‹ Supplément aux Études littéraires sur les classiques français des classesChapitre 28 sur 49 · ET DE SES OEUVRES · texte numérisé non relu

ET DE SES OEUVRES

Néeessité et diflieiiltés d une biographie exacte de Bonsseaii. — Si ce n'était pas un procédé devenu familier à la critique que d'interroger d'abord, dans tout écrivain, l'homme pour expliquer l'auteur, il faudrait l'inventer en abordant Rousseau. Aussi le premier en date de ses juges, après sa mort, La Harpe, — bien qu'il n'usât pas assez de ce moyen d'information dont on a abusé après lui, — déclaraitil expressément la personne de Rousseau inséparable de son œuvre. Mais si une enquête sur sa personne est très nécessaire à l'intelligence de ses écrits, il semble en revanche, à première vue, qu'elle soit très aisée, Rousseau ayant passé une grande partie de sa vie à raconter l'autre, à la disséquer, comme il dit quelque part. C'est là une illusion que des recherches récentes ont détruite. Elles ont montré combien de fois Rousseau, même alors qu'il est le plus évidemment sincère, est trahi par sa mémoire, son imagination ou ses passions. Il a donc fallu entreprendre un contrôle actif de toutes ses assertions et suppléer à ses omissions. L'entreprise s'achève, dans la mesure du possible,

et en voici les résultats les plus récents, du moins ceux qui intéressent la critique littéraire qui est ici notre principal objet *.

lies einq périodes de sa vie. — Si Ton étudie la vie de Rousseau, en y cherchant surtout l'histoire de son esprit, on trouve qu'elle se divise nettement en cinq périodes. La première (1712-1732) comprend les années troubles de Tenfance, de l'apprentissage et du vagabondage, et ne finit qu'avec son installation à Ghambéry, vers la vingtième année. La seconde période (1732-1741) est celle d'incubation, elle dure dix ans pendant lesquels Rousseau se trace à tâtons et exécute avec ardeur un plan d'instruction générale. Dans la troisième période (1741-1749), il connaît à Paris et à Venise l'horrible peine de se faire jour, lutte et tâtonne encore neuf ans. La quatrième période (1749-1762) est celle de la féconditi^où il trouve soudain (1749) sa vocation d'écrivain, se prépare laborieusement à « parler au public », et produit enfin, coup sur coup, vers la quarantaine, en sept à huit ans (1754-1762), tous ses chefs-d'œuvre, moins les Confessions, La cinquième période (1762-1778) commence avec la cinquantaine : c'est celle des écrits apologétiques, où il dispute son honneur à ses ennemis réels ou imaginaires, et sa raison aux accès intermittents du délire de la persécution.

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