‹ Supplément aux Études littéraires sur les classiques français des classesChapitre 31 sur 49 · TROISIÈME PÉRIODE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PÉRIODE

Roniiseaii A Parla* — Double écbe« de l'auteur et de l'inventeur. — Rousseau arriva à Paris dans l'automne de 1741 « avec quinze louis d'argent comptant, sa comédie de Narcisse et son projet de musique pour toute ressource ». Il se trouve vite au bout des quinze louis, et sa comédie présentée à Marivaux qui la retouche, agréée par les comédiens italiens qui la gardent huit ans sans la jouer, portée enfin au Théâtre-Français (décembre 1752), y fera une chute dont il convient dans sa préface et dont il va même faire hautement l'aveu au café Procope. Il y aurait dit tout haut dans la foule, dès l'entr'acte : « Cette comédie m'a ennuyé, elle est de Rousseau de Genève et c'est moi qui suis ce Rousseau ». Il en était bien capable et la singularité de cette déclaration, qu'il confirme d'ailleurs avec naïveté dans ses Confessions^ étant ici le dernier refuge d'un orgueil blessé, rend très vraisemblable cette anecdote qui courut dès lors. Quant au projet pour chiffrer la musique, l'Académie des sciences, après un an d'examen, et force éloges à l'inventeur, le déclare bon pour la vocale, mauvais pour l'instrumentale, et Rameau lui montre qu'excellent en théorie et pour apprendre vite à déchiffrer, il exige dans la pratique une opération de l'esprit qui ralentit l'exécution. Rousseau en appellera au public par la Dissertation sur la musique

moderne et « voila comment ma fontaine de Héron fut encore cassée », ajoute-t-il plaisamment, en souvenir de son équipée de Turin. Ce n'était pas TAcadémie des sciences qui devait avoir Thonneur de commencer sa célébrité.

Bonssean prend pied dans les iialoiifi. -— Œuvres pies et profanes. — Cependant il convient d'ajouter qu'une fois de plus la musique avait amorcé le reste- et que, grâce à elle surtout, il noua des relations dans les milieux académiques, littéraires et mondains. Elles lui furent bien précieuses, car, comme il en convient lui-même, « à Paris on ne fait rien tout seul ». Il en use de son mieux, c'est-à-dire avec toute la souplesse que comportait son fond de « lourdise», ayant pour toute devise : « Primons donc, n'importe en quoi ; je serai recherché, les occasions se présenteront, et mon mérite fera le reste. » U réussit même à prendre pied dans deux « des plus brillantes maisons de Paris », chez Mmes Dupin et d'Epinay.

C'est vers la même époque, mais dans un autre monde, qu'il prend pour compagne Thérèse Levasseur. Bornonsnous à rappeler ici ce passage de ÏÈmile^ dicté sans doute par le remords : « Il ne convient pas à un homme qui a de l'éducation de prendre une femme qui n'en ait point, ni par conséquent dans un rang où l'on n'en saurait avoir ».

Entre temps, il continue son métier de grimaud et rédige certain Mémoire à M. Boutet^ pour servir à la vie de tévêque d* Annecy^ que dénichera plus tard Fréron pour le plaisir malin de montrer l'auteur de la Profession de foi du Vicaire savoyard déposant en faveur de l'authenticité d'un miracle. Il mêle le profane au sacré, écrit sa comédie mort-née des Prisonniers de guerre^ pièce de circonstance avec des allusions sympathiques aux malheurs de la France dans la guerre de la succession d'Autriche, peut-être aussi la comédie à* Arlequin amoureux malgré lui, qui est encore inédite, et entame enfin ses Muses galantes,

BflMissean apprenti diplomate. — Une botte * l'Italienne ( i»43-t *«4). — Sur ces entrefaites, Mme de Broglie lui offre d'être le secrétaire de M. de Montaigu, qui venait d'être nommé ambassadeur à Venise. Il s'y rend en

juin 1743 et peut s'écrier : a H était temps que je fusse une fois ce que le ciel, qui m'avait doué d'un heureux naturel, ce que Téducation que j'avais reçue de la meilleure des femmes, ce que celle que je m'étais donnée à moi-même m'avait fait être; et je le fus ». Mais le maître était sans cervelle, l'entourage sans mœurs et sans scrupules. Rousseau est desservi « à l'italienne » par les domestiques, cfé/errépar les intrigants, comme jadis le pauvre d'Assoucy, en un lieu voisin, brusqué et humilié par le maître, enfin obligé de lâcher pied. Il revient à Paris au bout de quatorze mois, ayant fait du moins son noviciat politique, et remportant dans sa tête ce projet d'Institutions politiques qui aboutira au Contrat social.

Betonr* Paris (1744). — Beprésentatlona des <c Muses i^alantes » et des « Fêtes de Bamlre» (1745). — Après de vagues projets pour se retirer à Genève ou chez Mme de Warens, il reprend son rêve de cette « célébrité qui, dans les beaux-arts, se joint toujours à Paris avec la fortune » et, <c se livrant à tout l'œstre poétique et musical » achève les paroles et la musique de son opéra, le ballet héroïque des Muses galantes^ qui est exécuté chez M. de la Popelinière, puis chez M. de Bonneval, intendant des Menus plaisirs et avec assez de succès pour être « honoré » de la jalousie bruyante et d'autant plus utile de Rameau (1745). Puis on le charge de remanier La Princesse de Navarre, opéra composé hâtivement par Voltaire et Rameau pour les fêtes qui suivirent la victoire de Fontenoy. Il est joué le 22 décembre 1745, sous le nouveau titre de Fêtes de Ramire et avec un succès qui achève de lui aliéner le second de ses collaborateurs, mais commence à le lier avec le premier.

Ronssean secrétaire et poète de salon. — « I4* Allée de Sylvie ». — « li'Enupaf^emeat téméraire ». -* Bonssean Jonraallste. — « Le Persiffleiir ». — Cependant il vivait des émoluments de sa place de secrétaire en commun de Mme Dupin et de M. de Francueil, son beau-fils, faisant de la chimie avec le gendre et compilant pour l'usage de la belle-mère ou écrivant sous sa dictée. Il ne renonçait pas d'ailleurs à tenir la plume pour son compte, composant à

Ghenonceaux chez M. de Francueil (automne de 1747), une de ses moins mauvaises pièces de vers, VA liée de Sylvie^ et son Engagement téméraire^ la meilleure de ses comédies à nos yeux. Il ébauchait môme avec Diderot, — lui qui refusera plus tard la critique des livres au Journal des Savants et n'envoyait jamais ses ouvrages à un journaliste,

— une revue littéraire intitulée le Persifleur.il en rédige le premier et unique numéro et bientôt collabore à V Encyclopédie pour la musique.

Ualson Joyeuse mirée Diderot, Grlnun et Mamiontel.

— Il avait lié partie, et toujours grâce à la musique, avec de joyeux compagnons qui cherchaient comme lui à se pousser dans le monde et y firent un assez beau chemin, les uns « visant au solide », les autres à la gloire, sans négliger le plaisir. Marmontel, Tun d'eux, a beau dire, Rousseau était alors un assez gai compère et, après leurs grandes « brouilleries », Grimm, qui en était un autre, regrettera toujours le Rousseau de la rue des Moineaux. Mais le chef de cette joyeuse bohème et celui qui aida à Téruption du génie de Rousseau fut Diderot. Voici le fait : il ouvre la quatrième et grande période de la vie de notre auteur.

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