CRITIQUE DES REMÈDES
A M. le l>r Ler/rain.
Nous pensons qu'il est superflu de s'attarder sur les preuves de la consommation immodérée de l'alcool dans les classes pauvres. Les documents abondent sur ce point : il existe des revues spéciales, des sociétés de tempérance, des manuels scolairjes qui fournissent des chiffres convaincants et lèvent tous les doutes.
Rappelons, pour mémoire, que vers 1850, les quantités imposées d'alcool dressées par le fisc s'élevaient à 585, 200 hectolitres ; vers 1870 ce chiffre s'élevait à 882,790 ; en 1805 il atteignit 1,549045.
Or, si l'on ajoute à ce chiffre l'alcool qui échappe aux perceptions du fisc et que Ton peut évaluer, — d'après des écrivains compétents, — à 500,000 hectolitres, on arrive à une consommation annuelle de deux millions d'hectolitres pour la France. On a calculé, d'autre part, que le dixième de la population consomme, à lui tout seul, les trois quarts de la consommation totale et que, pour les quatre millions de Français qui sont compris dans ce dixième, le . chiffre de la consommation annuelle moyenne d'alcool atteint près de quarante litres par tête, — quarante litres d'alcool à 100°, c'est-à-dire 100 litres d'eau-de-vie.
N'oublions pas, néanmoins, que l'alcoolisme n'est pas un fléau particulier au peuple français. Il sévit un peu partout, principalement en Belgique, en Hol-, lande, en Allemagne, aux États-Unis, en Angleterre, etc. Dans chacun de ces pays on a essayé de le combattre par les moyens les plus divers.
Nous allons examiner la valeur des principales mesures antialcooliques préconisées jusqu'à ce jour.