvreté porte la population à s'expatrier, et par suite produise encore une diminution finale de la population : la cause première est toujours économique^ mais un intermédiaire psychologique est nécessaire pour expliquer son effet; un raisonnement et une réjolution volontaire interviennent ici.

Ce sont ces intermédiaires que M. Dagan néglige parti pris, dont il ne veut pas môme qu'on s'ocipe ; et, ne laissant en présence que la cause économique initiale, et l'effet économique final, il raisonne comme si l'une produisait l'autre immédiatement, par une sorte de force propre et occulte, par une

sorte d'action à distance, si l'on peut dire, sans que le processus en existe ou en puisse être compris. En bon positiviste, il ne veut que constater le fait sans l'interpréter, par suite sans même l'analyser ; et en conséquence il prend pour une raison ou une loi la simple énonciation abstraite du fait. Or, ce qu'il convient de déterminer d'abord, c'est peut-être, non pas la cause initiale, mais la cause prochaine du fait ; parce que celle-ci, agissant toujours de même, peut être l'objet d'une affirmation plus ou moins générale ; au lieu que l'autre peut avoir les effets les plus divers selon les milieux où elle agit, c'est-à-dire les instruments d'action qu'elle rencontre, c'est-à-dire les causes secondes qu'elle emploie. Il faut donc remonter pas à pas la série des causes productrices ; et la seule chose qu'on puisse généraliser en loi, c'est peut-être la tendance qu'a tel facteur, soit mécanique, soit psychologique, à produire tels effets économiques, ou la tendance qu'a tel facteur économique à produire tels effets mécaniques ou psychologiques; en d'autres termes, les véritables lois économiques doivent énoncer, peut-être, d'une part les effets économiques des causes mécaniques ou psychologiques ; et d'autre part, les effets mécaniques ou psychologiques des causes économiques.

Aussi, la loi économique que tend à formuler notre auteur — le développement de l'industrie pure dans un pays y produit un accroissement, et l'apparition des machines, un abaissement de la population

— ne saurait, ainsi présentée, être affirmée sans restriction, constituer une véritable loi. Ce n'est qu'une généralisation empirique plus ou moins vraisemblable, et non une loi explicative, démonstrative, et partant certaine ; car elle n'exprime ni un fait mécaniquement nécessaire, ni une tendance universellement affirmable de la nature humaine. Il se peut que, dans un tel lieu donné, le développement de l'industrie ne produise pas d'accroissement de la population, s'il coïncide avec un trop grand développement de la débauche ; et il se peut que, dans tel autre, l'introduction des machines n'en produise pas rabaissement, si elle s'accompagne des mesures fiscales propres à encourager les fortes natalités. — Mais, en revanche, ce qui reste vrai, ce qui peut être l'objet d'une loi, c'est que l'accroissement du bien-être d'abord, à la suite de progrès industriels, puis du paupérisme, tendent à produire un état d'esprit dans lequel le chef de famille est plus disposé, d'abord à augmenter, plus tard à restreindre sa famille. Or, cet intermédiaire une fois mis en lumière il devient évident que toute autre cause initiale qu viendrait à produire ce même état d'esprit, produi rait les mêmes effets ; et que toute cause qui vien drait à le modifier dans la conscience individuelle en supprimerait les effets. En un mot, les causes économiques n'agissent qu'en tant qu'elles fournis sent aux hommes des motifs de se déterminer en tel sens ou en tel autre.

