‹ Supplément aux Études littéraires sur les classiques français des classesChapitre 16 sur 49 · Cf. Extraits des ehroniqueurSj op. c, p. 377 sqq · texte numérisé non relu

Cf. Extraits des ehroniqueurSj op. c, p. 377 sqq

des trois compagnons que La Fontaine n'a eu guère qu'à rimer pour en faire une de ses meilleures fables. Mais le chef-d'œuvre du genre est cette narration de la bataille de Monthléry, où il a été servi par ses défauts môme, rendant sensibles par le décousu de sa narration et par l'intermittence comique de ses saillies, tous les à-coups de Topération et les accès très variés de Thumeur militante ou fuyarde des combattants ^

Certes ses narrations n'ont pas l'éclat de celles de Froissart, et le trait pittoresque y est bien rare. Pour qu'il le voie, il faut pour ainsi dire qu'il lui crève les yeux, par exemple, le soir de Monlhléry, lorsque, le duc voulant manger, il « fallut ester quatre ou cinq hommes mors pour lui faire place, et mit l'on deux boteaulx de paille ou se sist ». Il entendra bien encore un de « ces pouvres genz nudz » demander à boire et verra qu' « on lui getta en la bouche un peu de ptizanne »: mais sa pitié ne va pas plus loin et n'est guère bavarde : à la guerre, comme à la guerre. Et puis c'est la victoire, on a gaigné^ et il ne faut pas lui demander de s'élever au pathétique du marquis d'Argenson écrivant à Voltaire, du champ de bataille de Fontenoi, en une situation identique : « Mais le plancher de tout cela est du sang humain, des lambeaux de chair humaine ».

En revanche, s'il dédaigne les dessus de l'histoire, quelle ardente curiosité de ses dessous, et quelles admirables narrations des états d'âme de ses héros ! Qu'on relise, à ce point de vue, tout son récit de cette même affaire de Monthléry, ou les sombres et admirables pages où le ministre de Louis XI ouvre à la fois, sous nos yeux, avec toute la sagacité et la subtilité de l'auteur des Annales^ la retraite de Plessis-lès-Tours et l'âme torturée du malheureux roi qui y agonise, prisonnier de ses peurs, se défiant de son fils, défié par son médecin, rudoyé par son barbier*. Aussi Montaigne écrivait -il en marge de ce livre, comme en

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