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LA REPONSE DES FAITS

Si on a pris la peine de lire attentivement, d'une part, mon étude et ma lettre à M. Fouillée, d'autre part les réponses de M. Fouillée et de M. Parodi, on a compris que le fond du débat est plus grave qu'il ne le paraît au premier abord.

Il est évident que sur ce point — et sur beaucoup d'autres — nos divergences sont inévitables. Notre méthode n'est pas la même.

Je ne m'embarrasse pas de savoir si j'obéis à l'Évangile marxiste ou à l'Évangile des « Idéesforces », je me soucie d'abord de ce qui existe et je me méfie des théories, surtout de celles où l'imagination et les préjugés moraux ont le plus de part.

Je soutiens, après observations, réflexions et recherches, que le phénomène de la natalité ascendante ou descendante dépend principalement des

conditions économiques ou, pour préciser davantage, des conditions d'existence. On nous répond oui et non en même temps. Et l'on nous objecte les raisons « psychologiques et volontaires », comme s'il pouvait y avoir des raisons psychologiques et volontaires indépendantes des conditions d'existence !

Au lieu de fatiguer le lecteur par des répétitions superflues, je vais produire quelques faits nouveaux, très démonstratifs, empruntés au beau livre de l'ingénieur G. Cauderlier (1). C'est l'un des ouvrages les plus sérieux et les plus complets qui aient été publiés en Europe sur cette question :

« Contrairement à l'opinion soutenue par les principaux savants français, dit M. Cauderlier, nous verrons que toutes les causes qui augmentent la facilité de se procurer les ressources nécessaires à la vie excitent la fécondité et par suite la natalité, et inversement toutes les causes qui diminuent la prospérité d'une nation, diminuent aussi la fécondité et la natalité. »

Avant d'arriver à cette conclusion, M. Cauderlier a constaté , en puisant ses renseignements aux sources officielles de tous les pays, que : la natalité et la nuptialité ont augmenté dans tous les pays depuis 1841 jusqu'en 1875 et diminué de 1875 à 1892. 11. est donc impossible d'attribuer Pabaisse-

(1) Les lois delà Population, chez Guillaumin (i fort volume, 20 francs.)

ment de la natalité en France aux considérations puériles invoquées pal* MM. Leroy-Beaulieu etBertillon. L'universalité du phénomène prouve déjà la profondeur et la gravité des causes.

D'ailleurs, voici quelques faits :

Pour le Wurtemberg : En 1878-80 et en 1881-83, la crise industrielle et commerciale qui a régné en Allemagne a diminué la fécondité de 26 et de 20 par mille.

En 1890-92, le relèvement des affaires et la prospérité générale ont augmentera fécondité de 18 par mille.

Pour Y Angleterre : En 1857-59, les conséquences de la guerre de Grimée font tomber la fécondité de 35 millièmes. En 1860-62 la guerre de Sécession la fait tomber de 21 par mille.

En 1866-68 le choléra et la guerre d'Allemagne amènent une chute de 18 par mille.

La grande prospérité qui règne en 1875-77 fait monter la fécondité de 16 par mille.

La crise économique et industrielle qui règne en Angleterre en 1887-89 et en 1890-92, causée principalement par la concurrence croissante de l'Allemagne, fait baisser la' fécondité de 31 et de 33 par mille.

Pour la Hollande : De 1878-80 à 1884-86, le commerce de la Hollande augmente de 1,730 millions de florins, soit plus de 3 milliards 600 millions de francs, et il augmente encore de 850 millions de flo-

rins, soit près de 1,800 millions de francs, pendant la période suivante. Cette énorme augmentation du commerce amène naturellement une augmentation de bien-être qui, par contre-coup, augmente la fécondité moyenne et la porte de 1,607 à 1,672 (indices de fécondité).

Pour la Belgique : En 1857-59, l'essor industriel et commercial qui a suivi la guerre de Grimée fait remonter la fécondité de 21 par mille.

En 1860-62, la guerre de Sécession ; en 1866-68, la guerre d'Allemagne et le choléra font baisser la fécondité de 16 et 22 par mille.

En 1887-89 et 1890-92 la crise industrielle due à la concurrence croissante de l'Allemagne, qui frappe en même temps l'Angleterre, fait sentir ses effets sur la Belgique, et la fécondité baisse de 27 et de 46 par mille.

La Prusse : En 1860-62, la guerre de Sécession, en 1866-68, la guerre d'Allemagne ; en 1869-72, la guerre avec la France font successivement baisser les conceptions de 23, 24, 32 par mille.

D'autre part, la prospérité qui a suivi la guerre avec la France fait remonter les conceptions de 23 par mille, et l'activité commerciale et industrielle qui se manifeste en Allemagne depuis 1884 et qui porte de si rudes coups à l'Angleterre et à la Belgique, fait monter les conceptions en 1884-86, 1887- 89, 1890-92, de 19,25 et 28 par mille.

La France : En 1866-68, le choléra et la guerre

entre la Prusse et l'Autriche ; en 1869-71, la guerre franco-allemande font baisser les conceptions de 21 et de 45 par mille.

En 1872-74, la prospérité après la guerre, et en 1881-83 les fortes récoltes en vin font augmenter les conceptions de 28 et 19 par mille.

Mais en 1887-89 et 1890-92 l'invasion du phylloxéra, en ruinant une partie des départements du Midi et du Centre de la France, fait baisser les conceptions de 43 et 44 par mille.

On verra l'influence du phylloxéra par le tableau suivant qui indique la valeur de la récolte en vin de la France :

1875-77 4.415 millions.

Les deux dernières périodes où la France a subi une perte de plus de 3 millards ont fortement diminué la fécondité dans les départements du Midi, et la moyenne générale s'en est trouvée influencée.

Il serait facile de multiplier les preuves. « En résumé, dit M. Gauderlier, la fécondité légitime est une constante. Elle varie naturellement avec l'âge de la femme et la durée du mariage, mais en dehors

de ces influences pysiologiques, la fécondité ne subit guère que des influences économiques. Il résulte de là que la faible fécondité des femmes françaises n'est pas due à une dégénérescence de la race mais aux mauvaises conditions économiques dans lesquelles se trouve placé le peuple français. » Gela est aussi vrai des femmes belges et des autres.

M. Gauderlier ajoute : « Le remède à cette faible fécondité est donc entre les mains des hommes d'État français. »

Voilà des hommes d'État qui auront beaucoup à faire.

Quoiqu'il en soit, les travaux de M. Gauderlier nous permettent d'établir scientifiquement cette vérité, qu'on pourrait indiquer à priori : Les conditions économiques dans lesquelles vivent certains groupes d'hommes influent d'une façon prépondérante sur les variations de la natalité.

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