Si nous appliquions ces remarques au problème qu'étudie M. Dagan, au problème de la dépopulation tel qu'il se présente de nos jours, nous aurions donc à déterminer avant tout quelle en est la cause immédiate ou prochaine. Comme ce n'est que sur la méthode et la direction à donner aux recherches que nous voulons insister, nous n'essaierons pas scientifiquement cette détermination. Remarquons seulement que cette cause ne peut être que mécanique ou psychologique. Elle serait mécanique si elle consistait par exemple dans un affaiblissement de la force prolifique, et comme dans une décadence des puissances physiologiques de la race : mais on ne s'expliquerait guère, en ce cas, que le ralentissement de la natalité se produise, bien qu'à des degrés divers, dans tous les pays et chez toutes les races de l'Eu rope. Et aussi bien, parmi les nombreuses théories explicatives que passe en revue M. Dagan, deux seulement recourent à ce mode d'explication ; et, à bon droit, l'auteur les écarte comme trop particulières et insuffisantes : c'est celle du docteur Picon, qui veut rendre compte de tout par le progrès des maladies vénériennes, et celle de Spencer, pour qui la diminution de l'activité génératrice doit correspondre au développement de l'activité intellectuelle. —

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Toutes les autres théories, et celle de l'auteur comme les autres, impliquent un intermédiaire psychologique ; la cause prochaine de la natalité y est toujours consciente et volontaire; elle résulte d'une résolution de l'individu, — résolution que sans doute il restera à expliquer elle-même. Ainsi, que M. Dagan le veuille ou non, puisque la cause primitive, économique, politique ou sociale n'agit qu'en passant par la conscience individuelle, qu'en influant sur les manières d'agir conscientes des individus — elle agit toujours par l'intermédiaire de causes morales. Le nombre des enfants diminue, parce qu'on est amené à vouloir qu'il diminue ; nous sommes en présence, ceci ne peut guère être contesté, je crois, d'une limitation volontaire de la natalité,

La question une fois précisée de la sorte, il est clair que toutes les causes qui tendent à produire cette volonté de limiter le nombre des enfants dans la famille peuvent toutes influer sur la situation présente; et M. Dagan n'a plus aucun droit d'écarter dédaigneusement les unes, celles qui ont un caractère plutôt moral, pour n'attribuer quelque valeur qu'à celles qui lui paraissent exclusivement économiques. Et il est clair encore que si plusieurs influences diverses peuvent aboutir de concerta produire cette volonté, ou mieux que si elle ne peut être expliquée complètement que par le concours de plusieurs influences, et non par l'action immédiate d'une seule, plusieurs des explications proposées de nos

jours ont chance d'être vraies à la fois, sans qu'aucune le soit tout à fait à elle seule.

Et, tout d'abord, comme la génération est le résultat d'un instinct naturel, un des plus primitifs et des plus forts parmi les instincts, il faut reconnaître que la limitation volontaire de la natalité se ramène à la subordination d'une tendance brutale à des considérations d'ordre intellectuel, à des calculs de prévoyance; par suite encore il faut reconnaître qu'elle n'est rendue possible que par un certain degré d'intelligence, de réflexion et de culture. Et que les raisons qui peuvent retenir l'individu à cet égard soient du plus bas égoïsme et profondément immorales, il n'en reste pas moins qu'elles sont de nature intellectuelle, et donc, en ce sens, d'ordre moral. Nous avons donc là un phénomène social qui n'apparaîtra guère aux époques purement instinctives, mais qui suppose, pour se produire, un minimum de civilisation.

Gomment se fait-il alors qu'il se constate même dans les classes inférieures, et peut-être là plus qu'ailleurs, lorsque pauvreté s'en mêle? puisque c'est ce que semblent établir les chiffres mis en avant par M. Dagan. — Il serait étrange qu'il n'en fût pas ainsi : si une certaine réflexion est nécessaire pour que se produise l'idée et la volonté de limiter sa progéniture, ce n'est pas à dire que cette idée une fois suivie par quelques-uns, soit bien difficile à comprendre et à imiter pour les autres, pourvu toutefois que les rapports de classe à classe ne soient pas trop

