LE BARON DE LAHONTAN
Un contemporain, écrivait le 28 Septembre, 1689: ‘Ils débarquèrent au bout de l'Ile au nombre de douze cens Guerriers, qui brulèrent et saccagèrent toutes les habitations. Ils firent un massacre épouvantable d'hommes, de femmes et d'enfans. Madame de Denonville, qui se trouvait alors avec Monsieur son époux à Montréal, ne s'y croyoit pas trop assurée ; la consternation étoit générale, car on craignoit extrèmement l'approche de ces Barbares, qui n'étoient qu'à trois lieues de Montréal. Ils bloquèrent deux Forts, après avoir brûlé toutes les habitations d'alentour. Cependant, Mr. de Dononville y envoya un détachement de cent Soldats avec cinquante Sauvages, ? ne voulant pas faire sortir de la Ville un plus grand nombre de combattans ; mais ceux-cy fûrent tous pris ou taillez en pièces, car il ne s'en sauva qué douze sauvages, un soldat et Mr. de Longeuil, commandant de ce détachement, qui après avoir eu la cuisse cassée, fut emporté par ces douze alliez ; les autres officiers, à scavoir les Sieurs de la Raberre, Saint Pierre, Denis, la Plante et Ville-Denté, furent pris. Ces Barbares désolèrent presque toute l'Ile et ne perdirent que trois des leurs, lesquels, après s'être bien enyvrez du vin qu'ils trouvèrent aux habitations, furent attirez dans un Fort®' par un vacher Canadien qu'ils tenoient esclave depuis quelques années. Dès que ces Iroquois infortunez furent dans ce Fort, on les jetta dans une cave, afin qu'ils cuvassent leur vin, mais s'étant éveillez, ils se repentirent sans doute d'en avoir tant bû. Ils se mirent aussitôt à chanter, et lors qu'on vint pour les lier et les amener au h.. Montréal, ils se saisirent de quelques bâtons qu'ils trouvèrent dans cette cave, et se deffendirent avec tant de vigueur et
(1) Catalogne dit 50 soldats et 30 sauvages. — (2) Le Fort La Présentation.
d'intrépidité qu'on fut obligé de les tuer à coup de fusil dans le lieu même......Les Iroquois avoient brûlé toutes les Plantations et égorgé des milliers! de François ; le laboureur étoit assommé dans son champ; le voyageur étoit enlevé dans ses courses, et le marchand ruiné par le manque de com e, la famine désoloit tout le monde, la guerre faisoit aban, ner le pais ; en un mot la nouvelle France alloit infailliblement périr, si ce Gouverneur n'eût fait la paix avec ces barbares, de la manière que je vous l'ai expliqué à la fin de ma cinquième lettre. (tome 1er., p. 193,)
M. L'ABgé DE BELMONT, encore un contemporain :
“Enfin, le 24 août, au milieu de la nuit, les 1400 Iroquois passèrent le lac St. Louis dans une tempéte de grêle et de pluie. Is se placèrent par pelotons, en corps de garde, à toutes les maisons, durant sept lieues et commencèrent un massacre général d'hommes, de femmes et de maisons.
‘(Suit une liste de noms, la plupart indéchiffrable
“ La nouvelle de cet étrange massacre arrive ; M. ‘arquis fait partir M. de Vaudreuil avéc 300 hommes qui arrivèrent à leur camp au haut de l'Isle. où on les trouva presque tous saouls. C'était là une belle occasion d'en tuer cinq ou six cents, et ravoir les prisonniers ; mais par une conduite dont je laisse le jugement à d’autres, il défendit de tuer, disant qu'il avait des ordres contraires. On en prit pourtant trois dans le fort de la Présentation qn'on assomma dans la cave,
“Il se sauva un chirurgien du Lac des Iroquois qui dit que le père Milet avait été pris, attiré par les Iroquois pour confesser un chrétien moribond.
“ M. le Comte ramena le parti au fort Roland. Le lendemain, 5 août, un gros parti descendit de leur Camp au haut de l'Isle et se vint poster entre le fort Roland et celui de l'Eglise de Lachine, partie dans le bois, partie au bord des blés qui étoient hauts, s'envoyant du secours selon le besoin par les sentinelles posées sur les arbres.
“ L'Arabelle, capitaine réformé, fut commandé pour amener
(1) ‘ Centaines ” eut été plus vrai,
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40 hommes de renfort à M. de Vaudreuil, M. le Marquis restant pour garder la ville où étoit sa femme et sa famille. A L'Arabelle se joignit une troupe du Sault et de la Montagne ; mais les Iroquois, laissant les Sauvages, tirèrent sur le gros des soldats dont ils mirent la plus grande partie par terre, et se jetèrent sur L’Arabelle qu'ils prirent avec La Plante et Villedonné. Sept Sauvages du Sault, voyant cette déroute, voulurent gagner le fort de l'Église où étoit M. d'Ollier (Dollier de Casson), mais comme ils étaient vieux et lassés, ils furent tous tués à /a montée du moulin ;” la face de Lahaie eut des coups de sabre et il fut détruit.
‘“ Après cette victoire complette, cette malheureuse troupe de prisonniers essuya toute la rage que la vengeance la plus cruelle peut inspirer à des sauvages. Elle fut transportée au -delà du lac St. Louis par l'armée victorieuse qui fit, en passant le Lac, 90 cris, pour marquer le nombre de prisonniers qu'ils avoient, disant : on nous a trompés, Ononthio ;. on te trompe aussy. Etant abordés, d'abord, ils allumèrent des feux, plantèrent des poteaux, firent brusler cinq Francois, firent rôtir six enfants et d'autres griller sous les cendres et les mangèrent. Ils emmenèrent les autres pour être immolés au gré de leur vengeance, à Onnontagué, où on les fit promener longtemps sur un chemin de charbons ardents. à
‘Peu de temps après, la peur s'étant emparée des Sauvages, on fit venir demeurer en ville tout le village du Sault, avec leur blé qu'on mit sous les voûtes de l'Eglise.
“On envoya des ordres à Katarakouy que la garnison abandonna ; et l'on fit sauter les bastions et les courtines en partie et au commencement d'octobre M. de Frontenac vint reprendre le gouvernement.
“MM. Du Luth et Mantet donnèrent le plus beau combat qui se doit donné de cette guerre. Vingt sept Sounontouans contre environ antant de Francais furent découverts et rencon-
(1). Cette montée qui servait de route aux habitants de la côte Saint-Paul pour se rendre
à l'Eglise, fut fermée il y a une dizaine d'années, après que le gouvernement féderal eût ouvert ‘une nouvelle voie de communication sur la berge sud du Canal Lachine.
trés dans le lac des Deux Montagnes. M. Du Luth fit mettre ses canots à la queue l’un de l’autre, et eut l'adresse de mettre le soleil aux yeux des [roquois et commanda à ses gens d'essuyer le feu annemi. [ls ne blessèrent personne ; alors M. Du Luth commande de prendre chacun le sien, se mettant en travers et en flanc, ce qui s'exécuta si heureusement que tous tombèrent dans le Lac blessés, hors deux, dont un fut bruslé sur le champ par les Algonquins, l'autre à la Montagne par ordre de M. Denonville.
“Le 15 novembre, les Iroquois firent encore un horrible massacre dans un jour de pourdrerie à Lachenaie où ils massacrèrent la nuit vingt Francois, dont ils dispersèrent les membres et les boyaux sur la neige.” (Æ74st. du Canada, 29 à 31.)