CONCLUSION
Tel est aussi mon sentiment sur cette grave question de la prétendue traite des Jésuites, question que j'ai ébauchée dans une autre occasion et que je développe aujourd'hui, après avoir parcouru les quinze volumes de la Correspondance générale de la fin du 17e siècle, récemment arrivés aux archives du Canada. Ca n'a pas été sans un sérieux travail que je suis.
(1) Lake St, Louis, 205.
arrivé à cette conclusion. Les dépêches, les mémoires, les lettres, presque tous les documents qui traitent de cette matière délicate, sont remplis de tant de contradictions, d'accusations et de récriminations, à travers lesquelles percent malheureusement trop souvent l'intérêt et la cupidité, la haine et la jalousie, qu'il n'a pas été toujours facile de discerner la vérité du mensonge, ou même de la simple erreur. f’ai été douloureusement surpris de constater qu'au commencement de notre histoire — que lord Elgin appelait l'époque héroïque — où l'on voit un aussi grand nombre de héros et de martyrs, parmi les hommes et les femmes, les ecclésiastiques et les laïques, il y eût autant de vauriens. Mais, il faut le dire, la canaïlle se trouvait non pas dans le clergé ou les communautés religieuses, ni dans le corps des habitants, c'est-à-dire des propriétaires ou défricheurs du sol, seigneurs ou censitaires, mais parmi les nobles, les fonctionnaires, les juges, les commandants, les gouverneurs, les officiers de tous grades et qualités, braves à la guerre si on le veut, mais qui n'étaient au pays que pour faire fortune et n'y sont pas restés. Le marquis de Denonville n'était pas loin de la vérité lorsqu'il disait que ‘la noblesse de ce pays nouveau est tout ce qu'il y a de plus gueux”. (Cor. gén. VII, 54) Frontenac, LaSalle et LaMothe-Cadillac ne cessent d'écrire à la cour que le pays est rempli d'envieux, de médisants et de calomniateurs et qu'il est presque impossible de voir clair à travers tant de cabales, d'intrigues, de calomnies, de haines et d'intérêts opposés. La mère de l’Incarnation affirme que ‘la médisance et la calomnie règnent au Canada au delà de ce qu’on peut en penser”. La sœur Duplessis ajoute qu'on n'y parle que ‘de mauvaise foi, de calomnie, de procès, de divisions ”. Le gouverneur de Beauharnais ne peut s'empêcher de s'écrier que ‘la calomnie paraît régner à l'excès ”. (Wargi'y, |, 310, 324 à 402 ; JO 7259; 2347 220,292 4236 0 FA Ne 106 107:
Parkman, LaSalle, 311, éd, 1893; Québec en 1730, Soc. Roy, N.S. V.,27.) La tâche de découvrir la vérité dans un monde pareil n’est pas facile. J'ai fait de mon mieux pour la connaître. Je ne sais si mon travail jettera quelque lumière. Je ne
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m'attends pas à ce qu’il soit le dernier mot de la discussion. Je me flatte cependant d’être resté exempt de préjugé ou de sympathie. Je n'ai pas même l'honneur de connaître les Jésuites personnellement. J'ai reçu mon éducation chez les Sulpiciens que le P. de Rochemonteix ne ménage pas toujours ; mais je me croirais indigne de mon ÆA/ma Mater, si je manquais de rendre un jugement en faveur de la partie qui y a droit.