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rares ou trop restreints. Si encore l'homme ne pouvait la réaliser qu'en domptant tout à fait Tinstinct sexuel, et en se condamnant à la chasteté, il est évident que cette idée ne serait guère dangereuse, puisqu'elle exigerait et une intensité de réflexion, et une continuité dans la prévision, et une force de volonté tout à fait au-dessus de la moyenne de l'humanité. Mais lorsque l'homme a trouvé le-moyen de satisfaire ses instincts tout en trompant le dessein de la nature, alors l'idée éclate dans toute sa simplicité théorique et toute sa facilité pratique et peut gagner de proche en proche toutes les classes. Bien plus, ce sera chez les ouvriers des villes par exemple, qui sont plus en contact avec les classes aisées, tout en restant plus grossiers ou plus ignorants, qu'elle pourra, à un moment donné, se répandre le plus vite : car elle ne rencontrera là que peu d'obstacles dans des idées morales ou religieuses, patriotiques ou sociales. Ainsi, né toujours dans un état de culture assez avancé, et d'abord dans les classes les plus capables de prévision et d'analyse, le mal de la dépopulation ne pourra gagner que plus tard, quitte à s'y répandre plus rapidement, la population ouvrière et urbaine, et il n'atteindra jamais qu'en dernier lieu les classes agricoles et les campagnes. Il semble donc juste de dire, avec M. Leroy-Beaulieu, que c'est, en un sens, « la civilisation qui réduit considérablement la natalité (1) ».

(1) La tendance de l'homme instruit est, en effet, par cela môme qu'il prévoit les choses de plus loin, de vouloir assurer

Mais ce n'est pas nécessairement là où le mal a pris naissance qu'il va sévir avec le plus d'intensité, c'est là où il rencontrera le milieu le plus favorable. En d'autres termes, c'est là où les raisons qu'on peut avoir de restreindre le nombre des enfants seront les plus nombreuses, les plus générales, les plus fortes ; et là aussi où les raisons contraires seront le plus rares ou le plus faibles. Il y a donc, à la dépopulation, trois facteurs nécessaires, dont l'absence d'un seul peut empêcher le phénomène de se produire : 1° l'idée, fournie par l'imitation des hautes classes, elles-mêmes à la fois corrompues et réfléchies, de limiter sa progéniture ; idée qui, pour être comprise et adoptée, exige encore et la facilité des communi-

par avance à ses enfants tout ce qui leur sera nécessaire dans la vie ; de « ne se permettre un enfant » qu'autant qu'il est sûr de pouvoir le nourrir et l'élever. La nature au contraire prodigue infiniment les êtres, fait pulluler les germes dont quelques-uns seulement écloront, multiplie les individus, dont quelques-uns seulement survivront : ce sont ses créatures elles-mêmes qu'elle charge du soin, en luttant et en se dévorant entre elles, de distinguer et de mettre à leur place les plus dignes, les mieux douées, les plus conformes au type idéal de l'espèce, et d'en assurer ainsi la conservation ou le progrès. La méthode de la nature semble être la multiplication quantitative; celle de l'intelligence humaine la culture qualitative. L'homme tend partout à restreindre la fécondité naturelle, pour utiliser, améliorer, tirer parti de tout ce qui est. — Mais il est clair que ce calcul, pour raisonnable qu'il puisse paraître, a pour conséquence de tuer dans l'humanité la spontanéité et la force de l'instinct, d'en tarir la sève originelle. Et c'est là une des formes du grand et éternel conflit de la nature et de la raison. (Note de M. Parodi.)

cations et un minimum de réflexion, en un mot une civilisation assez avancée. Contre-épreuve : dans les pays les plus pauvres, mais où ce facteur manque, les causes qui ailleurs produisent la dépopulation, agissent tout différemment : dans les Basses-Alpes, par exemple, la Lozère ou l'Aveyron, on émigré, mais les familles continuent à être nombreuses ; autre exemple : les Chinois ; — 2° une raison d'adopter cette idée et de s'imposer cette réflexion ; et cette raison pourra être de nature très diverse suivant les classes ou les lieux : pauvreté, appréhension égoïste des soins qu'exigent les enfants, souci égoïste des bouches à nourrir, peur de démembrer le bien patrimonial, désir désintéressé d'assurer l'avenir de l'enfant, etc. : toutes les raisons indiquées par les économistes et les moralistes peuvent être vraies tour à tour ou à la fois ; — 3° absence de raisons contraires : par exemple absence d'idées morales ou religieuses capables de faire comprendre la laideur de ce calcul au point de vue moral et patriotique ; absence aussi, peut-être, de mesures législatives encourageant à la procréation ou en diminuant les charges.

