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fripon avait formulée contre eux”. (Margry, I, 388 à 393, 401 ; Lôid., V1, 119, 144, 145, 215 à 226, 234, 235.)
Tel était le wodus vivendi qui de tout temps fut sanctionné par tous les gouvernements de la colonie et de la mère-patrie, avant comme après la prohibition de la traite des pelleteries dans la profondeur des bois et les Pays d'en haut, laquelle fut décrétée la première fois en 1676. (7. et D., IT, 441.) Il nous donne l'interprétation de ce passage du Journal des Jésuites, page 13: “Le 15 novembre 1645, le bruit estant qu'on s’en allait icy publier la défense qui avoit esté publiée aux Trois-Rivières, que pas un n'eut à traiter avec les sauvages, le P. Vimont demande à Mons. des Chastelets, commis général, si nous serions de pire condition sous eux que sous Messieurs de la Compagnie ? La conclusion fut que non, et que cela iroit pour nous à l'ordinaire et que nous le fissions doucement. ” À cette époque, comme durant plusieurs années avant et après, le commerce de pelleteries était le monopole. exclusif d'une compagnie autorisée par le Roi de France, et il était loisible à ses directeurs d'accorder tels permis qu'ils jugeraient nécessaires ou utiles, même celui de faire la traite ordinaire. C’est ce qu'explique clairement ie P. Le Jeune en 1636: ‘La Compagnie de la Nouvelle-France, dit-il, n'interdit pas cet usage des pelleteries, ni comme monnaie, ni comme vêtements ; elle en défend seulement la vente hors les limites de la colonie, elle veut que ces peaux reviennent finalement dans ses magasins et ne passent la mer que sur ses vaisseaux ; elle a seule le droit de faire le commerce et seule elle le fait. Voilà tout le profit que nous tirons ici de la pelleterie et des autres raretés du pays, tout l'usage que nous en faisons.” (Xelation de 1636, p. 49.) Aussi en 1643, la compagnie de la Nouvelle-France n'eut pas d'hésitation à déclarer que ‘les dits PP. Jésuites ne sont associés en la dite compagnie de la Nouvelle-France, ni directement, ni indirectement, et n'ont aucune part au trafic des marchandises qu'y s'y fait”. (Charlevoix, 1, 257.)
Enfin on lit dans les délibérations du Conseil Supérieur du 26 novembre 1664, une autre déclaration encore plus importante,
qui n'aurait certainement pas été acceptée si elle eût été fausse ou mal fondée : ‘Sur la déclaration faicte.par Martin Boutet en ce Conseil de la part des Révérends Pères Jésuites que les dits Révérends Pères n'ont faict jamais aucune profession de vendre et n'ont jamais rien vendu, mais seulement que les marchandises, qu'ils donnent aux particuliers, #e sont que pour avoir leurs nécessicitez et qu'il ne leur reste plus rien à présent que pour faire quelques aumosnes et pour les nécessilez de leur Maison et que s'y ils ont quelques travaux à faire, il fauldra qu'ils les payent en vin et eau de vie et denrées du pays, argents où billets chez les marchands.” (/wg. et Dél., X, 300.)
Pierre Margry, le panégyriste de MM. de Frontenac, Cave- Jier de La Salle et de La Mothe-Cadillac, cite un document anonyme, sans date, ni lieu, qu'il trouva parmi les papiers des Récollets, et qu'il fait remonter à 1690. On y lit: ‘ Le profit qu'il y a à faire sur les marchandises fait que les communautés rentées en font venir de France et ont chacune leur magasin. Les séminaristes et les jésuites sont les plus heureux et les plus riches... Les Pères Jésuites, qui abandonnent le soing des paroisses aux ecclésiastiques, se réservent celuy des sauvages, qui leur apporte un plus grand profit temporel, veu que, en donnant quelques denrées à ces barbares, ils amassent quantité de castors. Ils font aisément ce petit commerce, veu qu'ils sont seuls parmy eux.” (Aarery, V, cix.)
Ce document contient une fausseté évidente, Qui ignore qu'en tous lieux et de tous temps, les Jésuites n'ont jamais demandé à desservir des paroisses, mais seulement à enseigner dans les collèges et universités et évangéliser les nations barbares en la Nouvelle-France, aux Indes et ailleurs ?
Que les communautés aient eu chacune un magasin dans leur maison à Québec, c'est probable. Les Jésuites avaient certainement le leur. Martin Boutet le donne à entendre dans sa déclaration devant le Conseil. Egalement le procureur général d'Auteuil parle du ‘commerce ouvert ” qu'ils font dans Québec, mais qui ‘ne préjudicie à personne, les marchands ne s'en plaignant pas”. (Cor. gén., XXII, 382.) Pourquoi ne se
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plaignaient-ils pas ? Evidemment parce que le magasin n'était tenu que pour les besoins de la maison, Les prix excessifs que les marchands exigeaient pour leurs marchandises rendaient l'existence de ces magasins presque indispensable à une communauté, non pas pour faire le commerce, mais pour vivre, Et, puisqu'en 1690 les Jésuites avaient un magasin ouvert, comment se fait-il que, le 16 novembre 1686, l'intendant de Champigny écrivait au ministre qu’ ‘‘il ne me parait pas que les Jésuites se meslent d'autres choses que ce qui est propre de leur institut ” ? (Cor. gén., VIIT, 321.) Comment encore expliquer ce passage du baron de Lahontan, qui était à Québec à la même époque et qui certes avait l'œil vif, sans être trop doux à l'égard des ecclésiastiques : ‘Plusieurs personnes, écrit-il le 16 mars 1684, m'ont assuré que les Jésuites faisaient un grand commerce de marchandises d'Europe et pelleteries du Canada ; mais j'ai de la peine à le croire, ou si cela est, il faut qu'ils aient des correspondants, des commis et des facteurs aussi fins qu'eux-mêmes, ce qui ne saurait être. ” (/ome 2, p. 76.) M. Sulte, qui cite ce passage, observe qu’ “il n'y a pourtant pas à se cacher que les Jésuites faisaient la traite dans plus d'une mission. La Hontan est le seul qui en doute”, (Æ7zs4. des Can. Ær., VII, 55.) Quel- ques pages plus loin, M. Sulte cite cependant dans le même sens ce témoignage du calviniste Kalm, qui voyageait au pays vers le temps de la cession : ‘ Les jésuites, disait ce voyageur, ne trafiquent ni dans les peaux, ni dans les fourrures, laissant ce soin entièrement aux marchands, ”