MOTIFS DES SOUPÇONS PORTÉS CONTRE LES RÉVÉRENDS PÈRES
Le P. de Rochemonteix nous assure que l’état de chose tel que décrit plus haut ne constitue pas le fait du commerce selon le droit canon, et l’on peut ajouter, peut-être aussi selon le droit civil; mais il faut avouer qu'il était de nature à faire naître des soupçons contre les Jésuites. Les particuliers et même les fonctionnaires, qui n'étaient pas des docteurs de la Sorbonne, ni des avocats du Parlement de Paris, voyant partir, chaque année, un, deux, trois et quatre canots des Jésuites, ® chargés de marchandises d'Europe et ne connaissant pas toujours l’intérieur de leur ménage, ni la mesure de leurs besoins, pouvaient aisément confondre le commerçant qui achetait et revendait pour s'enrichir et le missionnaire qui agissait de la même façon pour se soutenir. Ce qui ne contribuait pas peu à augmenter les soupçons, c'est qu'une partie de ces marchandises était la propriété des canotiers. Le gouverneur de Ramesay se plaint de cet abus des congés qui étaient accordés aux Pères. Très hostile aux Jésuites, qu'il dit vouloir gouverner le pays (il oubliait que leur supérieur et l'évêque étaient membres du Conseil Supérieur), il ne les accuse pas de trafiquer, mais le 4 novembre
(1) Riche est le rapprochement des barils d'eau-de-vie et des messes, mais il est simplement accidentel et de style, —(2) Le Conseil Supérieur déclarait en 1678 qu’il n’y avait pas au Canada # d'avocats, procureurs, ni praticiens, étant même de l'avantage de la colonie de n’en pas recevoir”, —(3) En 1692, quatre congés leur furent accordés, probablement parce que le pays était en
pleine guerre avec les Iroquois et qu’on ne pouvait compter sur l'avenir pour approvisionner les 8 q q
missions, (Cor. gén., XI1 bis, 450).