Cf. Extraits des chroniqueurs français^ op. c, p
si bien écouté, s'écrie : « Et je vou3 diray comment il morut, puis que je vous ay parlé de la matière? » Certes, il faut beaucoup rabattre des éloges qu'on adresse d'ordinaire à son imagination créatrice, et en reporter une bonne part sur ses narrateurs, acteurs et témoins oculaires d« tous ces drames que l'émotion avait gravés tout vifs dans leurs mémoires. Mais prendra- t-on à la lettre ce mot du dernier en date de ses critiques, qui en est d'ailleurs l'uu des plus sagaces : « la plupart du temps il n*a pas fait œuvre d'auteur * ?» Se serait-il borné à une vaste interview des principaux acteurs? N'aurait-il d'autre mérite que celui de montrer la lanterne magique ? Ce serait aller peu^être trop loin. Et d'abord, il a éclairé sa lanterne, puis il a retouché nombre de ses peintures, et Ton peut suivre d'un manuscrit à l'autre le bonheur de ces repeints. Un amre de ses critiques, et des plus ingénieux, écrit : « Il semble qu'il ait tout vu, tout ouï*». Or il n*a rien vu ou presque rien, sauf ceux qui avaient vu, et il a tout ouï dire. Donc, son mérite ici est encore appréciable. Au fond, le dosage exact de son originalité est impossible; mais ne lui marchandons pas notre reconnaissance, dût-elle s'appeler la gloire, pour ne pas s'être interposé davantage entre nous et les témoins de ce vaste drame, pour avoir laissé et quelque peu fait revivre sous nos yeux, pendant trois quarts de siècle, les hommes du temps jadis ; en un mot, pour avoir eu le génie de la curiosité; et continuons à l'appeler notre Hérodote.
1. M. Jeanroy. Cf. Extraits des chroniqueurs ^ op. c, p. 185.