D'où il suit que, la pauvreté étant le plus impérieux des motifs qui peuvent faire redouter à l'homme une famille nombreuse, elle peut être considérée sans doute comme un facteur important de la dépopulation ; mais qu'elle ne peut pourtant agir dans ce sens que si d'autres conditions se trouvent réunies, et qu'elle ne saurait en tout cas agir d'une

façon toute fatale et en quelque sorte irrémissible ; et les efforts des éducateurs ou des législateurs ne seront pas nécessairement moins efficaces que ceux, d'ailleurs tout platoniques, des économistes. La misère est donc, je ne dis pas tout à fait le prétexte, mais l'occasion de la dépopulation — au même titre, ni plus ni moins (avec la seule différence de son caractère plus urgent et plus fréquent), que peut l'être pour une mondaine le désir de ne pas déformer sa taille ; ou, dans tous les cas d'union libre, la crainte du scandale qui résulte de la maternité. Et de même, la législation actuelle de l'héritage, qui tend au morcellement extrême de la propriété, peut en être une autre occasion chez nos paysans. Mais la vraie raison, la raison générale et essentielle, que ne font que favoriser tantôt l'une et tantôt l'autre de ces causes secondaires, c'est la corruption croissante des mœurs, résultat de l'extension imitative à toutes les classes de ce qui notait d'abord que le vice d'une seule ; c'est l'absence d'une discipline morale capable, en cette heure de relâchement ou d'affaiblissement de la foi religieuse, de faire taire tous les égoïsmes et les calculs d'intérêt privé, en imposant un idéal commun de vie familiale, sociale et patriotique ; d'une discipline capable de l'imposer à tous les hommes de l'Europe moderne, mais surtout à nous, Français, qui ne faisons que ressentir plutôt, et comme d'une façon plus aiguë et plus intense, les maux de la civilisation moderne elle-même.

Sans doute, pour remédier au danger qui nous menace, il faut s'efforcer de combattre tout ce que nous en avons appelé les causes secondaires ou occasionnelles et, contrairement à M. Dagan, nous croyons que ni les mesures législatives ou fiscales (1), ni les mesures économiques ne seraient nécessairement sans effet. Mais il ne faut pas pour cela oublier de lutter contre la cause essentielle ; et ici encore c'est des mœurs générales, et c'est surtout de l'éducation, qu'il faut tout attendre ou tout craindre. Ici encore, et une fois de plus, il apparaît, croyons-nous, que les questions sociales sont, en une large mesure, des questions morales.

D. Pahodi.

(1) Il est certain, d'ailleurs, qu'il faut apporter une extrême réserve et une extrême prudence à l'emploi de ces mesures législatives, de peur d'aggraver le mai en voulant le guérir. On nous le dit très justement : « Vouloir agir sur les facultés de rétlexion des pères de famille, c'est contribuer à l'éveil de ces facultés... Far exemple, promettre l'exemption totale ou partielle d'impôts au père de 7 enfants, c'est attirer l'attention publique sur les inconvénients qu'il y a à être père de 6 enfants. » Mais les mêmes objections ne portent pas également contre toutes les mesures législatives; on peut en concevoir de moins directes et de moins brutales — une meilleure réglementation du droit de tester, par exemple, ou une simplification du mariage juridique, le rendant plus facile et moins onéreux; ou même dans une certaine mesure, l'impôt sur les célibataires, etc. (Note de M. Parodi).

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